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    Culture

    [La vie des mots] Traducteur, es-tu sourcier ou cibliste

    media Une librairie en banlieue parisienne. RFI/Julien Vallet

    On attribue au philosophe italien Benedetto Croce cette image sur l’impossibilité de traduire véritablement un texte : comme si l’on proposait, à un mari qui a perdu son épouse, une autre femme lui ressemblant. Traducere en latin signifie « emmener au-delà », une traduction ne saurait rendre l’original à la perfection. Il convient d’en prendre son parti et de voir les choses de façon positive. Umberto Eco est l’auteur d’une formule qui a fait florès : « La langue de l’Europe, c’est la traduction ».

    Cette remarque s’étend à l’Afrique, à l’Asie, au monde entier en ce XXIe siècle. Les traducteurs ont de beaux jours devant eux.

    Profitons-en pour battre en brèche le cliché agaçant d’une France repliée sur elle-même. En matière de traduction, la France est championne du monde, juste devant l’Allemagne. Sur six ouvrages sortis en France, l’un est une traduction, soit 18 % du total (chiffre qui tombe à 3% aux Etats-Unis).

    Restons dans les chiffres en citant l’Index Translationum de l’Unesco. L’organisation internationale constate que les traductions n’ont pas cessé d’augmenter ces derniers temps. Sur la période 2000-2009, elles provenaient de façon écrasante de l’anglais (59 %). Suivaient l’allemand (8,9 %) et le français (8,6 %). Le reste du peloton était constitué de l’italien (3,1 %), de l’espagnol (2,6 %), du russe (1,8 %) en chute libre depuis 1989 et du japonais (1 %), grâce aux mangas !

    Lors d’un savant colloque à Evry fin 2015 sur la traduction de l’intraduisible, j’ai appris à distinguer les sourciers des ciblistes. Les premiers cherchent à rester le plus fidèle au texte original, au risque de le rendre pesant ou de le truffer de notes. Les ciblistes, en revanche, se posent en premier lieu la question du public et s’attachent à faciliter la lecture. Les intervenants ont employé des mots bien plus sophistiqués que les miens : le sourcier est en quête de domestication, le cibliste de « foreignisation ».

    En ce qui me concerne, je commence souvent comme sourcier et termine cibliste. Quand Nadine Gordimer écrivait qu’un ménage avait trouvé une maison « dans les quartiers nord de Johannesburg », je me trouvais face à un dilemme. Pour un lecteur français, particulièrement marseillais ou parisien, le nord est synonyme de quartiers populaires. Johannesburg a connu un développement différent : les classes populaires occupent le centre-ville, les gens aisés préfèrent les villas au nord de l’agglomération. Mon réflexe sourcier était d’expliquer ce phénomène sociologique en bas de page. Mon souci cibliste s’autorise de glisser un adjectif (« huppé », « chic ») pour caractériser le quartier en question.

    Cette distinction entre ces deux types de traduction est particulièrement délicate quand il s’agit de textes sacrés et anciens. Les traducteurs du Coran prennent tous la précaution de prévenir en introduction qu’il ne s’agit que « d’un essai de traduction », tant la rythmique des sourates est liée à la langue arabe. On imagine aussi la complexité des débats, lors de la traduction œcuménique de la Bible (TOB), dont la première version est parue en 1975 après dix ans de travaux entre catholiques et protestants francophones. Une seconde version incluant les orthodoxes est sortie en 2010. Martin Luther était un grand cibliste, parfaitement conscient que sa traduction du Nouveau Testament en allemand aurait des répercussions sur la langue elle-même.

    Dans un genre tout à fait différent, le colloque d’Evry a souligné la difficulté à traduire la vulgarité. Elle passe mieux sans aucun doute à l’oral qu’à l’écrit. L’universitaire sud-africaine Johanna Steyn détailla la tournure familière que prennent certaines expressions en afrikaans, telles ougat (vieux cul) qui à présent signifie « mignon » ou windballas (couilles de vent) qui veut dire « stérile ». Elle exhorta les traducteurs francophones à plus d’audace. Comme le français a été façonné par des précieux, les traducteurs se sentent mal à l’aise, notamment quand il s’agit d’adapter certains dialogues de Shakespeare. « Rabelais était grossier, mais pas vulgaire ».

    Cibliste ou sourcier, collègue traducteur, ne te berce pas d’illusion. Si un livre ne marche pas bien, on saura toujours à qui en attribuer la faute.

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