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    Culture

    Cinéma: «Pourquoi ne pas donner une place aux acteurs handicapés à l’écran?»

    media Alexandra Lamy et Franck Dubosc dans le film "Tout le monde debout" (au cinéma le 14 mars) Gaumont – La Boëtie films– Pour Toi public production – TF1 film

    En choisissant une actrice valide, Alexandra Lamy, pour jouer le rôle d’une personne paraplégique dans son film « Tout le monde debout », Franck Dubosc s’est attiré sur Twitter les critiques de plusieurs utilisateurs, selon qui ce choix « invisibilise » les personnes handicapées. Pourquoi n’avoir pas engagé une actrice en situation de handicap ? « Parce qu’être acteur, c’est un métier »,  a répondu sur Twitter le réalisateur. Une réponse loin de satisfaire les militants.

    Dans Tout le monde debout, son premier film en tant que réalisateur, Franck Dubosc joue le rôle d'un menteur qui se fait passer pour un handicapé dans le but de séduire une femme. C'est ainsi qu'il fait la rencontre d’une femme paraplégique, interprétée par Alexandra Lamy, une actrice valide. Alors que les personnes en situation de handicap sont très peu présentes sur les écrans de cinéma et de télévision, ce choix de casting interroge.

    « Pourquoi ne pas prendre une actrice handicapée en premier rôle ? ». Interpellé sur Twitter, Franck Dubosc a réagi par un court message : « Parce qu’être acteur, c’est un métier ». « Dans cette réponse, on voit qu’il ne lui vient pas à l’idée qu’on puisse être handicapé et acteur », relève Sabrina, chef de projet Social Media dans une agence web et très active sur Twitter. Confrontée à la même question sur France Inter la semaine dernière, Alexandra Lamy ne cache pas son agacement. « Je vais vous dire un truc, je n’en peux plus de ce genre de phrases », déclare l’actrice. Pourtant, selon Marina Carlos, membre du CHLEE [Collectif Lutte et Handicaps pour l'Egalité et l'Emancipation] cette question est tout à fait légitime.

    « Ce qui m’offusque, c’est qu’ils s’offusquent qu’on leur pose la question », témoigne la jeune fille, elle-même paraplégique. « Dans notre société, les personnes handicapées, on ne les voit nulle part, alors qu’elles représentent 12 millions de personnes en France, tous handicaps confondus, constate Marina. Au cinéma et dans les séries, il n’y a pas beaucoup d’acteurs handicapés. On ne leur donne presque jamais la parole, même pour des seconds rôles, bien qu'il y ait quelques exceptions, comme les personnages de Walter White Jr, dans Breaking bad et de Dustin Henderson dans Stranger Things ».

    « Cercle vicieux »

    La question économique est au coeur du débat. Comme le souligne Alexandra Lamy, « monter un film, ça veut dire de l’argent ». Et l'actrice d'ajouter : « [des actrices handicapée], il y en a beaucoup ? Qui sont très populaires ? ». Selon Sabrina, ce raisonnement est un cercle vicieux. « On ne prend pas une actrice handicapée car elle n’est pas populaire, mais comment voulez-vous avoir des acteurs handicapés populaires si on ne leur donne jamais de rôle ? ».

    Selon Sabrina et Marina, la position d’Alexandra Lamy est d’autant plus étonnante que l’actrice a signé une tribune sur le sexisme au cinéma, appelant à l'instauration de quotas pour garantir la parité. « Pourquoi cette inclusion, cette parité, cette égalité ne se met pas aussi au service des femmes handicapées ? » s’interrogent les deux militantes.

    « C’est bien de vouloir "changer le regard sur le handicap", mais si on n’inclut pas des personnes handicapées, on perpétue un système d’exclusion. Ce n’est pas toujours fait de façon consciente, ce n’est pas forcément fait contre nous, mais ça nous porte préjudice, et le tout est d’en prendre conscience », explique Marina Carlos.

    Pourquoi n’y a-t-il pas de femmes actrices handicapées? Parce que nous sommes constamment exclues de la société, que nous n’avons pas accès aussi facilement à des cours de théâtre, à des études. C’est trop simple de dire qu’il n’y a pas d’actrice en situation de handicap. Il faut aller plus loin, dire qu’il n’y en a pas car les opportunités sont moins favorables pour qu’on soit là, et qu’on puisse en faire une carrière
    Marina Carlos, membre du CHLEE [Collectif Lutte et Handicaps pour l'Egalité et l'Emancipation]

    « Stop cripping-up »

    Aux Etats-Unis le terme « cripping-up » a fait son apparition dans les débats autour du cinéma. « C’est le fait de « jouer » à l’handicapé. C’est quelque chose qui fait beaucoup de mal à la communauté, car c’est souvent bourré d’a priori, de préjugés, qui ne nous célèbrent pas du tout et qui sont contre-productifs », note Marina. « On se retrouve souvent avec une vision validiste [discriminatoire envers les personnes vivant un handicap] », complète Sabrina. « Le problème est que le fait que les personnes handicapées ne jouent pas leurs propres rôles n’est rien d’autre que le reflet de leur très grande situation d’oppression, que très peu de gens perçoivent comme telle », résume Elena Chamorro dans un article intitulé « Stop Cripping up » publié sur Médiapart.

    Dans The Shape of Water (La Forme de l'eau), de Guillermo Del Toro, qui a reçu l'Oscar du meilleur film cette année, Sally Hawkins (sacrée meilleure actrice) interprète Elisa, une femme de ménage muette. Or son langage des signes est « hésitant, guindé et pas du tout comme quelqu'un qui l'utilise depuis l'enfance », note CNN. « Les personnes qui ont ce handicap voient que ce n’est pas très bien fait », souligne Marina Carlos.

    Pour Tout le monde debout, Alexandra Lamy confie s’être « entraînée » à se déplacer avec un fauteuil. « Ce temps perdu à apprendre à quelqu’un à diriger un fauteuil, à connaître le langage des signes, c’est un temps qui serait gagné si on embauchait une personne qui sait déjà le faire », note Marina. Par ailleurs, le manque de représentativité des personnes handicapées à tous les échelons de la création d’un film entraîne des contresens ou des imprécisions, détaillent Sabrina et Marina. « Je suis paraplégique, explique Marina. Ce qui fait que j'ai de petites jambes, qui sont menues, parce que nos muscles fondent ». Rien à voir avec les mollets musclés d’Alexandra Lamy dans Tout le monde debout.

    Le handicap, un sujet cinématographique

    Avant les années 2000, à l’exception notable de Forrest Gump (1994), What's eating Gilbert Grape (1993), et Rain Man (1989), le handicap n’était pas un thème très abordé au cinéma. Une tendance qui semble s'infléchir. Intouchables (2011), De rouille et d’os (2012), Abus de faiblesse (2013), La famille Bélier et En Équilibre (2014) font partie des films qui jouent en faveur de la représentativité des personnes handicapées au cinéma. Pourtant, cette représentativité ne se ressent pas au niveau du casting, alors que des acteurs handicapés pourraient occuper ces rôles, « dans la mesure où ils n’impliquent pas une guérison miraculeuse, évidemment », note Sabrina.

    Loin de plaider pour des films uniquement centrés autour de la question du handicap, les deux jeunes militantes souhaiteraient « qu’une place plus large soit faites aux personnes handicapées dans le cinéma », mais sans les réduire à cet aspect. « Souvent, lorsqu’il y a un personnage en situation de handicap dans un film, tout est tourné autour de ça. Sans nier les difficultés que ça implique, on pourrait aussi avoir des histoires qui ne parlent pas que de handicap », revendique Marina Carlos.

    Pour cela, une proposition est avancée par Sabrina. « Il faudrait que les réalisateurs qui traitent ce sujet s’entourent de personnes handicapées. Si on est là pendant les briefings, les sessions d’écriture, on pourrait dire "ça n’est pas comme ça dans la vraie vie", propose-t-elle.Si on avait une voix, on pourrait les guider ».

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