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    Culture

    Layane Chawaf explique le grand retour du cinéma arabe à l'IMA

    media Layane Chawaf, directrice du Festival des cinémas arabes 2018 de l'Institut du monde arabe (IMA).. @ Mustafa Azab

    Douze ans après la fermeture de sa Biennale, qui fut une référence mondiale en matière de 7e art, l'Institut du monde arabe (IMA) relance pour de bon son activité cinéma. Le Festival du cinéma arabe ouvre ses portes du 28 juin au 8 juillet. Au menu, près de 80 films et de nombreuses rencontres des professionnels avec le public. Pour en parler, sa déléguée générale, Layane Chawaf, qui nous donne son point de vue sur l’évolution de ces cinématographies une décennie après celles des printemps arabes. Interview.

    RFI : La Biennale des cinémas arabes à Paris, lancée en 1992, a pris fin en 2006. Pourquoi la faire renaître en 2018 sous la forme d’un Festival du cinéma arabe ?
    Layane Chawaf : L’IMA a traversé une grave crise financière. Salon du Livre, Festival de la Poésie… Beaucoup d’activités culturelles ont été arrêtées. En 2008, l’Institut a même fermé le département Cinéma. A son arrivée en 2013, M. Jack Lang, son nouveau président qui aime vraiment le cinéma, a voulu réinstaurer l’activité. Nous avons d’abord assis une projection tous les mardis... Et, on a mis le temps mais, depuis deux ans, on a travaillé à relancer un festival.

    En douze ans, beaucoup de festivals de cinéma arabe se sont créés. Quelles relations entretenez-vous avec eux ? Etes-vous des concurrents ?
    Absolument pas. Je les reçois tous à l’IMA. J’ai fait des partenariats avec les festivals de Paris et de la région parisienne. Nous sommes complémentaires. Simplement, nous avons souhaité garder le caractère compétitif de la Biennale, ce qui n’est pas courant chez eux car ils sont dédiés soit à une région ou un pays du monde arabe soit au Moyen-Orient comme le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient. Notre spécificité à nous, c’est d’être dédiés au monde arabe.

    Quels sont vos critères de sélection pour les films en compétition ?
    Avec le comité de sélection, nous nous sommes attachés à la qualité. Sur les 365 films visionnés, datés pour la plupart de 2017-2018 et quelques-uns de 2016, nous avons retenu le meilleur de chaque pays. Nous n’avons pas la prétention d’être exhaustifs. Pour les longs-métrages de fiction, nous avons un film Algérien, deux Egyptiens, un Emirati, ce qui est très rare, un Irakien, un Libanais, plus le film d’ouverture, Capharnaüm, de Nadine Labaki, qui était à Cannes. Nous avons trois films marocains, dont un hors compétition, celui de Meryem Benm’Bareck, car le président du jury, Faouzi Bensaïdi, joue dans le film, un Palestinien, hors compétition aussi, un Syrien et deux Tunisiens, dont un hors compétition…

    Avez-vous d’autres critères ?
    La non-participation à des festivals de films arabes parisiens. Pour qu’il y ait une nouveauté. Nous n’avons pas la prétention d’avoir des films en première mondiale. Certains sont passés dans des festivals du monde arabe…

    Quelles sont les lignes de force qui se dégagent de votre programmation ?
    Nous avons retenu les thématiques importantes dans le monde arabe, qu’elles soient sociales ou politiques. Des sujets d’actualité comme Benzine, de Sarra Abidi (Tunisie), l’histoire d’un couple parti clandestinement en Europe à la recherche de son fils. The Journey, de Mohamed Jabarah Al Daradji (Irak), celle d’une kamikaze qui s’apprête à exécuter un attentat dans la gare de Bagdad et qui change d’avis suite à la rencontre d’un jeune homme... Plusieurs films traitent de problèmes de fond dans une veine comique. Lhajjates, de Mohamed Achaour (Maroc), raconte sur un ton léger comment quatre vieilles femmes sans revenu se mettent à faire des braquages. Kiss me not, d’Ahmed Amir (Egypte), parle du baiser dans le cinéma égyptien que certaines actrices refusent aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas dans les années 1950 et 1960 où on pouvait aussi montrer un décolleté, une robe courte ou un maillot de bain. Le Déjeuner, de Lucien Bourjeily (Liban), c’est une fête de Pâque en famille qui vire au cauchemar suite à un vol d’argent présumé : les conflits politiques explosent. Je n’oublie pas The Reports on Sarah and Salim, une relation extra-conjugale entre un Palestinien et une Israélienne qui, suite à un incident dans un café, tourne au drame politique.

    Et dans la gamme sociale ou sociétale ?
    Beaucoup de films démontrent la vivacité, la richesse des sociétés arabes actuelles. Fan of Amoori, le film émirati de Amer Salmeen Al Murry (EAU), traite d’un gamin qui aime le foot et on est en pleine coupe du monde, donc ça tombe bien. Il y a aussi Jusqu’à la fin des temps de Yasmine Chouikh (Algérie). Une histoire d’amour merveilleuse entre deux personnes âgées, un fossoyeur et une femme venue visiter la tombe de sa sœur. Tout un monde à découvrir… Même thème dans Photocopie de Tamer Ashry (Egypte), où le fils de la femme, atteinte d’un cancer, ne veut pas qu’elle se marie. Sofia, de Meryem Benm’Bareck (Maroc), aborde la problématique des suites de viol. Ici, une jeunefille, enceinte, qui ne découvre sa grossesse, suite à un déni, qu’au moment de l’accouchement. Le père doit venir reconnaître le gamin, sous peine de quoi l’hôpital est obligé de le déclarer à la police... Dans Le Clair-obscur, de Khaoula Assebab Ben Omar (Maroc), tiré d’une histoire vraie, un étudiant en journalisme non voyant veut présenter le journal télévisé… Il y a aussi Mon tissu préféré de Gaya Jiji (Syrie. Cannes, Un Certain regard). Une jeune fille, en pleine guerre, hésite entre la liberté et un mariage arrangé avec un Américain d’origine syrienne venu pour l’épouser mais qui lui préfère sa sœur. Elle se révolte contre son sort.

    Et les grands thèmes des documentaires ?
    Il y en a pas mal. The Band, de Jafeer Albaqer (Irak), montre l’absence de contradiction entre la musique et la religion. Un groupe veut faire de la musique à Sadr City, en pleine société religieuse. Nous avons Vote off, de Fayçal Hammoun (Algérie), un film sur les élections algériennes. Il y a deux films sur l’homosexualité, Room for a man, d’Anthony Chidiac (Liban) et Au-delà de l’ombre, de Nada Mezni Hafaiedh (Tunisie). Au bord de la vie, de Yaser Kassab (Syrie), qui parle de la relation d’une jeune, parti du pays, avec ses parents restés sur place. Pastorales électriques, d’Ivan Boccara (Maroc), sur l’électrification des campagnes. Un long été brûlant en Palestine, de Norma Marcos. Dans sa famille à Bethléem en pleine guerre de Gaza, la réalisatrice filme la vie quotidienne et Inner Mapping, d’Emad Ahmad, parle des signalétiques dans les quartiers palestiniens et israéliens. Les cartes ne sont pas les mêmes, figurez-vous. Khan, The mentor, d’Ahmed Rashwan (Egypte), parle d’un grand réalisateur égyptien, Mohamed Khan, décédé il y a un an et demi. Et le film sur Hedi Jouini, The Mind behind the microphone, réalisé par sa petite fille Claire Belhassine (Tunisie). Le plus grand des chanteurs tunisiens contemporains, décédé bien sûr, mais toujours vivant musicalement.

    Beaucoup de ces cinéastes sont des jeunes…
    Voire très jeunes. Certains n’ont pas encore 25 ans. C’est la production qui a fait que… Il y a beaucoup de premiers longs-métrages.

    Peut-on qualifier leur cinéma par rapport à ceux des printemps arabes dont tout le monde a parlé ?
    Les bouleversements des sociétés arabes ont forcément eu une influence sur la jeunesse. C’est pour cela que la production actuelle est faite majoritairement par des jeunes. Les formats ont fortement évolué. Les printemps arabes, déjà, nous l’ont prouvé. Avec un smartphone, on peut faire un film de très bonne qualité. Certains sont allés à Cannes.

    Y en a-t-il dans votre programmation ?
    Non. Sauf dans certains documentaires, des passages effectivement.

    Les contenus disent-ils autre chose aujourd’hui ? Parce que, forcément, on est revenu de toute cette période.
    C’est sûr. Il y a douze ans, on a passé pour la première fois un court-métrage égyptien sur l’homosexualité dans une Biennale. Cela a fait un tollé. Aujourd’hui, on a plusieurs films sur ce thème. Les jeunes ne se contentent pas de tourner des films en cachette. Les printemps arabes ont abouti quand même à la libération de la parole et de la façon de filmer. Le travail a beaucoup évolué. C’est une nouvelle génération avec une nouvelle technologie. Beaucoup d’expérimental. De très beaux films avec un travail très important sur l’image.

    Au niveau politique, le regard est-il différent ?
    Les aspirations, oui. Alors, ça dépend des pays bien sûr. Nous avons cinq courts-métrages consacrés à la Palestine dans le cadre du 70e anniversaire de la Naqba, la catastrophe. Ils viennent de Tel Aviv et sont variés quant à la politique et la façon dont on la traite. Les printemps arabes, peut-être certaines personnes en sont revenues. Malheureusement, certains printemps ont dégénéré en guerres dont on n’est pas encore sorti. Les situations individuelles de chaque réalisateur et leur vision des printemps ont forcément évolué depuis le début de ce qui était une révolution jusqu’à ce qu’elle est devenue, une guerre.

    On suppose que cela se traduit dans leur cinéma.
    C’est sûr. Nous en avons ici une représentativité, mais nous avons vu beaucoup plus de films qui ont des avis partagés sur la situation en Syrie, en Irak, en Palestine, au Liban ou en Tunisie.

    Layane Chawaf, merci.

    ► Pour en savoir plus : www.imarabe.org

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