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    France

    Mai-68: la révolte de 68, la révolution numérique et la culture

    media « Mai 68 - Assemblée Générale », l'affiche de l'exposition au Centre Pompidou, du 28 avril au 20 mai 2018. Alain Gesgon

    Ce que Mai-68 a changé pour la culture n’est pas forcément tout au programme des festivités et événements mis en réseau sur le site www.soixantehuit.fr. 50 ans après la révolution de 68, quel est aujourd’hui le changement provoqué par la révolution numérique par rapport à notre conception de la culture ? Nous avons posé ces questions à des responsables ayant concocté le programme sur Mai-68 dans les institutions culturelles nationales en France.

    Romain Lacroix, commissaire de Mai 68, Assemblée générale, du 28 avril au 20 mai, au Centre Pompidou-Paris.

    « Ce qui a changé pour la culture après 68 ? Le Centre Pompidou représente un peu cette rupture, ce changement. Dès l’arrivée de Pompidou, juste après Mai-68, il pense à créer le Centre Pompidou. Et les premiers artistes exposés au Centre sont justement ceux qui ont fait les affiches de Mai-68. L’idée est aussi : comment faire entrer la subversion et la contestation dans une institution publique. »

    « En quoi la révolution numérique a-t-elle changé notre conception de la culture ? C’est la question des outils. Les contestations - et on le voit avec Mai-68 - elles se saisissent de nouveaux outils. Aujourd’hui, on le voit avec l’utilisation de tweets, d’internet, qui deviennent un réseau de diffusion. On l’a vu avec les révolutions égyptiennes et des révolutions arabes en général. En même temps, il y a quelque chose assez fort : voir que l’occupation d’un lieu réel reste une chose constante dans un événement politique. La rue et l’occupation d’un espace, cela reste un fondamental dans les prises de position politique. »

    Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française, propose jusqu’au 3 mai 2018 un « fac-similé » de la toute première Quinzaine des Réalisateurs de mai 1969.

    « La révolution de Mai-68 a été surtout une libération des pratiques. Le cinéma français a toujours eu un côté corporatiste, une organisation corporatiste. En 1968, tout cela éclate. Les gens vont s’autoriser à faire du cinéma, alors qu’avant, il fallait avoir fait une école, être second assistant, premier assistant, avant de penser un jour de devenir cinéaste. En 68, c’est l’explosion et des gens s’autorisent tout d’un coup à faire du cinéma. On pouvait leur dire : mais vous ne savez pas en faire. Mais, le problème n’est plus là. Il ne s’agit pas de savoir en faire. Il s’agit d’avoir quelque chose à dire. C’est plus que le rapport à la culture qui change, c’est le rapport à la fabrication de la culture et à la fabrication de l’art. »

    « Aujourd’hui, avec la révolution numérique, ce qui change essentiellement, c’est la diffusion. C’est ce qu’on a appelé l’accès. L’âge de l’accès [L’âge de l’accès. La nouvelle culture du capitalisme, livre de Jeremy Rifkin, publié en 2000, ndlr]. Le numérique permet, par exemple, d’accéder directement aux films. Ce qui change absolument tout. Ceci dit, il ne faut pas croire que, parce que les films sont accessibles, qu’ils sont automatiquement et forcément vus. Il faut toujours un geste de programmation. Donc, malgré toute la différence et la métamorphose des moyens, l’enjeu reste au fond le même : pour que quelque chose prenne vie, il faut que quelqu’un décide qu’il en a besoin. »

    « L'été », de Marcel Hanoun, un film de la Quinzaine des réalisateurs de 1969, sera projeté ce mercredi 18 avril 2018 à la Cinémathèque française. Cinémathèque française

    Philippe Artières, historien au CNRS, à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), à Paris, et co-commissaire de l’exposition Images en lutte, jusqu’au 20 mai 2018 au Palais des Beaux-Arts de Paris. Une lecture documentée des années 1968-1974 où l’art et le politique, la création et les luttes sociales et politiques furent intimement mêlés.

    « Mai-68 s’inscrit dans les années 1968. L’École des Beaux-Arts de Paris s’est rendue célèbre avec son Atelier populaire. On plaçait la culture au centre du politique. Tout au moins dans une rencontre avec la politique. Mais, cette rencontre avec la politique, elle datait d’avant. On néglige souvent très fortement et à tort l’importance des guerres coloniales et surtout la dernière entre elles.
    La guerre de Vietnam est absolument contemporaine de 1968 et elle unifie les jeunesses mondiales. Elle unifie aussi ce qu’on pourrait appeler l’Internationale artistique et culturelle. C’est bien autour de la guerre de Vietnam que dans tous les pays du monde, il y aura des films de dénonciation de cette guerre, considérée comme impérialiste. Pensons au massacre dans le village My Lai, commis le 16 mars 1968 [
    par les soldats de l’armée américaine, le massacre a fait entre 347 et 504 morts civiles, ndlr] et qui n’est dénoncé qu’en 1969, d’ailleurs par les GI eux-mêmes et qui va faire objet d’énormément de représentations et d’œuvres. 68 est aussi un moment très important dans l’histoire culturelle, parce qu’il ne prend pas seulement une dimension internationale, mais fait apparaître également de nouveaux "sujets" au sens de Foucault, c’est-à-dire des individus politiques qui, jusqu’à présent, n’avait pas la parole : le travailleur immigré, l’homme ou la femme homosexuels, la femme, l’enfant, et un peu plus tard, les prisonniers. Cette dimension est extraordinairement forte, parce qu’elle est portée par la culture, par les artistes… »

    « Ce qui me paraît très intéressant avec la révolution numérique, désormais, on peut manifester à cinq. On l’a vu progressivement dans tous les soulèvements qui ont eu lieu dans des pays arabes. La prise de parole passe par le support numérique et désormais, elle est partagée et partageable par toute une communauté, par le monde entier même. C’est absolument passionnant de voir combien 68 a été un moment où l’on a complètement changé l’information et aujourd’hui, combien le numérique l’a fait changé également. C’est la technologie et non la politique qui initie et invente des formes politiques nouvelles de contestation. »

    « Usines Université Union », Lithographie. Exposition « Images en lutte ». Collection Beaux-Arts de Paris

    Sylvie Robic, vice-présidente chargée de la Culture à l’université de Nanterre. Entre autres, elle a coorganisé 1968-2018 : Prop’osons !, le Printemps des utopies et des libertés, ainsi que le grand colloque Global 68 qui aura lieu du 2 au 6 mai 2018 à Paris, Nanterre et Londres.

    « Après Mai-68, la conception de la culture a un peu explosé. Il y avait cette volonté de la part d’un certain nombre d’étudiants de Nanterre, mais aussi évidemment de tous les étudiants des beaux-arts et dans des écoles d’architectures, de décloisonner les disciplines, de faire aller l’art dans les rues, des collages, des graffitis… C’était une manière totalement non conformiste et anti-institutionnelle de répandre l’art dans la rue. Autre chose : on doit vraiment aux années 68 l’idée que n’importe qui peut prendre une caméra pour tourner un film. Cela a révolutionné la culture, mais aussi le rapport à l’éducation et à l’université de manière assez fantastique en France. »

    « Entre la révolution numérique d’aujourd’hui et Mai-68, il y a une différence énorme. Cette idée : oui, on peut tous prendre une caméra, tous faire un film, c’était vraiment conçu comme une démarche politique. Alors qu’aujourd’hui, la révolution du numérique, elle nous touche tous. En effet, elle permet des pratiques massives, individuelles, d’« art », mais je ne suis pas sûre qu’il y ait pour autant toujours derrière la part de réflexion politique. Dans le cadre du grand colloque itinérant et international Global 68, on va restaurer des petits films en 16 mm qui ont été faits dans les années 1970 par des lycéens dans un lycée de la ville de Nanterre. Dans ces petits films, les jeunes posaient à leurs parents et leur famille ce genre de question : « et toi, chez toi qui fait quoi ? » C’était la culture au service d’une réflexion sur le monde dans lequel on vit. Donc, on va projeter ces films, il y aura un débat et j’espère qu’on abordera la question : qu’est-ce qu’on fait des outils d’aujourd’hui ? »

    Pour le cinquantenaire de Mai 68, l’Université Paris Nanterre choisit de reposer in situ les questions de l’imagination au pouvoir et des articulations entre art et politique. Université Paris Nanterre

    Hugo Vitrani, commissaire associé au Palais de Tokyo et commissaire de l’intervention monumentale réalisée par l’artiste Escif qui va reproduire à partir du 4 mai 2018 sur le bâtiment les fameuses écritures des révoltes étudiantes de Mai 68.

    « Le projet d’Escif est en deux parties : une partie principale sur la façade arrière du Palais de Tokyo, une façade de plus de 100 mètres de long et plus de 5 mètre de haut. Dans un second temps, l’artiste va intervenir dans le Palais de Tokyo, dans des espaces qui seront parfois fermés au public : des zones de sécurité, de stockage ou techniques habituellement pas utilisées par le musée pour y présenter des œuvres. Mais, ce sont ces zones qui intéressent l’artiste pour travailler dans le cadre de Lasco Project #10. Ce projet expérimental existe depuis 2012. Il s’agit d’organiser ces interventions dans des zones qui échappent au public, mais qu’on a photographié et qu’on archive, qui sont parfois filmées et qu’on montre au public à travers des images ou des témoignages.

    Escif est un artiste très marqué par le mouvement situationniste qui a animé le mouvement 68. Au Palais de Tokyo, c’est la deuxième fois en deux ans qu’un artiste invité est issu du graffiti et décide de parler de Mai-68 de son travail. En 2016, l’artiste grec Stelios Faitakis, l’un des pionniers du graffiti à Athènes, avait déjà fait deux interventions murales assez importantes en faisant un croisement entre la pensée situationniste, Mai-68 et les événements Nuit debout en mai 2016. »

    « Oui, évidemment, la révolution numérique a changé notre conception de la culture. Pour en rester à la scène du graffiti, par exemple, dans la manière de montrer les œuvres. À l’origine, le graffiti était une culture qui était dans l’entre-soi, très clandestine, qui fonctionnait dans sa médiation surtout par des fanzines, des publications indépendantes. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, la rue pourrait devenir même numérique. On peut peindre un terrain vague totalement abandonné, en banlieue, en faire une vidéo exceptionnelle et la poster sur internet. Donc on voit bien qu’il y a un impact fort dans la manière de conceptualiser même l’espace public. Puisque l'internet est devenu aujourd’hui un vrai espace public. »

    ► Le site www.soixantehuit.fr affiche l’agenda des rencontres, des expositions, des ouvertures d’archives, des ateliers participatifs, du théâtre, de la musique, des débats, des interventions inédites, 50 ans après Mai 68.

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