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    Culture

    César 2018: le métro parisien a toujours un ticket avec le cinéma

    media Une scène de tournage avec les anciennes rames Sprague-Thomson qui ont circulé jusque dans les années 1980. THOMAS SAMSON / AFP

    A l’écran dès les débuts du 7e art, le métro parisien est de plus en plus présent au cinéma car il est, avec la Tour Eiffel, l’un des signes les plus identifiables de la capitale. Utilisé comme figurant dans plusieurs films nommés cette année aux César, le métro dispose même depuis plus de 40 ans d’une station entièrement dédiée aux tournages, à la Porte des Lilas.

    « Et cette année, les nommées dans la catégorie « meilleure scène de métro » sont la ligne 3 bis et la ligne 6 pour 120 Battements Par Minute ; encore la ligne 3 bis et la ligne 8 pour Le Brio et à nouveau la ligne 6 et la ligne 3 bis ainsi que la ligne 2 pour Jeune Femme ». Bien sûr, on extrapole un peu ! Ce vendredi soir, il y a en réalité très peu de chances que Manu Payet – celui qui cette année présente la cérémonie des César – aille rajouter des catégories supplémentaires au palmarès déjà pléthorique des récompenses annuelles du cinéma français. Il n’empêche, le Réseau Autonome des Transports Parisiens avait rarement connu une année aussi faste en termes d’exposition cinématographique que 2017, comme nous le confirme Karine Lehongre-Richard, la responsable des tournages à la Direction de la communication de la RATP qui est aussi une véritable encyclopédie vivante des films tournés sur le réseau parisien, de Georges Méliès à nos jours …on exagère à peine.

    « Pour l’année 2017, on a eu en tout soixante productions dont quarante longs-métrages, ce qui est un peu plus que la moyenne, dix de plus qu’en 2016. Mais c’est la première fois qu’on a autant de films nommés aux César dans des catégories importantes » se félicite celle qui a notamment la charge de gérer la station cinéma de la Porte des Lilas, une halte désaffectée qui n’a pas vu passer le moindre usager payant depuis 1939 et fait partie des mythiques « stations fantômes » qui fascinent les métrophiles. Également nommés aux César 2018, les films Au Revoir Là-Haut d’Albert Dupontel et Django d’Etienne Comar comportent des scènes tournées devant des bouches de métro, respectivement à la station Franklin-Roosevelt et devant un édicule Guimard à Porte Dauphine. « La série télé de Zabou Breitman Paris etc. nous a également bien mis en valeur, ajoute Karine. Chacun de ses personnages emprunte les transports en commun ».

    De Louis Feuillade à Olivier Assayas

    Camélia Jordana et Daniel Auteuil, nommés pour «Le Brio». David Koskas

    Entre le métro parisien et le cinéma, c’est en réalité une longue histoire d’amour qui remonte au temps du cinéma muet. Le site Paris Ciné Ma Région révèle en effet que, dès 1913, Louis Feuillade tourna un Juve contre Fantômas entre les stations Allemagne (rebaptisée Jaurès après la Première Guerre mondiale) et La Chapelle. L’idylle est cependant devenue nettement plus intense après la Deuxième Guerre mondiale. Citons par ordre chronologique et parmi les plus connus à mettre le métro en valeur : Les Portes de la Nuit de Marcel Carné (1946), Zazie Dans le Métro de Louis Malle évidemment (1960), suivis de films propices à la course-poursuite comme Charade de Stanley Donen (1963), Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967), Peur Sur la Ville d’Henri Verneuil (1974) et bien entendu l’incontournable Subway de Luc Besson (1985) qui nécessita pas moins de dix-neuf semaines de tournage dans les entrailles de Paris. En revanche, ne cherchez pas de scènes dans Le Dernier Métro, le film de François Truffaut n’en comporte aucune tournée sur le réseau...

    « Le métro est très cinégénique. Il y a un graphisme, une esthétique, une atmosphère », explique Karine Lehongre-Richard. « Le M jaune est emblématique, les entrées de stations, c’est pareil : typiquement parisien. En général, reprend-elle, le réalisateur choisit le métro pour situer l’action du film dans Paris. D’un point de vue pratique, c’est beaucoup plus simple que de faire prendre un taxi au personnage ». Pour les tournages, la ligne 6 Nation-Etoile par Denfert est très sollicitée à cause de la vue sur la Tour Eiffel. « Il y a eu récemment un très joli plan dans 120 Battements Par Minute », relève la directrice des tournages. « On a eu aussi un Jason Bourne à Sèvres-Lecourbe, une scène de Munich de Steven Spielberg à Passy et la scène mythique de Peur sur la Ville avec les cascades de Jean-Paul Belmondo évidemment ».

    Sur le réseau normal, les tournages de nuit sont privilégiés car ils sont moins problématiques. Mais, en cas de besoin, un tournage diurne durant les horaires d’exploitation n’est pas exclu. Il faut juste qu’il se déroule en heures creuses, sinon c’est vite ingérable. « On a même tourné sur la ligne 14 [ligne automatique sans conducteur ; ndlr]  pour Personal Shopper d’Olivier Assayas. On a juste fait un aller-retour en ne marquant pas les arrêts, de terminus à terminus » se souvient Karine, généralement présente sur tous les tournages, un poste à responsabilité qui offre à cette passionnée du 7e art la satisfaction de se sentir, quelque part, partie prenante du film. « Sinon, pour un tournage sur le réseau en période d’exploitation, on est limité à une dizaine de personnes, équipe technique et figuration comprise, si bien que l’on passe presque inaperçus ». Outre le métro, des bus dédiés conduits par des conducteurs de la RATP briefés auparavant peuvent également être utilisés, une tendance qui est train de revenir à la mode.

    Porte des Lilas, station patrimoniale

    Audrey Hepburn à Palais-Royal dans «Charade» (1963). Universal Pictures

    Reste que le lieu le plus emblématique de cette relation sentimentale entre cinéma et métropolitain demeure bien la station Porte des Lilas qui est d’ailleurs le titre du seul film dans lequel apparaît Georges Brassens (mais le film de René Clair fut tourné aux studios de Boulogne …) et dont l’antique Poinçonneur est passé à la postérité grâce au talent de Serge Gainsbourg. « Vu qu’elle est restée dans son jus des années 1930, la station désaffectée peut s’adapter à la couleur de n’importe quel film. On peut mettre des éléments de décor adaptés à n’importe quelle époque » précise Karine Lehongre-Richard. « Admettons que votre séquence doive, par exemple, se passer à la station Ségur, vous pouvez tourner les plans extérieurs au métro Ségur et les intérieurs à station cinéma qui sera rebaptisée Ségur pour l’occasion ».

    Cette capacité d’adaptation s’étend aux rames elles-mêmes : la station cinéma peut aussi bien faire rouler des vieux wagons Sprague-Thomson (marque en service de 1908 à 1983) que des modèles MP 51, les métros à pneus dont les plus récents exemplaires MP 59 sont encore en service sur la ligne 11 Châtelet - Mairie des Lilas. Au-delà de la station cinéma, les rails utilisables s’étendent sur plus d’1 km de tunnel jusqu’à Haxo, une autre station fantôme (construite en 1921 mais elle n’a jamais été ouverte au public). « L’avantage, précise Karine, c’est que le réalisateur peut demander au conducteur de s’arrêter, de repartir, de faire ce qu’il veut, en fait. On n’a pas de contrainte, mais il ne faut pas aller au-delà de la station cinéma, sinon on arriverait sur la ligne d’exploitation car le tunnel débouche sur la ligne 7 bis avant la station Pré Saint-Gervais. Ça ferait bizarre ».

    Précision : les conducteurs engagés sur les tournages sont en général des conducteurs de travaux qui ont plus de disponibilité, car ils sont plutôt spécialisés dans l’acheminement du matériel de nuit. Essentiellement réservée aux scènes d’action car elle peut accueillir jusqu’à 150 personnes, équipes techniques et artistiques comprises, la station Porte des Lilas intéresse les metteurs en scène de cinéma mais aussi de télévision car elle permet des mouvements de foule et des dialogues plus longs car il n’y a pas de contraintes voyageurs. Elle se réserve en général plusieurs mois à l’avance pour un forfait à la journée très raisonnable de 17 000 euros, matériel et personnels compris. L’objectif de la RATP sur ce type d’opérations n’est pas de gagner de l’argent, mais plutôt d’en tirer plutôt un « bénéfice d’image ».

    De plus en plus sollicité

    Christophe Lambert à la station Auber dans «Subway» (1985). Luc Besson

    Outre la station cinéma, de nombreux tournages utilisent la ligne 3 bis du métro qui relie la vraie station Porte des Lilas à Gambetta. C’est la plus courte ligne du réseau (quatre stations en tout sur 1,28 km) et, du même coup, la moins fréquentée : guère plus de 5 000 voyageurs par jour en moyenne, soit moins de 300 usagers à l’heure. Avantage supplémentaire : les wagons ne sont pas équipés de strapontins, ce qui laisse plus de place aux équipes de tournage. « On peut occuper la voiture du milieu toute la journée, confirme Karine, et ça ne gêne pas le trafic. Cela convient aux productions, c’est assez confortable et cela permet d’avoir un défilement de stations à l’écran ».

    Pour la directrice des tournages, l’année 2018 s’annonce encore chargée. Comme les transports en commun prennent de plus en plus de place dans le quotidien des Franciliens, cela se ressent dans l’écriture des scénarios. « On est de plus en plus sollicité, dit-elle, et pour des séquences plus longues en général, avec plus d’action et aussi par la publicité qui revient en force ». « Parfois, conclut-elle, c’est un peu frustrant de passer toute une journée de travail pour seulement 1 mn de métro à l’écran. En revanche, sur des films comme Nocturama de Bertrand Bonello,où l’on a quand même passé une semaine entière sur l’ensemble du réseau, ça compense ! Quand on voit le résultat à l’écran avec une intro qui dure près de 10 mn on se dit : Oh-la-la ! Wow, beau travail ! Ils mettent vraiment le métro en valeur ! ».

    [DIAPORAMA] La station cinéma de la Porte des Lilas
    L'entrée principale de la station Porte des Lilas, devant le 261 avenue Gambetta (20e arrondissement). Christophe Carmarans/RFI

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