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    [Les langues oubliées du Nobel] Roumain mal aimé

    media La première de couverture de « Le retour du hooligan » par Norman Manea aux Editions Seuil. Fiction & Cie / Seuil

    Pourquoi la langue roumaine n’a-t-elle jamais été honorée par un prix Nobel de littérature ? La Roumanie a, certes, vu naître Herta Müller, couronnée en 2009. Mais elle écrit en allemand, sa langue maternelle, et a pris la nationalité allemande en 1988.

    Les écrivains roumanophones, splendides polyglottes, ont su s’exprimer dans d’autres langues. Tristan Tzara, Panaït Istrati, Eugène Ionesco, Emile Cioran et Virgil Gheorghiu inclinaient vers le français, Paul Celan vers l’allemand, Mircea Eliade, au passé controversé, écrivait allègrement en cinq langues. Le poids des dictatures retorses, avec leur lot de manipulations, a probablement influencé le jury suédois. Dans les années 1970, Nicolae Ceaucescu, alias « le génie des Carpathes », ne guignait rien moins que le prix Nobel de la paix. Il a donc tout fait pour miner les candidatures de compatriotes au prix Nobel de littérature. La tristement célèbre Securitate, police politique, avait les écrivains à l’œil et l’art de monter des dossiers compromettants.

    La reconnaissance viendra-t-elle enfin par le biais de Norman Manea ? Il a beau vivre aux Etats-Unis, toute son œuvre est en roumain. « J’avais trouvé mon domicile véritable. La langue promet non seulement la résurrection, mais aussi la légitimation, la citoyenneté, l’appartenance authentique », écrit-il dans Le retour du hooligan, son autobiographie romanesque.

    On comprend la nécessité pour l’écrivain à trouver un ancrage. Né en 1936 en Bucovine, province septentrionale du pays où s’affiche toujours une architecture autrichienne, Manea vient d’une famille juive, modérément pratiquante. « Le cimetière l’attirait plus que la synagogue », dit-il de sa mère. Après les pogroms survient le drame : en 1941, le régime d’Antonescu déporte par milliers les Juifs en Transnistrie. Malgré les protestations véhémentes d’une employée orthodoxe, toute la famille Manea est embarquée pour cette région déshéritée, parquée dans des baraquements insalubres où le typhus fait des ravages. Le petit garçon et ses parents survivent et rentrent chez eux en 1945. Mais leur vie n’est pas plus facile dans une Roumanie adhérente au Pacte de Varsovie.

    Après une courte période où il cherche à s’intégrer dans les jeunesses communistes, Norman Manea décide de se concentrer sur ses études d’ingénieur. Son père, petit entrepreneur, est emprisonné dans le cadre d’une campagne de suspicion.

    Mihaïl Sebastian (1907-1945), lui aussi de culture juive, avait écrit Comment je suis devenu un hooligan, en 1935. Manea reprend le titre à son compte. Nombreux sont les émissaires d’Israël qui viennent encourager les Juifs de Roumanie à partir. Manea reste tout au long des années 1960 et 1970, il s’en explique longuement. Son attachement à la langue, à ses amis, à sa famille, l’emporte sur le harcèlement du régime Ceaucescu. Il finit par craquer sur le tard, quitte le pays en 1986 et s’installe finalement aux Etats-Unis.

    Le retour du hooligan tourne autour d’un bref retour au pays, en 1997, dans le sillage d’un universitaire américain en tournée. Les souvenirs remontent à la surface, l’amertume aussi. L’écrivain ne trouve toujours pas de patrie. Pas vraiment aimé dans son pays, exilé dans l’Etat de New York, tourmenté par l’histoire, Manea déroule son récit avec une érudition foisonnante. Ce livre lui vaudra le prix Médicis étranger en 2006. Même dans ses passages émouvants, il ne se départit jamais d’une distance bourrue face à son destin, comme s’il était «  touriste de sa propre postérité ».

    Parmi ses autres ouvrages, citons son recueil de nouvelles Le thé de Proust et son essai Les clowns : le dictateur et l’artiste, en 2009, année où il fut fait commandeur des arts et lettres en France.

    Lors des semaines précédant l’attribution du prix Nobel 2017, les bookmakers accordaient une cote honorable à Mircea Cărtărescu, professeur d’université à Bucarest et à Stuttgart, né en 1956. Il est l’auteur de Pourquoi nous aimons les femmes, promenades hallucinées où revient la figure du papillon. Le bel insecte symbolise l’âme humaine dans de nombreuses civilisations. Et ses battements d’aile provoquent, dit-on, des ouragans.


    Norman Manea, Le retour du hooligan, une vie, traduit par Nicolas Véron, 2006

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