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    [Du côté de chez Mandela] Vérité sans réconciliation

    media L'auteure sud-africaine Antjie Krog en 2006. AFP/Mark Wessels

    En 1998, Mgr. Tutu remettait à Nelson Mandela le premier rapport de la Commission Vérité et Réconciliation. Cette année-là, Antjie Krog publiait un livre atypique et bouleversant sur les travaux de cette instance sud-africaine. Actes Sud a eu la bonne idée, vingt ans plus tard, de faire paraître en format poche La douleur des mots, désormais un classique, un livre clé pour toute personne impliquée dans une transition démocratique.

    Pendant deux ans, la poétesse a couvert pour la radio nationale les audiences de la Commission, écouté les témoignages des victimes et des bourreaux, analysé l’évolution politique du pays, exposé ses réflexions, et exprimé parfois ses émotions par des poèmes. L’auteure s’y est jetée avec générosité. Ainsi lorsqu’après des mois de séances harassantes, Desmond Tutu tombe malade, la journaliste va lui porter des fleurs à l’hôpital et se rend compte du caractère peu déontologique de sa démarche.

    Le livre figure parmi les dix titres cruciaux qui ont accompagné la naissance de la démocratie en Afrique du Sud, ainsi qu’autre ouvrage d’Antjie Krog A Change of Tongue, non traduit en français.

    Ecrit en anglais par une Afrikaner, le livre n’a toujours pas été publié en afrikaans ! Cela en dit long sur la lenteur de la réconciliation. Alors qu’il a été traduit assez vite en néerlandais, en français, en italien et en serbe, il a fallu toute l’influence de John Coetzee, prix Nobel, pour qu’il finisse par sortir en espagnol en 2016, au grand bonheur des commissions analogues en Amérique latine. La lecture publique du livre de Krog à Buenos Aires s’est faite dans les larmes, de la part de l’actrice qui lisait, comme du public, tant le souvenir de la dictature militaire reste vivace.

    Signalons qu’il n’y a pas encore de traduction en allemand et que celle en arabe est suspendue en raison des événements en Egypte.

    Initiée par Mandela, pilotée par un homme remarquable, Desmond Tutu, la Commission Vérité et Réconciliation a réussi au moins sur deux plans et échoué sur un troisième. Elle a d’abord donné la parole aux victimes, à toutes les victimes, acte essentiel pour pouvoir se reconstruire. Tous les témoignages sont archivés et accessibles depuis 2013. Ensuite, elle a obtenu la confession de 8 000 tortionnaires. Seul un millier d’entre eux a obtenu l’amnistie, en prouvant avoir agi sur ordre et sans esprit de vengeance. Les autres n’ont pas été poursuivis, Mandela estimant que l’opprobre de la société et des proches constituait déjà une peine en soi.

    La Commission n’a malheureusement pas réussi à indemniser correctement les victimes. Les entreprises, invitées à régler une taxe exceptionnelle et unique, (et pour celles qui sont cotées en Bourse à contribuer à un fond à hauteur de 1 % de leur capital boursier), ont su convaincre Thabo Mbeki, le successeur de Mandela, que ces mesures les ruineraient. En 2003, le Président bloquait à 30 000 Rands (à l’époque 300 €) le plafond d’une indemnisation, une somme 24 fois moins importante que ce qu’avait calculé Mgr. Tutu. Une misère !

    Un Tribunal du Peuple, réuni en 2017 en présence d’un haut fonctionnaire de l’ONU, a souligné l’arrogance des entreprises qui ne sont pas venues témoigner devant la Commission, notamment celles qui ont violé l’embargo international, et qui, de ce fait, se sont exonérées de toute responsabilité face à l’apartheid.

    Cette attitude explique un ressentiment latent face au peu de progrès dans la réduction des inégalités et fait le lit des revendications passablement démagogiques de l’Economic Freedom Front de Julius Malema. L’augmentation d’actes racistes, de toute part d’ailleurs, fragilise la cohabitation qui prévaut depuis 1994. Antjie Krog, comme bien d’autres, fonde aujourd’hui de grands espoirs sur l’extraordinaire capacité de négociation de Cyril Ramaphosa pour apaiser les choses. Mais personne ne plonge dans l’angélisme : l’écart des revenus reste immense, la vraie réconciliation n’est pas pour demain.

    Signalons un autre livre passionnant d’Antjie Krog, Begging to be Black, tressant trois histoires en une : la résistance de la jeune professeure qu’elle fut à Kroonstad pendant les années de plomb, ses réflexions sur la violence dans le cadre d’une résidence d’écrivain à Berlin, et l’incroyable épopée des trois missionnaires protestants français appelés en 1833 par le roi Moshoeshoe. L’ouverture d’esprit du père fondateur du Lesotho et l’intelligence du pasteur Eugène Casalis (1812-1899) font figure de modèle de dialogue euro-africain.

    Il convient enfin de rappeler qu’Antjie Krog est une auteure au verbe puissant et rugueux. Ses poèmes portent haut la cause des femmes, des opprimés, des oubliés (comme les Khoïsans d’Afrique australe). Le poète néerlandais Remco Campert a prédit qu’elle aura le prix Nobel un jour. Deux recueils sont disponibles pour les francophones : Ni pillard, ni fuyard et Une syllabe de sang, tous deux parus chez Le Temps qu’il fait.

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