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    Cannes: le Sud-Africain Etienne Kallos explore les fermiers afrikaners

    media « Die Stropers » (Les Moissonneurs), du réalisateur sud-africain Etienne Kallos. Festival de Cannes 2018

    Avec un sujet très sensible sur une famille afrikaner et sa résistance contre un environnement perçu comme hostile, le réalisateur sud-africain Etienne Kallos a réussi son entrée en sélection officielle du Festival de Cannes. « Die Stropers » (Les Moissonneurs) parle de la communauté blanche des Afrikaners dans le Free State (L’Etat libre), le grenier à blé de l’Afrique du Sud. L’adoption d’un orphelin des rues pour assurer la pérennité de la ferme, met à l’épreuve la cohésion de cette famille très conservatrice, mais aussi leurs croyances religieuses, politiques et sexuelles. Entretien avec le cinéaste de 45 ans dont son premier long métrage a été beaucoup applaudi lors de la projection à Un certain regard.

    RFI : Dans votre carrière, vous avez participé aux programmes de la Cinéfondation et des résidences du Festival de Cannes et aujourd’hui, votre film a été ovationné en sélection officielle. Peut-on dire que vous êtes un vrai fils du Festival de Cannes ?

    Etienne Kallos : En 2006, j’ai participé à la Cinéfondation, la résidence était en 2012, donc c’était un long chemin. Aujourd’hui, avec mon premier long métrage, Les Moissonneurs », on est en 2018. Et c’est sûr, je n’aurais pas pu le faire sans le Festival de Cannes.

    La première chose qui frappe dans votre film est le paysage, à la fois impressionnant de beauté et menaçant. Où avez-vous tourné ?

    La première chose pour moi, c’était de tourner un film sur un lieu. Il était important de faire un film sur un territoire, filmer pas uniquement un paysage, mais aussi les rites et la mode de vie qui sont nés de ce paysage. Cela prend en compte aussi l’histoire et l’avenir de ce paysage. Le tournage avait lieu dans l’est de la province du Free State (L’Etat libre), en Afrique du Sud. C’est un endroit avec une histoire et un mélange de cultures très spécifiques. Les fermiers afrikaners ont dominé ce territoire pendant très longtemps. Nous avons aussi tourné dans l’Etat voisin, mais l’Etat libre a une certaine beauté mystérieuse. Je voulais tourner dans la région Bible Belt, dans ce paysage typique de la culture afrikaner : les champs de blé, les églises, les routes difficiles. Dans la partie est de l’Etat libre, on trouve aussi des montagnes et un état mystérieux et sauvage. C’était très émouvant d’y tourner.

    Le film parle de la question de la mère, de la mère-patrie, des origines, mais soulève aussi des questions comme : qui et quoi appartient à qui ? Des sujets sensibles en Afrique du Sud.

    C’étaient toujours des sujets sensibles, parce que l’Afrique du Sud était toujours un endroit de colonialisme, d’apartheid, de post-apartheid, et aujourd’hui nous sommes dans une sorte d’ère post-post-colonialiste. Encore aujourd’hui, c’est un sujet très sensible avec notre nouveau président qui a très ouvertement parlé de l’idée d’éventuellement prendre les fermes des Afrikaners et de les donner à l’autre partie de la population. Donc il y a toujours cette idée d’appartenir ou de ne pas appartenir à quelque chose, qu’il y a des bons et des méchants, parce que seulement les « mauvaises » personnes seront dégagées de leur maison donnée ensuite à des « bonnes » personnes. C’est une question qui continue à être posée et de ne pas être résolue.

    Votre film raconte l’histoire d’un orphelin adopté par une famille afrikaner pour assurer la pérennité de la ferme. Est-ce un sujet courant en Afrique du Sud ?

    Je ne suis pas sûr. Quand j’étais dans l’Etat libre, j’ai travaillé avec des orphelins et des familles d’accueil. J’ai remarqué à quel point ils avaient besoin d’appartenir à une famille. Leur culture est beaucoup basée sur la famille. Vous voyez dans le film ce mur d’anciennes photos de famille des trois siècles derniers, cela est très courant dans toutes les fermes. L’arbre généalogique, les ancêtres, l’héritage sont des choses extrêmement importantes. Pour ces orphelins qui n’ont pas de famille, c’est incroyablement difficile. Je voulais explorer cela.

    Dans Les Moissonneurs, cette famille afrikaner vit dans un cercle d’Afrikaners. A un moment, Janno, le fils, salue deux femmes noires rencontrées par hasard sur le chemin en disant « bonjour mes sœurs ». Pieter, l’orphelin adopté et concurrent de Janno, fréquente des bars où s’amusent aussi des Noirs. Quelle est la relation entre les Afrikaners et les Noirs sud-africains dans votre film ?

    Dans cette relation, il est possible de travailler ensemble, de se retrouver ensemble, mais il y a toujours un sentiment d’isolement. Je voulais explorer ce point de vue qui est un point de vue isolé. A mon avis, la prochaine génération sera beaucoup plus capable de mélanger plus facilement les cultures et les races que c’était le cas avec l’ancienne génération. Les deux garçons du film appartiennent à la première génération née après la fin du système d’apartheid. Je voulais regarder leurs expériences et observer le changement. Ils n’ont plus de règles à respecter, plus personne leur dit comment ils doivent agir. Donc, ils agissent, mais la grande question est : un garçon comme Janno, doit-il, sur un plan figuratif ou littéral, « brûler » les structures établies par ses ancêtres pour devenir « africain » ou entrer dans une nouvelle Afrique ? Je ne suis pas sûr.

    Vous êtes né en 1975, au Cap, en Afrique du Sud, en tant que fils de parents d’origine grecque. Vous avez fait vos études de cinéma aux Etats-Unis. Est-ce plus facile d’aborder ce sujet avec un regard venant aussi de l’extérieur ?

    Je pouvais seulement écrire le scénario, parce que j’habite la plupart du temps aux Etats-Unis. J’ai fait tout le travail et la recherche en Afrique du Sud et c’est mon pays, mais j’habite aux Etats-Unis. Et je pense que n’aurais pas pu écrire le scénario en habitant en Afrique du Sud. Il était nécessaire pour moi d’avoir une distance. Cela m’a donné la liberté de voir les choses d’une manière différente.

    Dans votre film, vous montrez une famille dont la vision familiale, religieuse, politique et même sexuelle est basée en partie sur des mensonges. Comment imaginez-vous l’accueil de votre film en Afrique du Sud ?

    On ne sait jamais, mais je pense que l’accueil sera bon, parce que les gens, et même les jeunes, sont très curieux de regarder un film sur les Afrikaners. Je suis allé dans des écoles et je me suis présenté aux élèves et aux professeurs avant de faire le casting. Quelques enfants ne voulaient pas participer au film, mais tout le monde m’avait dit que cela les intéresse beaucoup et qu’ils ont l’impression que je raconte quelque chose de nouveau sur les Afrikaners. J’ai beaucoup travaillé avec eux sur les archétypes des Afrikaners, pour qu’ils soient compréhensibles. Je les ai menés sur un terrain inconnu, mais ils vont comprendre. Ils seront plutôt peut-être un peu surpris ou choqués à la fin du film, mais cela fait partie de la force et de l’excitation du cinéma.

    ► Lire aussi : L'Afrique du Sud se déchire au cinéma, rfi, 4/6/2013

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