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    Culture

    Mode: Paris célèbre Margiela, le créateur «invisible»

    media Les vestes réalisées avec des perruques font partie des dernières collections signées Martin Margiela, en 2009. © RFI / Silvano Mendes

    Le monde de la mode célèbre cette saison le génie du Belge Martin Margiela, l’un des noms les plus influents de sa génération, mais aussi l’un des plus énigmatiques. Le créateur, qui n’apparaît jamais en public et ne donne aucune interview, est au cœur de deux expositions à Paris.

    Chaque Fashion Week a son lot d’événements parallèles aux défilés. Cette année, l’un des rendez-vous incontournables du calendrier de la mode parisienne est la première rétrospective consacrée à Martin Margiela. L’exposition, qui a ouvert ses portes au palais Galliera, retrace la période entre 1989 et 2009, les 20 premières années de sa carrière.

    Très influencé par le travail de Jean Paul Gaultier, auprès de qui il a été assistant, mais surtout par des créateurs japonais, comme Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto, Margiela a poussé les limites de la mode avec une approche conceptuelle, remettant en question les repères d’un monde encore marqué par l’héritage du classicisme issu des salons de couture.

    Il fait une mode dite « déconstruite », en montrant l’envers des vêtements, retravaillant les proportions et s’amusant avec des pièces en trompe-l’œil. Comme ces robes de soirée des années 1930 imprimées sur des pièces en polyester en 1996, qui font partie du parcours proposé au palais Galliera. C’est aussi Margiela qui met au gout du jour une réflexion sur le recyclage, avant même que des concepts comme le « upcycling » deviennent tendance.

    Les pièces en trompe-l'œil sont emblématiques du style Margiela © RFI / Silvano Mendes

    Dans le contre-courant du couturier star

    Mais Margiela est avant tout un mythe. Celui du créateur « invisible », dont presque personne ne connaît le réel visage. L’aura de mystère qui l’entoure est d’ailleurs pour beaucoup dans son succès. Dans une industrie où tous cherchent la lumière, un créateur qui ne se laisse jamais photographier a de quoi attirer l’attention.

    Ses équipes sont effacées par des blouses blanches et ses mannequins ont les visages souvent couverts lors des défilés. Par ailleurs, vues de l’extérieur, ses créations sont identifiées seulement par quatre points de couture blanche sur le dos, laissant la « logomanie » – qui d’ailleurs revient à la mode – à d’autres confrères.

    Plus qu’une stratégie de marketing, cette discrétion dénote une personnalité à part. La preuve en 2009, quand Martin Margiela décide de quitter sa marque du jour au lendemain, surprenant même ses équipes. Comme l’Espagnol Cristóbal Balenciaga avant lui, le Belge a tiré la révérence discrètement, sans trop d’explication.

    Néanmoins, sa marque n’a pas disparu pour autant. La griffe, qui appartient depuis 2002 à l’Italien Renzo Rosso – propriétaire de Viktor & Rolf, Marni, mais surtout du géant du jeans Diesel – existe toujours. Mais maintenant, elle est pilotée par le Britannique John Galliano qui, à sa façon, ose à chaque défilé. Encore une ironie de l’univers Margiela : remplacer le créateur « invisible » par l’un des couturiers qui a le plus subi les aléas de la surexposition médiatique.

    Des défilés dans les lieux inattendus

    Les 130 silhouettes, ainsi que des installations et vidéos des défilés, montrent comment Margiela soignait aussi la façon dont sa mode se « donnait à voir », entre performance et statement presque politique. Comme lors de son troisième défilé, en 1989, réalisé dans un terrain vague du populaire 20e arrondissement de Paris.

    « Il aime surprendre par ses choix de défilé, mais jamais provoquer », explique Alexandre Samson, commissaire de l’exposition du palais Galliera. « Le choix du terrain vague est un choix éminemment pratique, fort, mais qui est empreint de spontanéité. C’est ce défilé qui va faire connaître son nom à l’international. »

    Margiela a poussé les limites de la mode avec une approche conceptuelle et une dimension déconstruite. © RFI / Silvano Mendes

    L’avant-gardisme chez Hermès

    Cependant, derrière ce côté performatif se cache un couturier très attaché à la technique. Et c’est aussi cet aspect qui a attiré la maison Hermès, pour qui Margiela a été également le directeur artistique, entre 1997 et 2003. En embauchant le Belge, le sellier fait un choix inattendu et audacieux, en rupture avec les concurrents, plus enclins à engager des stylistes stars.

    Ce passage chez Hermès est le thème d’une autre exposition qui ouvre ses portes le 22 mars au musée des Arts décoratifs de Paris, après un passage en 2017 au MoMu, le musée de la mode d’Anvers. Intitulé « Les années Hermès », l’événement montre, grâce à 120 silhouettes, mais aussi par des photos et vidéos, comment il naviguait entre les deux maisons dans un dialogue très équilibré.

    Le point en commun entre ses deux expositions est la patte du créateur, qui a participé personnellement, mais toujours discrètement, à leur réalisation. « Martin Margiela nous a fait l’honneur d’accepter d’être le directeur artistique de sa rétrospective », raconte Alexandre Samson. « C’était une véritable volonté pour lui de faire le point sur sa mode. Une mode dont l’influence est à nouveau présente sur nombreux défilés depuis cinq ou six ans », rappelle le commissaire, responsable des collections contemporaines du Palais Galliera.

    D’ailleurs, ses héritiers sont un peu partout, à commencer par le Géorgien Demna Gvasalia, qui donne le « la » de la mode depuis quelques saisons chez Balenciaga et avec sa propre marque, Vêtements. Il a fait ses armes, comme par hasard, chez… Margiela.

    L’exposition Margiela 1989/2009 va jusqu’au 15 juillet au Palais Galliera, tandis que Margiela – Les années Hermès, ouvre ses portes le 21 mars, jusqu’au 2 septembre au Musée des arts décoratifs.

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