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    Culture

    Elena Musiani: la nation italienne en question

    media L'historienne italienne Elena Musiani, en février 2018. © RFI / Olivier Favier

    Pays de langue latine, dont les histoires sont étroitement liées depuis l’Antiquité, souvent animées d’une fascination réciproque, l’Italie et la France connaissent mal leurs différences. Avec Faire une nation, livre écrit à destination du public français, l’historienne italienne Elena Musiani entreprend de raconter l’unité tardive de son pays, la mémoire de ce qu’on nomme le Risorgimento, disputée puis délaissée après la chute du fascisme, au profit d’une identité républicaine hantée par le souvenir de la résistance.

    Depuis un quart de siècle pourtant, l’antifascisme a cessé d’être à son tour une valeur partagée par quiconque espère porter une responsabilité politique. Quand les postfascistes d’Alleanza nazionale ont accédé au pouvoir en 1994, leur leader Gianfranco Fini prenait encore soin de déclarer sa soudaine détestation du régime mussolinien. Au fil des ans, Silvio Berlusconi se montra de plus en plus ambigu et provocateur, dans son souci constant d’attirer l’attention des médias. Lors de ces dernières élections, des partis ouvertement néofascistes comme Casa Pound ou Forza Nuova rêvent d’entrer au Parlement.

    L’histoire de l’Italie libérale qui a précédé la dictature est devenue, quant à elle, une affaire de professeurs et de spécialistes de l’odonymie. En 2011, lors des cérémonies du 150e anniversaire de l’unité, explique Elena Musiani, le président Giorgio Napolitano n’est pas parvenu à réanimer « l’esprit national ». Bien au contraire, « c’est l’Italie des mille patries qui est réapparue » au gré d’une multitude de célébrations locales. « Cela n’avait rien à avoir avec le bicentenaire de la Révolution en France, quelles qu’aient pu être les retombées de ce dernier. »

    Redécouvrir Cavour, le Bismarck italien

    Dans son livre, elle montre combien cette période n’est plus guère interrogée par les arts. Noi credevamo [on y croyait] de Mario Martone est l’un des rares films récents sur le combat pour l’indépendance et nous sommes bien loin des succès du Guépard ou de Senso de Lucchino Visconti. Il n’a d’ailleurs pas été distribué en France. Parmi ceux qu’on nommait les « pères de la patrie », le républicain Giuseppe Mazzini ou le « héros des deux mondes » Giuseppe Garibaldi, ne sont plus des références politiques.

    Le roi Victor-Emmanuel II passa, quant à lui, de la couronne du Piémont-Sardaigne à celle de l’Italie nouvellement unifiée en restant le deuxième du nom. Chez les historiens, on redécouvre plutôt la figure du véritable artisan du Risorgimento, le président du Conseil piémontais Camillo Cavour, qui sut donner à Turin un rang dans les alliances diplomatiques et militaires européennes et parvint à impliquer la France dans la deuxième guerre d’indépendance italienne, en 1859. Celui qu’on pourrait comparer à Bismarck, pour le rôle qu’il a joué pour son pays et pour l’intelligence politique, s’exprimait en français et parlait mieux le dialecte local que la langue de Dante Alighieri.

    En France, Gilles Pécout lui a consacré une première biographie en 2011 et Elena Musiani lui redonne l’épaisseur que lui déniait encore, il y a un demi-siècle, l’historien britannique Denis Mack Smith. Elle insiste sur ce paradoxe : mort en 1862 au moment où il aurait pu parachever son œuvre, Cavour a fait le tour de l’Europe, mais n’a jamais mis un pied à Rome ou à Florence.

    L’unité inachevée

    Comme Gilles Pécout encore, qui a imposé l’idée d’un « long Risorgimento » dont l’idée apparaît avec l’illuminisme [l’Italie des Lumières] pour s’achever avec la Marche sur Rome en 1922, Elena Musiani pose sur plusieurs siècles la question de « l’unité nationale ». La comparaison avec la France est féconde, qui a construit sa Révolution sur une alliance entre bourgeoisie et paysannerie. « En Italie, en revanche, l’élite libérale a parfois conquis les cœurs des citadins, mais s’est surtout alliée avec l’aristocratie. » Les masses rurales sont restées indifférentes ou hostiles aux combats pour une indépendance qui ne changeait rien à leur vie. L’unité pratiquement achevée avec la conquête de Rome en 1870, l’Italie devint en quelques décennies la première source d’émigration du monde, incapable d’assurer un avenir à ses nombreux enfants.

    Lors de la création du Royaume d’Italie en 1861, seuls 2% de ses sujets parlaient italien. Près de trois quarts des hommes et 80% des femmes étaient analphabètes. La prise en main du pays par l’ancienne administration piémontaise, la concentration des capitaux dans les investissements au nord en progressive industrialisation, l’importation du modèle politique français centralisateur et du modèle économique britannique libéral, allaient renforcer le retard du sud du pays, soumis pendant plusieurs années à une occupation militaire.

    Cette blessure demeure béante et sa mémoire est localement entretenue. La Calabre bat aujourd’hui le record européen pour le chômage des jeunes et possède avec la ‘Ndrangetta l’organisation mafieuse la plus puissante d’Italie. Son pouvoir occulte en dépasse du reste largement les frontières. Vue des montagnes de l’Aspromonte, Rome est toujours aussi loin.

    ♦ Faire une nation. Les Italiens et l'unité (XIXᵉ-XXIᵉ siècle)
    Collection Folio histoire (n° 270), Gallimard, février 2018 (première édition)

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