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    «Rafiki», l’incroyable succès de Wanuri Kahiu: «les Kényans sont fiers de nous »

    media Wanuri Kahiu, réalisatrice kenyane de « Rafiki », après son succès au Festival de Cannes. Siegfried Forster / RFI

    La première à Cannes s’est transformée en triomphe, malgré ou peut-être aussi à cause de la censure de son film dans son propre pays. Pour sa promotion présumée du «lesbianisme», Wanuri Kahiu risque même d’aller en prison après son retour en Afrique. La première Kényane sélectionnée par le Festival de Cannes a été longuement ovationnée lors de la projection dans le cadre de la prestigieuse section parallèle Un certain regard. « Rafiki » raconte une histoire d’amour entre deux jeunes femmes dans un Kenya ouvertement hostile à l’homosexualité. La réalisatrice de 38 ans a réussi à bouleverser le public. Son style tout en finesse, la subtilité de la caméra et la timidité du jeu des actrices donnent une force incroyable aux propos esthétiques et politiques du film. Entretien.

    RFI : Comment avez-vous vécu la première de votre film Rafiki dans le Grand Théâtre Lumière au Festival de Cannes ?

    Wanuri Kahiu : On est tous extrêmement émus. C’était tellement merveilleux. De marcher sur ce tapis rouge que j’ai regardé pendant tellement d'années quand mes cinéastes préférés ont monté les marches. Pour moi, c’était extraordinaire d’être là-bas, avec des gens qui crient votre nom, avec tous les photographes autour et le délégué général du Festival de Cannes qui vous souhaite la bienvenue ! Honnêtement, un rêve est devenu réalité.

    Et la salle était debout après la projection.

    Ce standing ovation m’a totalement bouleversée. Je ne m'attendais absolument pas à un tel soutien. C’était hallucinant et cela nous a donné un courage fou. On avait vraiment le sentiment d’appartenir à ce Grand Théâtre Lumière du Festival de Cannes. C’est incroyablement important pour des cinéastes comme moi qui viennent d’industries du film émergentes. Cela vous donne le sentiment d’appartenir à ce lieu que vous admirez.

    Les autorités kényanes ont censuré votre film au Kenya. Comment ont-ils réagi après cet incroyable succès du premier film kényan jamais sélectionné au Festival de Cannes ?

    J’ai vu aujourd’hui qu’on est sur la Une du journal national au Kenya. Cela me rend incroyablement heureuse et fière que notre film, malgré son interdiction, notre photo soit sur la Une du quotidien ! Cela signifie que les gens sont fiers de nous. Les Kényans sont prêts à célébrer le fait qu’un film kényan arrive à faire sa place dans le plus grand rendez-vous du cinéma au monde.

    Et comment les autorités ont réagi ?

    Pour l’instant, on n’a pas eu de réaction de la part des autorités kényanes, mais on a un incroyable soutien de la part de notre famille et nos amis et c’est cela qui compte surtout, parce que notre famille est notre nation.

    Sheila Munyiva (à g.) et Samantha Mugatsia (à dr.) dans « Rafiki » de Wanuri Kahiu. Météore Films

    La couleur joue un rôle très important dans votre film. Pour vous, quelle couleur a-t-il ?

    La couleur est importante, parce qu’elle raconte l’histoire des relations entre les deux filles, mais elle raconte aussi la relation entre la communauté et les jeunes filles. Quand les filles sont dehors dans leur communauté, les couleurs sont très criantes, presque insupportables et rendent l’ambiance presque claustrophobe. Et quand les filles sont ensemble, les couleurs sont légères et ont parfois une nuance de rose vif. Pour moi, cela signifie la célébration de leur liberté et leur perception du monde. Ce film était destiné à montrer un point de vue féminin de Nairobi. Et avec les couleurs on avait poursuivi le même but.

    D’un point de vue formel, vous avec choisi de raconter cette histoire dure d’une manière très douce. Vous avez déployé beaucoup de scènes très belles et esthétiques pour montrer dans quelle situation très moche se trouvent les homosexuelles au Kenya. Le cinéma, est-ce pour vous un soft power ?

    Pour moi, le cinéma est une force forte ! Le cinéma est capable de déclencher des discussions, de défendre des droits fondamentaux comme la liberté d’expression, de réunir du public dans un lieu, de montrer des films et de transporter les gens dans le monde entier. Le cinéma est incroyablement important pour casser des barrières et des frontières. Pour tout cela je suis devenue réalisatrice. C’est le seul chemin pour toucher les autres et juste en regardant les films qui sortent d’un pays, je peux déjà avoir une idée d’un pays.

    Les deux filles Ken et Zizi répètent dans le film une phrase plusieurs fois : « Nous voulons être vraie ». Combien de temps faut-il à votre avis pour que les homosexuels au Kenya puissent être « vraies » ?

    Je pense que les personnes appartenant à la communauté des LGBT sont déjà « vraies ». La seule différence consiste dans le fait que leur droit à une vie privée n’est pas respecté. On a une Constitution qui permet à chacun de s’identifier à n’importe quel sentiment. Donc, si l’identité est protégée, s’identifier à une décision de votre choix est aussi protégée par la Constitution. Mais pour le moment on n’est pas encore là, parce que notre Constitution est encore très récente et on doit encore apprendre les forces et les limites de notre Constitution. Donc, il s’agit aujourd’hui d’affirmer nos choix et d’être conscients que nous sommes « réels ».

    La dernière fois qu’une histoire d’amour entre deux jeunes femmes avait à un tel point impressionné le Festival de Cannes, c’était quand La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche avait remporté la Palme d’or. Avez-vous vu le film et est-ce qu’il y a des similarités entre les deux films ?

    J’ai vu le film, un film incroyablement tendre. Ces moments du film sont restés avec moi jusqu’à aujourd’hui. Surtout la scène où elles se rencontrent pour la première fois, quand elles sont allongées et regardent le ciel. Elles sont très timides et essaient de parler avec l’autre. C’est juste l’état dans lequel on se trouve quand on est amoureux. Et c’est exactement le même sentiment que je voulais créer aussi dans mon film. Je voulais m’assurer que ce sentiment amoureux ne soit pas seulement ressenti par les actrices, mais également par les spectateurs. Le but était que les spectateurs pensent dans ce moment à leur histoire d’amour personnelle. On voulait que ce soit un amour tactile et très près de la peau. C'est pour cela qu’on a choisi de le faire ainsi. Oui, il y a des similarités en ce qui concerne cet aspect-là, de créer un amour naissant, tout frais. Et on espère que beaucoup d’autres histoires d’amour vont naître de ce film.

    Samantha Mugatsia (à g.) et Sheila Munyiva (au centre, au fond) dans « Rafiki » de Wanuri Kahiu. Météore Films

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