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    Culture

    «Et toujours nous marcherons», les sans-papiers se racontent en polar

    media Yann Gaël incarne le personnage de Simon dans le film «Et toujours nous marcherons», réalisé par Jonathan Millet. Films Grand Huit

    En lice pour les César, ce vendredi 2 mars au soir, ce court métrage sera aussi diffusé dimanche soir sur France 2. « Et toujours nous marcherons » nous permet de découvrir des images rares, d’une intensité remarquable. Le réalisateur Jonathan Millet a tourné une fiction plus réaliste qu’un documentaire sur les sans-papiers, avec des sans-papiers. Un engagement fort pour rendre visible ce que beaucoup refusent de voir. On suit Simon, un jeune homme à la recherche de son frère. Une histoire universelle au cœur de nos préoccupations d’aujourd’hui : la migration et les frontières.

    Avant d’aller à la soirée des César, Jonathan Millet a présenté son film dans un foyer pour migrants et sans-papiers. C’est là où beaucoup de scènes de Et toujours nous marcherons ont été filmées, après avoir pendant des mois laborieusement récoltés les accords de tous les 1 500 habitants du Foyer Saint-Just. Ce grand bâtiment d’une dizaine d’étages sans charme se trouve coincé entre une multitude de routes et de rails. Un no man’s land près de la Porte de Clichy, entre le périphérique, une ligne de tram et un monstre de 38 étages, le futur Palais de Justice qui attend son ouverture. Caché au milieu de ses endroits impossibles, le foyer, un lieu qu’on ne soupçonne même pas et où personne n’a envie de s’arrêter. Sauf si…

    Pour y arriver, il faut passer par une jungle urbaine avec un garage sauvage, des food trucks africains bricolés, des échoppes improvisées, animées par des conversations multilangues. On retrouvera cette atmosphère finalement indescriptible dans le film. La projection a lieu en sous-sol, à côté de la salle de prière. Un écran coincé entre deux haut-parleurs sur une petite table fait office de salle de cinéma. Pendant 24 minutes, les habitants vont regarder l’écran comme un miroir, sans dire un mot pendant la séance, sans applaudir après. Un silence terrifiant qui dit long sur l’histoire vécue par le réalisateur : « Effectivement, je suis très ému de cette projection. C’était très fort. C’est un film triste et sombre que je montre à ceux qui y vivent vraiment au quotidien. En même temps, ils m’ont raconté que c’est important pour eux de voir ce quotidien imprimé à l’écran. »

    « Un sans-papier doit se montrer pour réclamer ses droits »

    Sortir d’une invisibilité difficile, douloureuse, pesante, c’est la raison pour laquelle les sans-papiers ont accepté d’apparaître à l’écran, explique Mamadou Sow, responsable du collectif des sans-papiers du Foyer Saint-Just : « On veut montrer qu’être sans-papier, ce n’est pas un crime. Beaucoup de gens fréquentent des sans-papiers, au travail ou dans des lieux publics. Parfois, ce sont des sans-papiers qui les servent dans les restaurants. Nous voulons que les citoyens sachent la vérité. » Est-ce difficile de jouer son propre rôle de sans-papiers ? « Ce n’est pas facile, jusqu’au moment où il a compris qu’il doit se montrer pour réclamer ses droits. »

    Mamadou Sow, responsable du collectif des sans-papiers du foyer Saint-Just où une partie du film «Et toujours nous marcherons» a été tourné. Siegfried Forster / RFI

    Le film est une fiction, tournée avec de vrais sans-papiers. Le personnage de Simon, le Camerounais du film qui cherche son frère à Paris pour le ramener au pays, existe vraiment, souligne Jonathan Millet : « J’ai fait un documentaire où j’ai passé six mois à Ceuta, cette petite ville au nord du Maroc qui est vraiment une ville prison pour migrants. Là, j’ai rencontré un Simon avec qui j’étais très proche et qui était vraiment camerounais, même s’il n’a pas de frère. Je raconte le destin qui nous dépasse : on se retrouve migrant sans le vouloir, on se retrouve sans-papier en France sans jamais l’avoir voulu. Et donc ce frère à chercher, c’est ce qui arrive à beaucoup de migrants qui doivent quitter leur pays pour des raisons quine leur sont pas propres. »

    Le destin des migrants près de chez nous

    Beaucoup des « acteurs » sans-papiers du film risquent d’être expulsés, d’être emprisonnés ou sortent de centres de rétention. Pour le tournage, ils ont surmonté leurs peurs, mais la plus grande difficulté reste l’image de soi-même projetée à l’écran, raconte Jonathan Millet : « Je n’ai surtout pas envie ni de misérabilisme, ni du contraire, c’est-à-dire des gens qui arrivent le jour du tournage extrêmement bien habillé à bord d’une voiture empruntée pour donner une image qui n’est pas la leur. Beaucoup qui vivent à Paris dans des conditions très difficiles ont un souci de communication, parce qu’ils racontent à leurs familles ou leurs proches qu’ils vivent dans de bonnes conditions. »

    Né à Paris, Jonathan Millet a arpenté pour ses films une cinquantaine de pays en Asie, en Amérique du Sud, au Proche-Orient et en Afrique, pour constater aujourd’hui que les grandes questions de notre monde actuel, la migration et les frontières, se trouvent aussi bien dans les quartiers de son enfance. « Le film se passe vraiment entre Aubervilliers, Saint-Denis et le nord de Paris. En même temps, il y a neuf langues et dix-sept nationalités dans le film ! Là, le destin des migrants, des personnages shakespeariens, venus d’une sorte de tragédies grecques, se concentre dans des quartiers parisiens comme Château Rouge dans lesquels moi, j’ai vécu ! »

    « Être le plus près de cet être néo-arrivant »

    Et cette intimité avec les lieux et les personnages se sent à l’écran. La caméra colle à la peau de Simon pour nous plonger dans ce monde parallèle de restaurants clandestins et bourse de travail pour sans-papiers qu’on ignore complètement. Filmé de dos, on découvre le monde tel que Simon le découvre : « Le film est basé sur le ressenti du personnage. Tout est donné pour qu’on puisse s’identifier à son rapport à son passé, à sa mère, à la manière dont il découvre un monde. Pour être le plus près de cet être néo-arrivant, de cette personne déracinée dans un monde qu’on ne connait pas. »

    Et dans ces mondes en marge, on n’est visiblement pas à un paradoxe près. Par exemple, peut-on salarier et donner une fiche de paie aux sans-papiers pour tourner un film ? « Juridiquement, légalement, non, avoue Jonathan Millet. Après, du coup, pour ce film, oui. On est très heureux que 80 pour cent des gens du film soient de vraies sans-papiers qui jouent leur propre rôle. Et on est très content de les avoir payés, donc d’avoir "dépassé" la loi. Je dis ça en chuchotant, comme si on allait m’entendre moins [rires].  »

    Jonathan Millet, réalisateur de «Et toujours nous marcherons». Siegfried Forster / RFI

    ► Ce vendredi 2 mars au soir, Et toujours nous marcherons est en lice pour les César
    ► Ce dimanche au soir à 0h50 (datée lundi 5 mars), Et toujours nous marcherons est diffusé sur France 2 dans le cadre de « Histoires courtes », l’émission spéciale « César 2018 : Alea jacta est ! »

    ► Lire aussi : «Dialogues n°3» d’Aurelia Ivan sur les Roms et les bidonvilles, rfi, 17/9/2017

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