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    [La vie des mots] Œil de tigre à Tulle

    media « L'œil de tigre » de Francette Vigneron et Antoine Quaresma. Editions Maiade

    Bien avant de mettre le pied en Afrique du Sud, j’avais vibré pour l’œil de tigre. Ce quartz macro-cristallin, strié de nuances de brun et d’ocre, dégage des reflets chaleureux, fascinants. La pierre semi-précieuse est enfouie en quantité du côté de Prieska, un bourg perdu dans le semi-désert au nord du Cap. Pour ceux qui croient à la lithothérapie, elle est dotée de mille vertus.

    Le plaisir de contempler une belle pierre polie me suffit. Mais d’autres lui prêtent, depuis l’Antiquité, la capacité d’éloigner les énergies néfastes. Un œil de tigre comme parade contre le mauvais œil, j’aurais dû y penser.

    Dans ce contexte, il est piquant d’apprendre que la personne responsable d’une grande affaire de délation en France avait choisi Œil-de-tigre comme pseudonyme. Une excellente BD* vient de retracer cette affaire qui secoua, voici un siècle, toute une préfecture. Le dessinateur a intelligemment choisi des coloris sépia, à l’instar de la pierre, pour raconter un drame sordide qui provoqua deux morts et beaucoup de souffrances.

    La ville de Tulle, en Corrèze, est connue pour deux faits historiques. En juin 1944, le commandant de la division SS Das Reich fit pendre 99 otages aux balcons des rues (et déporter 149 autres, dont un tiers seulement en revint). En mai 2012, son ancien maire, François Hollande, s’exprimait pour la première fois en tant que président élu. Mais de 1917 à 1922, Tulle avait été secouée par un monceau de lettres anonymes.

    Ecrites en lettres majuscules, déposées un peu partout, elles mettaient en cause des fonctionnaires et leurs familles. Mêlant quelques éléments véridiques à beaucoup de calomnies, elles dressèrent les gens les uns contre les autres pendant des années. La rumeur malsaine devint criminelle, poussant au suicide un employé de la préfecture. Dès lors la justice prit l’affaire au sérieux. L’on fit venir une sommité de Lyon, le docteur Edmond Locard, fondateur du premier laboratoire de police scientifique.

    Il convoqua les huit personnes suspectées d’être l’anonymographe de Tulle et les soumit à une dictée. Dès le lendemain, il faisait part au juge de sa certitude. Un procès pouvait s’ouvrir, débouchant sur la condamnation de la coupable. Qui était-ce ? Je vous laisse le soin de la découvrir en lisant cette BD atypique, fort bien construite et solidement documentée.

    Une journaliste présente au prétoire a décrit l’accusée, telle « un petit serpent dressé sur sa queue ». Un autre l’a perçue, enveloppée dans un voile de deuil, « comme un pauvre oiseau qui a replié ses ailes ». Cette comparaison allait être utilisée par Louis Chavance, scénariste que l’événement avait marqué. Il avait intitulé une première version : L’œil du serpent.

    En accord avec le cinéaste Henri-Georges Clouzot, il a choisi un oiseau de mauvais augure comme symbole de la délation. Dans le scénario définitif, l’anonymographe d’une petite ville fictive signe ses lettres Le Corbeau, d’où le titre du film, sorti en 1943.

    La France vivait alors sous l’occupation nazie. Une période où les sycophantes dénonçaient à qui mieux mieux leurs compatriotes. Le film lui-même, produit avec des fonds allemands, sera victime de la censure à la Libération et Clouzot banni du monde du cinéma jusqu’à la levée des interdictions en 1947.

    Dès lors, le public a pu admirer ce chef d’œuvre de film policier, son ambiance délétère, son intrigue menée de main de maître. Autour de Pierre Fresnay et de Ginette Leclerc, une floppée de jeunes acteurs brillants s’illustreront par la suite (Roger Blin, Noël Roquevert, Louis Seigner).

    Mais surtout, un nouveau mot allait faire florès. Tout dénonciateur anonyme et malveillant devient désormais un corbeau. Dans l’affaire toujours non élucidée du petit Grégory, noyé dans la Vologne en 1984, les juges sont à présent convaincus qu’il y avait plusieurs corbeaux, agissant en concertation.

    Voilà comment on passe d’un joli quartz à une mauvaise plume.


    * Francette Vigneron & Antoine Quaresma, L’œil de tigre, Maiade, 2017

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