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    Europe

    Avignon: la chorégraphe Sasha Waltz entre «Kreatur» et «Körper»

    media KREATUR. Chorégraphie Sasha Waltz. Christophe Raynaud de Lage / Hans Lucas

    Des créatures et des corps. « Sentir l’homme. » Sasha Waltz explore dans Kreatur les ténèbres de notre époque actuelle. La grande chorégraphe allemande nous parle de son nouveau langage créé pour son spectacle, sa relation avec le Festival d’Avignon et la France, sans oublier la question des réfugiés. Seize ans après avoir été invitée dans la cour d’honneur du Palais des papes, elle présente sa nouvelle pièce pour 14 danseuses et danseurs à l’Opéra Confluences. Entretien.

    RFI : Quelle est votre relation avec le Festival d’Avignon et au-delà avec la danse en France ?

    Sasha Waltz : Je me réjouis d’être à nouveau ici. C’est un festival avec un public singulièrement actif. En 2002, nous avons ouvert le Festival dans la Cour d’honneur avec noBody. C’était pour moi l’un des événements les plus importants de ma carrière. C’était spécial d’investir cet espace incroyable. Le mistral avait emporté le grand ballon de notre pièce. Heureusement, les spectateurs ont tenu le ballon et je suis moi-même montée sur scène pour sauver le spectacle et calmer la situation…

    Au-delà d’Avignon, quelle est votre relation avec la danse en France ?

    La danse en France est importante. J’ai toujours admiré la politique culturelle de la France, quand Jack Lang avait créé dans les années 1980 et 1990 les centres chorégraphiques nationaux dans le pays pour que dans chaque grande ville il y ait un lieu où la chorégraphie trouve sa place. J’ai toujours souhaité que cela se produise aussi en Allemagne… En France, la scène de la danse s’est extrêmement développée. Il y a de très beaux théâtres et nous sommes souvent en tournée ici, ce sont des partenaires et coproducteurs importants. J’ai un contact très intense avec la scène française, à la fois avec les danseurs, mais aussi avec les institutions et les programmateurs.

    Tout ceux qui s’intéressent à la danse connaissent votre pièce devenue culte Körper. Est-ce que Kreatur est né de Körper ?

    J’ai créé Körper en 1999 et la première avait lieu en 2000. La nouvelle pièce parle d’aujourd’hui. En effet, après avoir monté beaucoup d’opéras, c’est de nouveau une pièce très « chorégraphique ». C’est mon langage de mouvement, mais il n’y a pas de relation avec Körper. Peut-être esthétiquement, mais c’est tout simplement mon langage.

    Au début de Kreatur, vos créatures apparaissent sans têtes ni bras, voilées, contraintes… Après émergent sur scène des corps - seul, à deux, en groupes - entrelacés, agglutinés, parfois ils s’embrassent, parfois ils se maltraitent. Un corps sur scène, est-ce la créature devenant créateur ?

    Je voulais faire une pièce sur notre époque et comment je ressens les mouvements dans notre société. Je me fais du souci concernant les mouvements à l’extrême droite de notre société et à l’extrême gauche. Et par rapport aux angoisses existantes d’une manière sous-jacente dans nos sociétés et qui ont accéléré cette poussée droitière. Je voulais créer des images qui expriment cela et qui montrent ce que notre inconscient vit.

    Concrètement, j’ai fait des recherches dans une ancienne prison de la Stasi [service de police politique de la RDA, ndlr] à Berlin-Hohenschönhausen. Nous avons parlé avec un ancien prisonnier qui a passé quatre ans là-bas. Son récit était la base de notre travail sur la liberté et la restriction de liberté, sur le pouvoir et l’impuissance. Ce sont des sujets très importants et je crois que la réalité dans laquelle nous vivons aujourd’hui est encore pire que ce que nous pouvons montrer sur scène.

    La chorégraphe allemande Sasha Waltz après la présentation de « Kreatur » au Festival d'Avignon 2018. Siegfried Forster / RFI

    C’est-à-dire  ?

    Quand on voit les images des réfugiés sur la mer ou aux frontières ou dans nos pays. Aujourd’hui, on est capable de refouler des gens qui ont dérivé pendant des jours en haute mer et dans la chaleur et d’accepter ainsi que ces gens risquent de mourir. Pour moi, c’est un signe que notre société n’a plus la capacité de vivre son humanité. Pour moi, ce sont des créatures, ce ne sont plus des êtres humains. Et Kreatur montre justement aussi les côtés sombres - et j’espère qu'à la fin aussi cela montre nos possibilités, mais également notre fragilité –  très important pour moi – pour vraiment sentir l’homme en face de nous.

    Vos « créatures » bougent autrement que des êtres humains. Ils marchent, courent, s’agenouillent différemment. Quel est pour vous le mot clé de ce nouveau vocabulaire chorégraphique ?

    Pour cette pièce, j’ai développé une langue spécifique que j’appelle « impulsion amputée ». Aucune impulsion ne mène à quelque chose, elle est toujours interrompue. On est toujours dépossédé de sa liberté. On ne peut rien mener jusqu’au bout. On avance en rompant. C’est la base de la pièce.

    Notre monde est de plus en plus dominé par les réseaux sociaux. En quoi, Facebook, Twitter, YouTube, Instagram et cet état de connexion permanente changent votre manière de chorégraphier ou votre relation avec votre public ?

    Dans ma prochaine pièce, j’aborderai un peu cette question : comment utilise-t-on l’image ? Souvent on fait une photo, sans scrupules, froidement, parce qu’il s’agit de prendre l’image. Souvent, on oublie de sentir ce qu’on prend avec cette image. Même quand quelqu’un souffre ou est en train de mourir, on fait des photos et on va peut-être même les poster pour décrocher quelques « likes ». Pour moi, il s’agit d’une véritable déformation de l’information. Et je remets cela en question. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de côtés positifs. En principe, la communication est une bonne chose. Mais souvent on se laisse distraire, on devient aliéné par rapport à nos sentiments, à cause de ces médias. Par exemple, quand je lis que des jeunes se font refaire le nez, parce qu’ils ne se trouvent pas beaux sur les selfies…

    KREATUR. Chorégraphie Sasha Waltz. Christophe Raynaud de Lage / Hans Lucas

    Kreatur, chorégraphie de Sasha Waltz, du 7 au 9 et du 12 au 14 juillet au Festival d’Avignon. ► Notre dossier spécial Festival d'Avignon 2018

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