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    Culture

    «Les Misérables», de Ladj Ly: «Gavroche a traîné aux Bosquets»

    media Dans Les Misérables, Ladj Ly raconte l'administration parallèle dans une cité de la république. © lesfilmsduworso

    Sous l’aile de Victor Hugo, « Les Misérables », premier (et très) court métrage de Ladj Ly, a été nommé aux César 2018 qui seront décernés ce vendredi 2 mars au soir. Enlevé, sympathique, en phase directe avec l’actualité la plus brûlante, ce drame néo-policier est un vrai bijou. Une fiction plus vraie que nature qui évolue dans une cité oubliée de la grande banlieue parisienne. À défaut d’État, des justiciers de fortune, citoyens conscients, sont pris au piège de leurs bonnes intentions. Gare à la bavure...

    « Sinon, pour le petit moment info culture, Victor Hugo a écrit Les Misérables ici », explique le jeune à l’avant de la voiture qui arpente les Bosquets, une cité de Montfermeil près de Bondy. À l’arrière, Laurent, admiratif. Il vient d’arriver de Poitiers. « C’est là, les misérables ! » Rebaptisé Pento, il vient d’intégrer la brigade anti-criminalité de la Seine-Saint-Denis. « Oui. Thénardier, tout le truc, c’est là, reprend son mentor. La légende dit que Gavroche a traîné aux Bosquets. »

    Ainsi vogue la culture dans cette cité du bout du monde où il y a peu, « personne ne pouvait rentrer ». Baptême du feu, initiation. Armes de guerre à la ceinture, matraque à la main… Pento et ses deux coéquipiers sillonnent les avenues bordées d’arbres. Comme une pièce de théâtre, l’action se déroule à huis clos. Dans l’intimité de l’habitacle du véhicule puis dans celle des logements des protagonistes, où le cinéaste nous transporte en vraie grandeur.

    Proximité des personnages dans Les Misérables, le court-métrage de Ladj Ly, nommé aux Césars 2018. © lesfilmsduworso

    Des « cosettes » à l’arrêt de bus

    Au ras des trottoirs, la caméra capte toutes les postures, celles de gens ordinaires qui vaquent à leurs occupations, celles des petits, 16 ans à peine, des ados qui paradent au « rodéo », du haut de leurs scooters cabrés. Les justiciers repèrent des « cosettes » qui fument un joint à l’arrêt de bus. « Ça filme », préviennent-ils. Fumer à découvert, sous état d’urgence, attention. « Je te mets le doigt dans le cul si je veux », répond la donzelle poliment. « Alors on fait comment ? » insistent les brigadistes qui se contentent pour cette fois d’une mise en garde.

    Cette proximité avec les gens s’explique en partie par le fait que le cinéaste a grandi dans cette banlieue dont il a eu envie de parler autrement. Ladj Ly a pris l’habitude de filmer avec sa petite caméra numérique qu’il transporte partout embarquée sur lui. D’où cette intimité, du cockpit de la voiture aux intérieurs des appartements.

    Ladj Ly @ DR

    Le rythme effréné de ces justiciers qui scrutent les maux de leur voisinage est renforcé non seulement par des dialogues truculents dont le ton est toujours haut (et la musique ad hoc), mais aussi à l’image par une alternance avec des plans de la cité vue d’en haut. Zooms avant. Zoom arrière (à donner mal au cœur) viennent en rappel ou mettent en perspective ou inscrivent pour une fois cette zone de non-droit dans l’espace commun.

    « Tabass de ouf »

    L’œuvre est aussi courte (15’54) que fulgurante. Elle semble écrite d’un jet, mais sa construction repose sur un scénario solide, une maîtrise de l’image souvent innovante et des acteurs au ton juste (Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djibril Zonga).

    Le drame se joue lors du passage à tabac (« tabass de ouf »). Une bavure qui fait basculer l’intrigue… Esprit de corps oblige, on cherche des excuses à Pento. « On lui a mis la pression. » « On est ensemble. » Quand la petite troupe apprend, « info 100 % », que la scène a été filmée, elle doit trouver très vite une « solution ». On cherche partout le petit Diallo Ousmane, celui qui a filmé le milicien. Jusqu’à cette perquisition hallucinante chez sa mère : « Police ! Ouvrez ! ». On outrepasse tous les droits.

    TEASER : Les Misérables, un film de Ladj Ly

    Pris de remords, Pento finit par s’opposer à cette dérive qui suit le lynchage… Devant « Monsieur le Maire » (autorité du quartier autoproclamée), il présente ses excuses au gosse tabassé. La morale est sauve. Reste une municipalité parallèle, sa police, ses méthodes…

    Esprit citoyen

    Le film saisit la crudité de la violence dans les cités. Il montre aussi les ravages que peuvent produire les groupes d’auto-défense dans les « banlieues de la république » livrées à elles-mêmes. En même temps qu’il met au jour cette volonté de justice et de protection des siens, cet esprit citoyen qui mériterait d’être encadré.

    En se lançant dans la fiction, Ladj Ly a gardé son style réaliste. Le cinéaste s’est fait connaître avec 365 Jours à Clichy Montfermeil. Des images prises sur le vif pendant un an lors des manifestations et protestations après la mort de Zied et Bouna. Il a réalisé de nombreux autres documentaires et un docu-fiction intitulé Go fast Connection. Après des débuts comme acteur (Sheitan, 2006, un long-métrage de Kim Chapiron avec Vincent Cassel), il se sent plus à l’aise derrière la caméra et réalise ses premiers films après avoir monté sa société de production.

    L'affiche du film. © lesfilmsduworso

    Ladj Ly, 37 ans, est aujourd’hui nommé aux César pour Les Misérables et pour A voix haute, un autre court-métrage. Pilier du collectif Kourtrajmé, il parle des violences policières en banlieue, un sujet qu’il aborde dans l'ensemble de sa filmographie. Les Misérables, produit par les Films du Worso (La Vie de château), a reçu une moisson de prix dans les festivals l’an dernier. Notamment le prix Canal+ au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand. Canal+ qui en a été racheté les droits.

    À ne pas manquer.

    Les Misérables, par Ladj Ly. France. 2017. 15 minutes. Nommé aux Césars 2018.

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