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    Culture

    [La vie des mots] Noyer le Sahara

    media Bruno Doucey, poète, romancier et éditeur. Editions Bruno Doucey

    Poète, romancier, éditeur, Bruno Doucey a une soif du monde qui augmente au fil des ans. Il s’inscrit dans la lignée de Cendrars, de Seghers, de ceux qui aiment autant le déplacement que le voyage immobile, la découverte des mondes par la poésie des autres.

    L’enfance de Bruno Doucey est bercée par la figure d’un arrière-grand-oncle parti en mission topographique dans le Sud algérien. C’était l’époque des projets fous : tracer une voie ferrée d’Alger au Cap, ou bien, comme le rêvait le commandant Roudaire, mettre de l’eau dans le Sahara en perçant un canal du côté de Gabès en Tunisie pour alimenter les grands chotts restés sous le niveau de la mer. Le gouvernement français recula devant la charge financière démesurée. Roudaire s’associa avec Ferdinand de Lesseps dans une Société d’études de la mer intérieure africaine. Jules Verne en fit le thème son dernier roman en 1905, L’invasion de la mer.

    De surcroît, le grand-oncle, officier fasciné par le Sahara, a été tué dans des circonstances troubles. « Désert, déserteur » rapproche lexicalement Bruno Doucey. Il n’est pas exclu que ses sentiments anticoloniaux lui aient valu de solides inimitiés. Ramené en France, le « trésor du capitaine » se révéla riche de trois cents photographies sur plaque de verre. Bruno Doucey ne fera le lien que bien plus tard : son mémoire sur La symbolique de la vitre dans la poésie contemporaine et l’écritures de nouvelles sahariennes proviennent directement de ce passé familial.

    « Voyager, c’est être deux fois vivant », estime-t-il. On vit intensément le déplacement, puis on le revit par l’écriture. « La planète a perdu du volume, notre appétit de découverte a grandi. »

    Nous partageons une sensation diffuse : le bonheur de se trouver étranger quelque part, dégagé des codes qui nous ligotent chez nous. Que ce soit en Crète où il aime écrire, dans les festivals où il intervient, les écoles où il lit, Bruno Doucey bouge, au point « d’avoir l’impression d’être en transit à Paris ».

    Curieux de toutes les poésies du monde, Bruno Doucey, l’éditeur, a le grand mérite de transformer ses coups de cœur en recueils. Ainsi nous fait-il voyager de Nouvelle-Calédonie en Haïti, d’Afrique du Sud en Islande.

    Son intérêt pour la Corée vient de l’émotion qui l’a saisi, le jour où il a vu la traduction en coréen de son livre sur Victor Jara, l’auteur-compositeur chilien qui eut les doigts tranchés avant d’être assassiné par les sbires de Pinochet. Il s’en souvient comme d’un miracle de la vie, d’autant qu’il était incapable de déchiffrer son propre nom sur la couverture. Aussi quand la remarquable traductrice Kim Hyun-ja lui proposa les textes féministes de Moon Chung-hun, n’a-t-il pas tergiversé un seul instant. « Ces poèmes sont un vrai bonheur. Elle prend pour point de départ des réalités prosaïques qu’elle transfigure. Le mal qu’on fait au corps des femmes est similaire au mal qu’on fait à la planète. » Dès lors, Bruno Doucey nous fait découvrir les vers élégiaques de Mah Chong-gi, l’exilé, ou les poèmes cruels et fantastiques de la jeune Jin Eun-young.

    Le goût pour la poésie iranienne lui vient de Pierre Seghers qui s’exclama un jour : « Tu aimes le vin et les femmes, et tu n’as pas lu Khayyam ! » L’immense renom des poètes persans pèse sur les épaules des poètes contemporains. Ces derniers doivent, en outre, se battre contre la censure. C’est ainsi que l’universitaire Garous Abdolmalekian a eu maille à partir avec les autorités pour un simple vers : « Ta robe bouge dans le vent, c’est le seul drapeau que j’aime ». Bruno Doucey nourrit une grande admiration pour la subtilité de la poésie iranienne actuelle, avec son double ou triple niveau de lecture. Les poètes iraniens connaissent par cœur leurs poèmes.

    Contrairement à ce que l’on peut croire, éditer des poètes dans des langues peu usitées n’est pas synonyme d’action caritative. Bruno Doucey a publié Rita Mestokocho qui compose en innu-aimun, langue amérindienne parlée par 15 000 personnes. Il a vendu 1 500 exemplaires de son recueil Née de la pluie et de la terre. Rapporté au nombre de locuteurs, c’est une performance rare. « Le poème est un entonnoir qui transforme le texte en force collective. L’éditeur est le delta qui s’évase », aime-t-il dire.

    Son goût pour la poésie lyrique, par opposition à la poésie cérébrale des années 1970, Bruno Doucey l’a fortifié en lisant Yannis Ritsos et René Depestre. De ce dernier, il cite avec gourmandise : « De temps à autre, il est juste et beau de conduire à la rivière la poésie française et de lui frotter le dos avec nos herbes de nègres marrons ». C’est en effet par les apports lointains, d’Afrique et des Caraïbes notamment, que le français se trouve vivifié au XXIe siècle.

    On rencontre toujours Bruno Doucey tirant une petite valise : il va porter dans les collèges, dans les colloques, dans les prisons ses jolis recueils aux couleurs vives. Il est capital que la poésie soit lue en public. Indissociable de Murielle Szac, auteur de livres sur l’Odyssée et la mythologie grecque (et responsable efficace de la communication de leur maison d’édition), Bruno Doucey fait des lectures partout où il peut, en y associant ses amis, en adepte de la poésie vivante telle qu’on l’aime.

    Pour la route, son hommage à Césaire, extrait de son poème Des fraises pour Aimé*.

    Je t’écris en passeur des poésies du monde

    à cheval sur une rythmique

    debout sur la digue d’un chant de résistance

    couché entre les lignes d’une furieuse envie de vivre

    Tes mots de nautonier fou

    me sont voiles et sextant

    route maritime des possibles


    Bruno Doucey, S’il existe un pays, Editions Bruno Doucey, 2013

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