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    L’écrivain algérien Yasmina Khadra: «On peut faire d’une morsure un baiser»

    media L’écrivain algérien Yasmina Khadra alias Mohammed Moulessehoul. Editions Bayard

    Son parcours est totalement hors-norme. Ses romans ont été traduits dans quarante-deux langues, adaptés au cinéma, au théâtre. Aujourd’hui, Yasmina Khadra, cet ancien officier de l’armée algérienne fait une mise au point de sa carrière et de sa vie, à travers un livre d’entretien avec la journaliste Catherine Lalanne : Le baiser et la morsure. Entretien.

    RFI : Un baiser pour une morsure, est-ce la devise qui pourrait s’afficher au blason de votre vie ?

    Yasmina Khadra : Cela a été mon destin. Je n’ai pas eu beaucoup de chance dans ma vie, mais en même temps, j’ai inventé mon bonheur. C’est un combat. J’ai décidé de mettre mon destin à genou, et apparemment j’ai réussi. Si on ne baisse pas les bras, si on croit à ses rêves, on peut faire d’une morsure un baiser.

    Très tôt, à 9 ans, vous avez été arraché aux vôtres parce que votre père a décidé de vous mettre à l’École des cadets à Tlemcen, en Algérie.

    C’est une école militaire, une institution militaire. On est enfermés, on est 80 dans une chambrée, on est punis collectivement quelquefois.

    Aujourd’hui, il y a un mot qui est un peu à la mode, qui pourrait très bien s’appliquer à vous, c’est « la résilience ». Vous êtes devenu officier dans l’armée algérienne, c’était le destin qu’avait voulu pour vous votre père. Avec une vocation rentrée toujours, celle évidemment d’écrire.

    En tous cas, l’armée m’a appris beaucoup de choses sur le facteur humain. Et c’est pour cela que mes personnages deviennent presque des personnes réelles. J’ai appris à intercepter les regards, à décodifier les non-dits, à reconnaître tout de suite la sincérité et la malhonnêteté, à déceler le courage et la lâcheté. C’est magnifique pour un écrivain.

    Vous avez connu votre succès d’écrivain sous le pseudonyme Yasmina Khadra, formé des deux prénoms de votre épouse. Votre vrai nom est Mohammed Moulessehoul. Peut-être y a-t-il eu une incompréhension au départ. Avez-vous eu besoin de mettre tout ça à plat, d’expliquer ?

    Oui. J’ai dit : finalement pourquoi pas. Cela fait 20 ans qu’on essaie de défigurer mon image dans ce pays qu’on appelle la France, on m’a fait passer pour un espion, pour un transfuge, pour un plagiaire, pour quelqu’un qui n’écrit pas ses livres. Malgré l’audience que j’ai, malgré la singularité de mon travail. J’ai réussi à être dans 50 pays sans l’aide de personne. J’ai dit, voilà peut-être qu’un livre d’entretien… C’est surtout destiné à mes lecteurs.

    Vous dites : « Je suis le fils d’une lignée de poètes ». Parlez-nous de votre famille, de votre grand-père.

    Mon grand-père, c’était d’abord un grand poète. Il a été vaincu par les Français en 1903, c’est le dernier cheikh de la tribu. Tous mes ancêtres ont été soit des poètes, soit des érudits. Ils ont enseigné dans les plus grandes madrasas du Soudan occidental, de la Mauritanie, du Maroc, de l’Algérie, parmi les Berbères, parmi les Arabes. Ce sont des gens qui ont laissé derrière eux des manuscrits séculaires et qui racontent un peu l’épopée des tribus qui vivaient paisiblement sur leurs terres avant que le drame n’arrive.

    Vous racontez plein de choses intimes dans cet ouvrage d’entretien, notamment votre amour pour le désert.

    Cela nous éloigne un peu du chahut des villes, alors que le désert, c’est un monde intérieur. C’est le monde de la méditation. On prend conscience de sa fragilité, de sa finitude, on devient sage, on devient poète, on devient humble.

    Dans ce livre, un chapitre s’appelle « L’ami du féminin ».

    Oui, il y a une ingratitude infamante de la part de l’homme qui n’a jamais su être à la hauteur du sacrifice et de la générosité des femmes.

    Vous, vous avez pris aussi un pseudonyme féminin dans un monde arabo-musulman. C’est assez transgressif.

    Il n’y a aucun héroïsme. Je pensais que j’allais mourir, sincèrement. J’étais en guerre. J’attendais juste cette balle qui va me foudroyer ou cette bombe qui va me déchiqueter. Donc, au départ, je voulais que les prénoms, des lettres, que je chéris le plus au monde, ornent un petit peu mon travail d’écrivain. Par la suite, c’est devenu un combat parce que beaucoup de gens ont protesté de voir ça, surtout dans le monde arabe, ils étaient outrés. Moi, je suis fier de porter un pseudonyme féminin. Il y avait même un prince, à Koweït, qui pensait que j’étais homosexuel.

    Dans Le baiser et la morsure, vous plaidez aussi pour un Islam fraternel.

    Il y a une diablerie internationale qui aimerait bien qu’il y a une troisième guerre éclate. Et les gens, stupidement, ne font pas attention à ces dérives. Ils ont renoncé à leur libre arbitre et ils délèguent leurs doutes et leurs angoisses à des manipulateurs. Moi, je suis terrifié de voir l’humanité, chaque génération, réclamer sa part de tragédie. Notre devoir est d’essayer de faire que nos enfants ne souffrent pas trop. C’est à nous d’être vigilant et de dire à ces gourous d’aller se faire voir ailleurs.

     Le baiser et la morsure, livre d'entretien de Yasmina Khadra avec la journaliste Catherine Lalanne, éditions Bayard,

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