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    La Semaine de la Critique à Cannes: «un monde qu’on voit peu souvent au cinéma»

    media « Chris the Swiss », film réalisé par la Suisse Anja Kofmel, présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2018. Urban Distribution

    Au Festival de Cannes, la Semaine de la Critique est un tremplin prestigieux pour les premiers et seconds films et pour la découverte de nouveaux visages dans le cinéma français et mondial. La 57e édition a ouvert ce mercredi 9 mai ses portes avec sept longs-métrages et 10 courts-métrages en compétition et une ambitieuse programmation de séances spéciales. Entretien avec Charles Tesson, délégué général de la Semaine, sur la sélection 2018, la question Netflix et le nouveau rôle des critiques de cinéma au Festival de Cannes.

    RFI : La Semaine de la Critique est la promesse de découvrir des jeunes talents du cinéma mondial. Quel film à ne pas rater ?

    Charles Tesson : Il y en a plusieurs, dont un film très étonnant, Chris the Swiss, de la réalisatrice suisse Anja Kofmel. L’histoire se passe en Croatie. Un documentaire avec des images d’archives et des scènes d’animation sur une jeune femme dont le cousin a disparu lors de la guerre en ex-Yougoslavie, mais du côté croate. A partir de son journal intime, elle fait une enquête pour savoir plus sur le mystère de sa disparition.

    Le film évoque la guerre côté croate qu’on connaît peu : l’extrême droite catholique, barbouzes, tout ce monde-là, très impressionnant. Et il y a presque une dimension mythique, comment un journaliste, par ses convictions, se trouve embrigadé lui-même dans des milices, s’engage et disparaît.

    Dans beaucoup de documentaires, quand il y a des scènes manquantes, on demande aux acteurs de les jouer, on les reconstitue. Ici, quand il y a des scènes où elle n’a pas pu avoir d’images, mais où l’on lui a fait le récit, ce sont de très belles scènes d’animation. On pourrait croire que l’animation fait sortir l’émotion, mais, en fait, elle en rajoute.

    Est-ce l’innovation formelle la plus surprenante de cette sélection à la Semaine de la critique ?

    Oui. Cinématographiquement parlant, il y a une forme hybride. Comme beaucoup de films de la Semaine, Chris the Swiss mêle l’intime - avec un membre de sa famille qui disparaît – avec un autre intime qui conduit à une vision du monde.

    Après, il y a deux premiers films français très forts, dont un en compétition : Sauvage, de Camille Vidal-Naquet. Un film âpre, dur, poignant, très bouleversant, sur un monde qu’on voit peu au cinéma, l’univers de la prostitution masculine, évoqué d’une façon extrêmement réaliste, à travers d’un héros, un personnage joué par Félix Maritaud qu’on avait vu dans 120 battements par minute de Robin Campillo. Une quête d’amour impossible qui se perd dans une dimension sacrificielle.

    L’autre film français est de Jean-Bernard Marlin, Shéhérazade. Cela se passe à Marseille, une très belle histoire d’amour traitée par une méthode très originale, par un fait divers. Il évoque des ados, une histoire d’amour entre un garçon et une fille, le proxénétisme… Les acteurs sont très proches de leur propre rôle, de leur propre vie. Il y a même des acteurs qui sont en prison et qui ont eu l’autorisation de sortir pour tourner pendant la journée et rentrer en prison le soir. Il y a un vrai récit romanesque qui mêle à la fois un thriller social et une histoire d’amour.

    La Semaine parle aussi des femmes, par exemple dans le film islandais Une femme en guerre (Woman at War) de Benedikt Erlingsson. Une lutte, une guerre pour la terre, contre l’industrie locale de l’aluminium.

    Woman at War prend la température de notre monde d’aujourd’hui, d’un point de vue politique. Avec une sorte d’hypocrisie de notre société démocrate-libérale d’Europe qui dit : contre la pollution on prend des mesures, on fait ceci et cela, mais, en fait, ils ne font pas grand-chose. C’est l’histoire d’une femme qui dirige une chorale, une femme tout à fait « normale », ordinaire. Mais, comme une Amazone avec ses flèches, elle détruit des câbles électriques, mène un combat seule. C’est drôle, inventif, savoureux, et en plus, elle va adopter un enfant qu’elle va chercher en Ukraine. C’est vraiment un film réjouissant. Ils sont bons les Islandais. Ils sont bons en football, mais aussi en cinéma [rires].

    Dans la compétition des courts-métrages se trouve un film très déroutant, réalisé par le Sud-Coréen Kim Cheol-hwi, Mo-Bum-Shi-Min (Exemplary Citizen). L’histoire se déroule dans les toilettes sales et abandonnées d’une arrière-boutique d’un lieu de paris hippiques illicites. Que se cache-t-il derrière ce milieu très étrange ?

    C’est un film de huis clos [rires]. Les Coréens ont beaucoup d’humour et on le voit dans leurs films. Cela se passe dans des toilettes, un peu crades, il faut bien le dire, et on devine par le son off que cela se passe dans un bar crapoteux, une sorte de PMU. Tout d’un coup débarque un Monsieur en costume. Il est dégoûté par la saleté des lieux, se prend comme un Monsieur Propre et veut tout nettoyer [rires]. L’inventivité de la mise en scène dit beaucoup de la réalité coréenne. Ce côté propre comme façade comme il peut y en avoir dans des sociétés en Corée, au Japon… Et puis il y a l’autre côté sale qu’on veut cacher, mais qui existe. C’est très drôle.

    Est-ce que l’absence de films Netflix au Festival de Cannes vous a posé un problème à la Semaine de la Critique ?

    Nous ne sommes pas confrontés à cela. Peut-être par rapport aux films américains. On a Wildlife de Paul Dano, avec Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal. Un film qui ne pourrait peut-être pas être produit, mais acheté par Netflix en distribution. Je ne le souhaite pas, parce qu’on n’est plus maître de notre destin.

    On fait des découvertes de courts-métrages. Il y a vraiment un travail lié à la salle du cinéma, par rapport au travail que font les exploitants des cinémas d’art et d’essai. Ils font venir les cinéastes, organisent des débats, font un travail en profondeur. Netflix construit le toit de la maison, mais les fondations et les murs, ce sont les autres qui le font. Netflix ne découvre pas des cinéastes, ils prennent Scorsese ou des gens connus qui d’ailleurs ont des problèmes avec le Hollywood actuel, puisqu’ils ne les font plus travailler. Ils font des blockbusters science-fiction, jeu vidéo, Avengers, et tout cela.

    C’est problématique que ces cinéastes-là comme Scorsese n’arrivent plus à trouver des conditions de production satisfaisantes comparées à leur talent. Netflix est malin en termes de production pour les récupérer. Mais, après, eux, ils ne font pas ce travail de fond que font Cannes, La Quinzaine des réalisateurs ou d’autres sections du Festival, qui vont découvrir les nouveaux talents et surtout les inscrire dans la critique, les salles de cinéma, les festivals, les débats…

    Cela renvoie aussi à la question du rôle des critiques cinéma, mis en cause par la suppression des avant-premières pour la presse au Festival de Cannes. Qu’en pensez-vous de cette nouvelle règle ?

    A titre personnel, je trouve cela dommage. Le Festival de Cannes, mais aussi le cinéma en général, a vraiment besoin de la critique du cinéma. Que la critique aime ou pas, cela fait partie du jeu, c’est une réalité, mais je pense que les films de Cannes, s’ils existent dans la mémoire et l’histoire du cinéma aujourd’hui, c’est parce que la critique a fait son travail, a donné envie de le partager au public et puis aussi une sorte de label symbolique de valeur. Ici, on empêche la critique de faire son travail ou on la met de côté en disant qu’il faut protéger les auteurs, le tapis rouge, le film… Je pense que cela peut être dangereux à long terme pour le Festival, mais c’est une opinion toute personnelle.

    57e Semaine de la Critique, du 9 au 17 mai au Festival de Cannes

    ► Lire aussi : «Boum!», la 50e édition de la Quinzaine des réalisateurs

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