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    Vincent Lindon: «Cela a été un truc absolument vertigineux !»

    media Vincent Lindon dans « L’Apparition », réalisé par Xavier Giannoli. Shanna Besson

    Est-ce un signe ? Au moment même où l’Église reconnait un nouveau miracle survenu à Lourdes, il y a un film qui sort ce mercredi 14 février sur une jeune femme qui déclare avoir vu la Vierge. Dans « L’Apparition », réalisé par Xavier Giannoli, le journaliste d’investigation chargé d’enquêter sur cette jeune femme est incarné par Vincent Lindon, l’un des acteurs français les plus populaires, prix d’interprétation à Cannes, en 2015, pour son rôle de chômeur dans « La loi du marché ». Plus récemment il a incarné le sculpteur français Rodin. Entretien.

    RFI : Dans L’Apparition » vous jouez Jacques, un grand reporter chargé par le Vatican d’enquêter sur un miracle. Au cours de son enquête, toutes ses croyances vont être bouleversées. Il y a beaucoup d’entrées dans ce personnage : le traumatisme, le manque, le doute, la révélation. Comment le réalisateur Xavier Giannoli vous a présenté Jacques ?

    Vincent Lindon : Il ne me l’a pas présenté, parce que je ne me fais pas présenter les personnages par le metteur en scène. Donc, je lis un scénario et avant de m’intéresser au personnage ou ce que je vais faire, je m’intéresse à l’histoire en général. Est-ce que j’ai envie d’être dans ce film ? Est-ce que j’ai envie d’être dans cette histoire ou pas ?

    Est-ce qu’un bon rôle vous transforme toujours ou est-ce que c’est une idée un peu romantique ?

    Je suis incapable de vous parler de la transformation d’un rôle tout de suite, parce que je pense que cela se propage extrêmement doucement. C’est comme un truc qu’on vous inocule. Il y a un pacte entre un acteur et un rôle. On fait une affaire, on fait un contrat. Et une bonne affaire c’est quand les deux parties y gagnent autant. Sinon, ce n’est pas une bonne affaire. C’est comme dans un couple. S’il y en a un qui gagne beaucoup et l’autre pas, cela ne s’appelle pas un bon couple. Cela s’appelle un qui se sacrifie. C’est son problème, s’il est d’accord. Mais une bonne affaire c’est quand toutes les parties y gagnent.

    Une fois je m’étais dit que, peut-être, je faisais inconsciemment les personnages que je joue comme si je m’inventais des personnages à faire, qui m’empêcheraient de tomber dans des choses dans ma vraie vie que je ne trouverais pas formidables. Exemple : quand on sort de La loi du marché on peut difficilement aller se balader sur un yacht de 40 mètres.

    Il y a des rôles extrêmes. Ralph Fiennes, quand il a joué Amon Goeth dans La Liste de Schindler, a joué cet ignoble dignitaire nazi. Il l’a été. Donc, on a beau le soir rentrer chez soi et c’est fini, oui, mais on s’est entendu dire des phrases indicibles et faire des actes insoutenables. Vous voyez ce que je veux dire ? Et aujourd’hui, on est dans une époque où l’on a vulgarisé énormément le métier d’acteur. Il s’est passé un truc depuis trente ans, avec des déclarations dans les journaux où on demande à un acteur quels sont ses restaurants préférés sur l’île de Ré, en passant par des enquêtes de : ‘Racontez-nous votre plus grande histoire d’amour’… Enfin, une sorte de fatras de choses qui n’ont aucun intérêt. On leur parle rarement de ce qui se passe entre « Moteur ! » et « Coupez ! ». Et on inonde les populations de ce qui se passe avant « Moteur ! » et de ce qui va se passer après « Coupez ! ». Eh bien, tout le monde se dit : ‘Oh, eh, bien, ça, je peux le faire’. Mais non. Non, c’est un métier.

    Vincent Lindon, en 2015 vous avez reçu à Cannes, pour votre rôle dans La loi du marché de Stéphane Brizé le prix d’interprétation masculine. Quelques mois plus tard, vous avez reçu le César du meilleur acteur. Qu’est-ce que cela a fait bouger pour vous ?

    Exactement comme un rôle. Je ne sais pas très bien ce que cela fait bouger. Évidemment, c’est comme si j’avais reçu un shoot de poppers de 700 kilos. Cela a été un truc absolument vertigineux ! Ce qui n’est pas le cas du César du tout, qui n’a pas été une nouvelle particulièrement réjouissante. Je l’ai toujours dit : j’adorais de ne pas l’avoir. Cela me plaisait.

    Par contre, le tapis rouge à Cannes c’était différent.

    Cela a été un des plus beaux jours… en tout cas le plus beau jour de ma vie d’acteur. Forcément. Je ne sais pas ce que cela change. Chez certains cela donne plus d’assurance. Chez d’autres cela donne plus de méfiance. Consciemment, cela ne me fait rien. Consciemment je ne pense pas à tout ça. Je remets à zéro les compteurs sans arrêt à chaque fois que je fais un film et je n’ai aucun acquis. Je pars - comme qui dirait -, à poil, sans arrêt.

    Je ne sais pas si cela m’a renforcé ou fragilisé. Mais les deux sont intéressants. Si cela m’a fragilisé, ça donnera plus de fragilité encore dans un regard d’acteur. Et tant mieux. Et si cela m’a renforcé, ça donnera plus de force à l’homme pour affronter le dernier quart de sa vie. Et tant mieux aussi. Donc, en fait, je pense que je joue à qui gagne, gagne. Donc cela me va très bien. Il n’est pas question qu’on me le reprenne.

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