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    Culture

    Le Néandertal campe pour neuf mois au Musée de l'Homme

    media Reconstituée par la paléo-artiste Elisabeth Daynès et habillée par agnès b., Kinga la femme de Néandertal remise au goût du jour. Christophe Carmarans/RFI

    Longtemps considéré comme un rustre à faible capacité intellectuelle, ces dernières décennies l’Homme de Néandertal a été réhabilité au fur et à mesure que la paléoanthropologie progressait, tordant le cou aux idées préconçues. Une exposition au Musée de l’Homme à Paris nous en apprend beaucoup sur ce cousin disparu il y a 35 000 ans sans que l’on sache exactement pourquoi.

    « Ceux que nous appelions des brutes eurent leur revanche quand Darwin nous prouva qu'ils étaient nos cousins » faisait dire George Bernard Shaw à l’un de ses personnages dans sa pièce « Homme et Surhomme » en 1905. Difficile ne pas penser à lui en visitant « Néandertal, l’Expo » qui a ouvert ses portes mercredi 28 mars au Musée de l’Homme à Paris où elle se tiendra jusqu’au 7 janvier de l’année prochaine. Si le dramaturge irlandais n’avait pas précisément les Néandertaliens en tête en écrivant ces lignes et que la découverte des premiers crânes près d’Engis en Belgique est de trente ans antérieure à la publication de « L’Origine des Espèces » de Charles Darwin (1859), on constate aujourd’hui avec un brin de culpabilité que l’Homme de Néandertal a trop longtemps été méprisé par les Homos Sapiens que nous sommes, à commencer par les plus savants, comme on le lira plus loin. La réhabilitation est en marche depuis plusieurs décennies déjà mais cette exposition parisienne arrive à point nommé pour amender le passé et faire aussi un point sur le présent.

    Riche de 260 objets et de nombreuses illustrations, l’exposition s’articule autour d’un triptyque progressif à travers trois phases distinctes qui nous permettent d’envisager les Néandertaliens dans leur globalité : « Une Journée » (quel était son quotidien ?), « Une Vie » (quels étaient son fonctionnement et ses rites ?) et « Une Espèce » (comment s’inscrit-il dans l’histoire humaine, pourquoi a-t-il disparu ?). Dès l’entrée, on est projeté 350 000 ans en arrière (date à laquelle les premiers Néandertal sont apparus) grâce à une installation très réaliste au milieu de laquelle trônent, grandeur réelle, un auroch, un bison, un cerf et un renard blanc sur fond de paysage paléolithique où s’animent également, au loin, des loups et des bouquetins. Le décor est planté et l’on peut alors progresser dans l’expo pour une bonne heure d’exploration préhistorique : outils, ustensiles, armes, décorations, crânes, squelettes, une visite enrichie de plusieurs instruments interactifs et aussi de vidéos qui aident à mieux connaître ce proche cousin de l’homme.

    Un homme parmi d‘autres

    Les représentations du Néandertal furent longtemps caricaturales et ridicules. Christophe Carmarans/RFI

    « Nous avons voulu montrer que Néandertal était un homme comme les autres et peut-être pas l’être bestial que l’on a voulu montrer pendant des décennies durant lesquelles on l’a souvent associé à un singe ou à un primitif en dessous de l’Homo Sapiens », explique Kinga Grege, muséographe et chef de projet au Musée de l’Homme.« L’idée, reprend-elle, c’était de le réhabiliter et montrer que c’était un homme parmi d’autres. On a essayé de s’adresser à tous les publics : aux amateurs de préhistoire qui seront ravis de voir des pièces originales comme de très beaux outils en jaspe ou en cristal de roche ; et aussi des pièces qui ne sortent jamais des collections, comme la calotte crânienne de Neander qui n’était jamais sortie d’Allemagne ». Si cette dernière, découverte en 1856 dans la vallée de Neander, près de Düsseldorf, a donné son nom à l’espèce, elle n’en est pas la première trace.

    Les premiers fossiles furent en effet trouvés dès 1829 lors de fouilles à Engis, près de Liège en Belgique. Mais les archéologues de l’époque n’imaginaient même pas qu’il puisse s’agir des vestiges provenant d’une autre espèce que celle de l’Homo Sapiens. Les milieux scientifiques mais aussi religieux n’étaient pas encore préparés à une telle conclusion alors que l’on sait désormais que les deux espèces ont le même grand ancêtre : l’Homo Erectus. Durant tout le XIXe siècle et pour une grande partie du XXe, les représentations des Néandertaliens ont forcé le trait pour ne les dépeindre que sous la forme d’êtres rustres et sauvages aux allures simiesques dépourvus de toute humanité comme en témoignent de nombreuses sculptures, peintures et dessins exposés au musée. Exemple type : l’homme des cavernes muni d’un gourdin et tirant sa femelle par les cheveux a eu la vie dure jusque dans les années 1970.

    « Ce qui le différencie surtout c’est une corpulence plus importante par rapport à l’Homo Sapiens qui est plus élancé» précise Kinga Grege.« Il avait par exemple les os plus courts au niveau du tibia, une cage thoracique en tonneau, un visage beaucoup plus massif, avec des arcades sourcilières plus proéminentes, un menton et un front fuyants. Physiologiquement, il était comme nous mais il était plus massif, plus musculeux ». Détail négligé par les savants du XIXe siècle qui eurent du mal à s’en convaincre, le Néandertal avait un crâne plus volumineux que le nôtre et donc parfois doté d’un cerveau plus gros que celui des Sapiens, ce qui signifie qu’il possédait des capacités cognitives importantes.

    On est par exemple aujourd’hui certain qu’il était doté de l’usage de la parole comme le confirme King Grege : «  Il avait la même capacité que l’homme à produire des sons, à avoir un langage articulé. On a essayé de restituer les sons qu’il pouvait émettre, comme les voyelles « a » « i » et « o ». Ce que l’on sait c’est qu’il avait les deux aires du cerveau qui commandent le langage qui étaient présentes comme chez les Homos Sapiens. L’os hyoïde au niveau de la gorge était présent aussi [situé au-dessus du larynx, cet os est essentiel pour la propagation de la voix ; ndlr] et il avait le gène Foxp2 directement associé à l’expression orale. A priori, il avait donc les mêmes capacités que nous à communiquer ». Les chercheurs s’accordent à penser que le cerveau du Néandertal faisait plus appel à l’intuition, celui de l’Homo Sapiens étant pour sa part beaucoup plus analytique.

    Une disparition inexpliquée

    Squelette découvert à La Ferrassie (Dordogne) au début du XXe siècle. Christophe Carmarans/RFI

    « La taille du cerveau c’est une chose mais ce sont surtout les conditions de l’environnement qui font que l’on développe des capacités adaptatives », poursuit le muséographe.« Certains traits de votre caractère ou de vos habiletés se développent en fonction de votre environnement. En l’état de la recherche actuelle, on en déduit qu’il était capable d’une pensée symbolique et qu’il avait sans doute des besoins esthétiques, comme en témoignent les objets que l’on a retrouvés et qui ont été façonnés dans des matériaux comme le cristal de roche ou le jaspe, des pierres particulièrement belles ». Autres particularités qui le rapprochent de l’Homo Sapiens, le Néandertal savait soigner certaines pathologies grâce aux plantes, il prenait soin des individus de sa communauté, il avait de nombreuses pratiques rituelles et il inhumait ses morts. D’un naturel plutôt itinérant car il suivait ses sources alimentaires, il marquait parfois des pauses et fabriquait des campements avec des troncs et des peaux de mammouths.

    « C’est difficile de déterminer en quoi le mode vie des Néandertal divergeait de celui des Sapiens car on trouve plutôt des convergences », rétorque Kinga Grege quand on lui demande quelles étaient les principales différences entre les deux espèces.« On a plutôt tendance à dire que leurs pratiques étaient assez similaires, notamment en termes d’industrie lithique [travail de la pierre ; ndlr] et en termes de pratiques d’inhumation ». C’est aujourd’hui une certitude, les deux espèces, Néandertal et Sapiens, ont un moment cohabité – et même un peu plus – dans la région du Proche-Orient, sachant que les Néandertaliens étaient essentiellement basés entre l’Europe de l’Ouest et le Caucase alors que les Sapiens au départ venaient d’Afrique.

    Il est même communément admis que l’homme moderne possède en lui entre 1,5 et 4% d’ADN provenant du Néandertal. Reste à percer le grand mystère : celui de la disparition de cette espèce qui fut présente sur Terre entre 350 000 ans et 35 000 ans avant notre ère. Une vidéo très instructive propose plusieurs hypothèses, ou plutôt plusieurs pistes, sans en privilégier aucune, pour la bonne raison qu’aucune n’est entièrement satisfaisante et que la vérité se niche sans doute dans l’accumulation de plusieurs facteurs. Éruption volcanique, virus, fumées nocives, rayons UV, refroidissement, cannibalisme, alimentation, guerre, compétition avec les Sapiens ?

    Difficile, en l’état actuel des choses, de savoir pourquoi cette espèce qui avait su s’adapter aux changements climatiques durant plusieurs centaines de millénaires a disparu corps et biens. « On a du mal à savoir pourquoi il a disparu », reconnaît Kinga Grege.« Cette disparition s’est faite de manière différenciée suivant les zones géographiques. Nous avons voulu présenter toutes les hypothèses qui auraient pu conduire à sa disparition mais, conclut-elle, on n’en a privilégié aucune parce qu’en l’état des connaissances actuelles on ne peut pas trancher ». Au sortir de l’expo, une autre Kinga nous attend : une femme de Néandertal reconstituée par la paléo-artiste Elisabeth Daynès et habillée par la styliste agnès b. L’œuvre est tellement réussie qu’on se surprendrait presque à vouloir l’interroger pour avoir le fin mot de l’histoire….

    INFOS PRATIQUES

    Musée de l'Homme
    17 Place du Trocadéro et du 11-Novembre
    75116 Paris
    Tous les jours sauf le mardi de 10h00 à 18h00
    Plein tarif 12 € - Tarif réduit 9 €
    Tél : 01.44.05.72.72
    www.museedelhomme.fr

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