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    Culture

    Le Focus Israël au Fipa: des films «sans limites» et la polémique «The Patriot»

    media Shadows (« Ombres »), le documentaire de Noa Aharoni ausculte les traumatismes de la deuxième génération des survivants de l’Holocauste. FIPA 2018

    Israël ne laisse personne indifférent. Constat avéré au Festival de la création audiovisuelle internationale qui se tient encore jusqu’à dimanche à Biarritz, dans le sud-ouest de la France. Pour sa 31e édition, le Fipa a décidé de faire un focus sur Israël. Résultat : une polémique autour du documentaire The Patriot. Même une pétition internationale d’une centaine de cinéastes a vu le jour, signée par des réalisateurs comme Ken Loach, Aki Kaurismaki et Yousri Nasrallah, accusant le Fipa de « complicité » et de « collaboration avec le gouvernement le plus raciste et le plus à l’extrême-droite de l'histoire d'Israël ». Le festival a tenu bon et calmement présenté une quinzaine de films et séries israéliens. Une occasion unique pour explorer l’excellente production audiovisuelle israélienne, régulièrement acclamée au niveau international.

    Quelle est la recette pour arriver à l’excellence, à la créativité et l’innovation de la production audiovisuelle israélienne ? On pense aux grands succès comme Be Tipul qui a servi comme modèle pour In Treatment, ou à Hatufim, devenue Homeland. Ces derniers dix ans, pas moins de 15 séries israéliennes ont réussi à conquérir le marché nord-américain. Un exploit jamais atteint par les pays européens.

    « Nous n’avons pas peur de retourner notre intérieur à l’extérieur, d’exprimer ce qu’on pense. Nous ne sommes pas timides sur ce qu’on est et ce qu’on fait », avance Danna Stern, directrice générale de Yes Studios. La production la plus audacieuse qu’elle a faite ? « C’est la série Your Honor. Elle explore la question de savoir jusqu’où vous êtes prêt à aller pour sauver votre enfant? Même moi, j’ai parfois fermé les yeux ! »

    « En Israël, tout le monde est fou »

    Tamar Marom, scénariste pour les télévisions privées, nous explique l’audace et le goût d’innovation de la production israélienne avec un besoin viscéral « de se prouver soi-même quelque chose ». Et d'affirmer : « En Israël, tout le monde est fou. Les politiciens sont fous, les réseaux sociaux sont fous, même les conducteurs sont fous. Donc, les jeunes gens ont plein de choses à raconter ».

    Cette folie dans la vie quotidienne se reflète dans les scénarios. Classée par le New York Times parmi les dix meilleures séries de 2017, Fauda - dont un épisode inédit a été présenté à l’ouverture du Fipa - a fasciné les Israéliens, juifs et Arabes, mais aussi les Libanais, les Syriens, les Gazaouis… « Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu de critiques, mais nous sommes tous extrêmement surpris par la réception de ce programme, » commente le réalisateur Rotem Shamir. Pour la première fois, une grande série populaire s’est déroulée à 70 pour cent en arabe pour raconter un sujet sensible par excellence : le conflit israélo-palestinien. Tout en renvoyant les deux camps dos à dos.

    « Fauda », du jamais vu en Israël

    Pour la productrice Liat Benasuly qui a travaillé sur Hatufim et Fauda, le projet le plus audacieux qu’elle a réalisé, c’est aussi Fauda  : « Cette série a mis à l’écran quelque chose qu’on n’a jamais vu en Israël. La manière de parler du terrorisme, de montrer aussi l'autre côté, les terroristes et leurs familles. On montre ce cercle vicieux dont on n’arrive pas à sortir. On ne dit pas ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. On montre tout le monde comme des êtres humains. Et c’était la première fois qu’on a entendu à une heure de grande écoute un film en arabe. Depuis, beaucoup d’Israéliens souhaitent apprendre l’arabe. »

    « À partir du moment où c’est bien raconté, il n’y a plus de limites, constate aussi Danna Stern de Yes Studios. Et comme on produit pour tous les canaux, la question du format n’est également plus une limite. On peut produire une comédie de 24 minutes ou un drame de 35 minutes. Fauda, c’était au début des épisodes de 35 minutes. En revanche, la saison 2 sera avec des épisodes de 45 minutes, parce qu’on la diffuse dans 190 pays et c’est la durée attendue.  »

    « Fauda », série de Lior Raz et Avi Issacharoff. FIPA 2018

    Changer le regard sur les courts métrages

    Hillel Roseman produit depuis 2010 des fictions et des documentaires avec sa compagnie Cassis Film. Son expérience la plus audacieuse s’appelle Aya. « Quand on avait terminé la production, après deux ans, la fenêtre de diffusion à la télévision n’existait plus. Donc on a demandé de projeter le film hors compétition au Jerusalem Film Festival. À ce moment, on a compris que ce film de 40 minutes marchait très bien au cinéma. On l’a présenté ensuite pendant trois mois à guichets fermés dans des salles de cinéma. Projeté en public, le film, à l’origine conçu comme un drame, s’est avéré être une comédie, et il a été même nominé pour les Oscars. Ainsi, on a réussi à complètement changer le regard sur les courts métrages dans les salles. Et jusqu’à aujourd’hui, il n’a pas été diffusé à la télévision [rires]. »

    Repousser les limites

    La panoplie de sujets abordés par les films israéliens à Biarritz a montré l’ambition des scénaristes et réalisateurs de repousser les limites. L’écrivain Nir Baram a réalisé avec Michael Alalu un documentaire sur ses recherches pour réconcilier les juifs et les Arabes autour d’une solution à deux États. Mais dans A Land without Borders, il est bien obligé d’accepter que les gens des deux côtés ne ressemblent pas aux personnages qu’il avait imaginés. Il laisse librement parler les deux camps, rend visite à un combattant du Hamas en Cisjordanie ou à une colon juive dans les territoires occupés.

    Mordechai Vardi raconte dans son documentaire The Field (« Le Champ »), l’histoire d’Ali Abu Awwad. Malgré ses quatre ans passés dans une prison israélienne, il a créé un Centre palestinien pour la non-violence et une association pour tenter une réconciliation politique avec les colons israéliens. Ou que dire de Santé, court métrage présenté dans la catégorie Jeune création ? Sabrine Khoury nous embarque dans l’amour impossible entre un danseur juif et une danseuse arabe de salsa. Ensemble ils veulent monter sur scène dans une colonie israélienne…

    « Armed »

    Hila Gavron, chef de production pour le diffuseur public israélien Israeli Public Broadcasting corporation (IPBC) pense qu’il est plus facile de montrer la diversité de la société israélienne avec des créations digitales qui ont fait 220 millions de vues en 2017. L’année dernière, elle a commandé 8 séries et toutes sont déjà en ligne. « On a constaté qu’il n’y a pas assez de femmes indépendantes et fortes portées à l’écran. Donc, on a créé la série Armed Femmes armées ») autour de trois femmes qui habitent en Cisjordanie. Même en Israël, beaucoup de gens ont des images préconçues comment les gens vivent en Cisjordanie, genre : c’est le Far West, ce sont des gens qui n’aiment pas les Arabes et ils ne pensent qu’à leur sécurité. Donc, pour la première fois, les gens à Tel-Aviv ou à Haïfa pouvaient découvrir la vie quotidienne de ces jeunes femmes là-bas. Bien sûr, on a été très critiqué. On nous a accusés de vouloir transformer ces femmes en héroïnes. Mais, ce n’est pas le cas. On voulait montrer quelque chose que personne ne voulait voir. »

    « The Patriot », documentaire de Daniel Sivan. FIPA 2018

    La polémique autour « The Patriot »

    Dans le cas du documentaire The Patriot, filmer « sans limites » a provoqué un débat entre deux camps inconciliables. Tout a commencé avec une présentation (volontairement ?) biaisée du film dans le catalogue. Le petit résumé évoque d’abord : « Ces dernières années, l’antisémitisme n’a cessé d’augmenter en France », pour enchaîner : « Cette réalité a donné naissance à un nouveau type de justicier. Ulcan, un hacker sioniste militant, livre une guerre sans merci aux leaders du mouvement antisémite. »

    Cette description a indigné les journalistes Pierre Haski (cofondateur du site Rue89 et actuellement président de Reporters sans Frontières), Daniel Schneidermann (Arrêt sur Images) et Denis Sieffert (Politis), eux-mêmes victimes en 2015 d’un « swatting » du hacker franco-israélien.

    Le hacker sioniste Ulcan fait objet d’un mandat d’arrêt en France

    Connu pour ses piratages informatiques et téléphoniques et ses harcèlements sans limites, Ulcan, le « justicier » autoproclamé, avait manipulé les lignes téléphoniques pour usurper l’identité de ses victimes afin d’annoncer en pleine nuit à la police d’avoir « poignardé » sa femme et ouvert le gaz dans l’immeuble. Ces « canulars » violents avaient pour but de provoquer un assaut musclé des forces d’intervention et ainsi faire craquer les « ennemis ». Après avoir reçu un faux appel d’Ulcan lui annonçant la mort de son fils, le père de Benoît Le Corre, journaliste à Rue89, est décédé quelques jours plus tard d’un infarctus, en octobre 2014. Aujourd’hui, Ulcan, né sous le nom de Gregory Chelli en banlieue parisienne, se cache en Israël et « fait l’objet d’un mandat d’arrêt en France pour "violences volontaires ayant entraîné la mort", » précise la présentation corrigée et rajoutée dans le catalogue du festival.

    Entretemps, Anne Georget, présidente du Fipa, s’est excusée pour la présentation erronée du film et a tout de suite accepté l’organisation d’un débat avec le public lors de la projection du film. Un premier débat a eu lieu jeudi dernier, en présence de Pierre Haski, mais aussi du producteur du film, Zafrir Kochanovsky. Le réalisateur Daniel Sivan, absent à cause de sa première au festival américain Sundance, a fait lire une lettre : « Ce n’est pas un joli film. Ce n’est pas simple. Il n’y a pas de héros. C’est un film sur la réalité dans laquelle nous vivons, tourné dans un style ciné-vérité… Avons-nous le courage de regarder cette violence en face ? »

    « L’incident est clos »

    Quant à la pétition des cinéastes pour dénoncer la « complicité » du Fipa avec le gouvernement israélien, François Sauvagnargues, délégué général du Fipa, assure que le Focus sur Israël obéit exactement aux mêmes règles que les focus précédents sur le Brésil, l’Australie, l’Espagne ou le Canada.

    Concernant la polémique autour du Patriot, il considère l’incident clos : « Effectivement, il y a eu un problème sur le texte qui nous a été fourni par la production. Un texte lacunaire qu’on a donc fait changer. Le débat a permis à tout le monde d’affirmer son point de vue. En plus, The Patriot n’est pas une sélection du Fipa, mais c’est un film qui a été projeté dans le cadre d’une carte blanche donnée au festival israélien DocAviv. C’est un film choquant, parce qu’il ouvre sur les questions des hackers, de l’internet et de la haine. »

    Même son de cloche chez Pierre Haski : « Il y a eu une erreur initiale qui était la programmation de ce film avec une présentation complètement fallacieuse par rapport à la réalité. On a fait savoir nos doléances qui étaient de changer le texte et d’avoir un débat contradictoire. Le festival a joué le jeu. Nous, on est totalement satisfait. » Il admet aussi que les victimes ont pu exprimer leurs points de vue dans le film, mais maintient son jugement d’un film « plein de complaisance envers Ulcan » et de donner ainsi une fausse image du hacker sioniste.

    Haski s’explique les attaques contre les journalistes par le fait d’avoir révélé le passé d’Ulcan comme ancien membre de la Ligue de défense juive en France, groupuscule extrémiste et violent, et l’existence d’une condamnation pour actes de violence, assortie d’une recommandation de suivi psychiatrique. Selon Pierre Haski, les journalistes avaient déconstruit l’image du « justicier » et rétabli une autre réalité : au-delà de son combat contre les antisémites notoires comme « l’humoriste » Dieudonné ou le négationniste Alain Soral, Ulcan a essayé, dès le début, surtout à détruire tous ses adversaires.

    Wall (« Mur »), documentaire de Moran Ifergan. Fipa 2018

    « The Patriot » et « Salafistes », des films différents posent les mêmes questions

    Pour mieux cerner le cœur cinématographique du débat, certains ont même dressé un parallèle entre The Patriot et la polémique autour du documentaire choc Salafistes, de François Margolin et Lemine Ould Salem, présenté il y a deux ans au Fipa. En effet, sans vouloir faire une comparaison, il y a des similitudes à observer : les deux films présentent des actions criminelles sans filtres et sans commentaire, « écouter ces gens, tels qu’ils sont, sans interférence aucune ». À l’écran, le spectateur encaisse des propos et des actes violents sans ménagement et sans jugement moral. Et subir dans The Patriot les discours antisémites de Dieudonné et Soral est aussi éprouvant que regarder les actions sadiques d’Ulcan.

    Autre point commun, les deux films utilisent largement des images très violentes captées sur YouTube qui circulent librement sur internet. Troisièmement, dans les deux cas, la position du réalisateur face à son interlocuteur est complètement asymétrique. Ni Lemine Ould Salem face aux islamistes pratiquant l’exécution des « mécréants », ni Daniel Sivan face à Ulcan prêt à transformer la vie de ses ennemis et de leurs familles en enfer, ne sont en position de poser des questions critiques à leurs interlocuteurs.

    De son côté, le producteur Zafrir Kochanovsky défend le fait d’avoir intitulé le film The Patriot (Le patriote) : « Mon but est de présenter des points de vue différents pour que les spectateurs puissent se faire leur propre opinion sur le film. La présidente du festival a résumé le film mieux que moi : la haine est la haine. Et la haine provoque de la haine. Quand on voit le film, on réalise qu’Ulcan n’est pas un patriote quand il attaque des gens et en particulier les familles de ses cibles. En même temps, il est un patriote quand il décide lui-même de s’en prendre à des personnages très connus comme Dieudonné et Soral. »

    « Wall » et « Shadows » - des murs et des ombres

    Au Fipa, The Patriot a été montré hors compétition. Il faisait partie de trois films choisis par la directrice de DocAviv, le plus grand festival de documentaires en Israël, à côté de deux films également radicaux par rapport à la forme ou le contenu. Dans Wall (« Mur »), la réalisatrice Moran Ifergan se questionne elle-même et en même temps un lieu sacré d’Israël, le Mur des Lamentations à Jérusalem. Entre enregistrements téléphoniques avec sa mère et une caméra scotchée au Mur, on est face à une approche cinématographique sans compromis qui fait naître des anges dans le sexe d’une femme et des espoirs dans les larmes d’un mur.

    Dans Shadows (« Ombres »), le documentariste Noa Aharoni ausculte les cauchemars et les traumatismes de la deuxième génération des survivants de l’Holocauste qui s’exprime pour la première fois à l’écran. Le réalisateur ne recule devant rien. Pour exorciser les esprits du passé, il documente comment certains survivants ont maltraité leurs propres enfants. Il capte la haine d’une mère, rescapée d’Auschwitz, envers sa fille. On voit un homme âgé - et terriblement agité par les ombres du passé - fouiller dans les mémoires familiales. 70 ans après, il découvre qui de ses proches avait envoyé à l’époque la petite fille (sa mère) à la Marche de la mort pour sauver le reste de la famille… Shadows est insoutenable, pleine de vérité et au-delà d’un jugement moral.

    C’est aussi dans ce néant provoqué par la terreur que la production audiovisuelle israélienne puise son audace et sa force. Forcément, en Israël, « il n’y a pas de limites ».

    Le programme du 31e Festival de création audiovisuelle internationale (FIPA) à Biarritz, du 23 au 28 janvier 2018

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