GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 15 Octobre
Mardi 16 Octobre
Mercredi 17 Octobre
Jeudi 18 Octobre
Aujourd'hui
Samedi 20 Octobre
Dimanche 21 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Affaire Khashoggi: les Emirats mettent en garde contre tout acte «déstabilisant» l'Arabie saoudite
    • La Cour de justice de l'UE ordonne à la Pologne de suspendre sa réforme de la Cour suprême (communiqué)
    • Sommet sur la Syrie: Emmanuel Macron n'ira que s'il n'y a pas d'offensive à Idleb (Elysée)
    • Affaire Jamal Khashoggi: la Turquie dément avoir fourni «un quelconque enregistrement» à Washington (ministre)
    • Sommet Erdogan-Poutine-Macron-Merkel sur la Syrie organisé à Istanbul le 27 octobre (porte-parole)
    Moyen-Orient

    Cinéma: «Mon tissu préféré» ou le mystérieux univers de Gaya Jiji

    media «Ta vie est ennuyeuse» dit Nahla à Samir, son présumé fiancé, insistant pour savoir s’il connaît seulement son prénom... @ Sophie Dulac distribution

    Mon Tissu préféré, le premier long-métrage de Gaya Jiji, sort en salle ce 18 juillet en France. Présenté à Cannes dans la catégorie « Un Certain regard », ce drame sensible tout en délicatesse a reçu un accueil chaleureux à Paris fin juin au festival du cinéma arabe de l’IMA. La réalisatrice syrienne y dépeint sa Syrie le jour d'avant la tempête, aux prises avec ses contradictions intimes et un chaos qui ne dit pas encore son nom. Un cinéma post-printemps arabe sensuel et puissant. Donc, révolutionnaire vu le contexte.

    La nervosité est à son comble dans le minibus qui traverse les rues de la capitale syrienne. Engoncée dans un loden marron, Nahla, l’air soucieux, refuse de fermer la fenêtre à la demande de ses voisins. Sa chevelure sombre tirée en arrière souligne des sourcils volontaires. Ses yeux fixent un immeuble où un homme, à l’étage, semble lire devant la fenêtre. « Tu n’avais qu’à le couvrir », lance-t-elle d’un ton méprisant à la femme assise derrière elle, un bébé dans les bras. La jeune fille menace de vouloir descendre. Le chauffeur refuse. L’endroit est dangereux la nuit pour une femme seule.

    Sur fond de chant arabe qui déchire l’âme, la caméra balaye les rues de la capitale syrienne : taxis jaunes rutilants, envolées de pigeons sur la place, immeubles modernes [intacts] surplombant la corniche, peinture sur panneau de béton à l’effigie des Assad père et fils… Ces plans [courts] rappellent la flamboyance passée. Ces temps déjà si lointains où la paix ne semblait pas un privilège.

    Malgré les événements, la vie suit son cours à Damas. Nous sommes en mars 2011 aux premières heures de la révolution. Nahla, 25 ans, hésite entre le désir de vivre dans une Syrie gagnée par le Printemps arabe et l’espoir de quitter son pays [qu'elle pressent en train de plonger dans la guerre civile] grâce à un mariage arrangé avec Samir, expatrié aux USA… Il suffira d’un mot de cet homme craintif qui a grandi au pays de l’oncle Sam pour la ramener à une réalité brutale : le choix ne lui appartient pas. Il lui préfère sa sœur au caractère plus souple.

    « Enfin, l’homme tant attendu »

    Dans ce drame intimiste, la mère élève seule ses trois filles. Elle cherche pour l'heure à les convaincre du bien-fondé de ce mariage de raison. Une question de survie à ses yeux. À table, Nahla observe Lise, la benjamine, une ado aux cheveux courts qui s’inquiète pour son poisson rouge. « Il n’aime pas la maison », lui dit-elle rudement alors que la mère annonce « la visite » des parents de Samir, le fiancé de Nahla, pour le dimanche suivant… « Enfin, l’homme tant attendu », ironise Lise, qui déconseille à son aînée de le voir tandis que Myriam, la cadette, thé à la main, rêve déjà des États-Unis en famille.

    « Je ne l’ai jamais vu. Si ça se trouve, il ne me plaira pas », bougonne l'intéressée. « Il faut que tu lui plaises aussi », nuance Myriam qui lâche : « j’espère qu’il ne te plaira pas ». Son aînée la fusille du regard. Mais elle ne parviendra pas à lui en vouloir. Nahla est indécise. À peine sortie de l’adolescence, la voilà déjà femme. Arborant une combinaison en dentelle noire, elle sourit à ses formes devant la glace. C'est ainsi que naissent ses fantasmes : vêtue d’une robe de satin rose, elle confie ses imperfections à son amant. « Mes jambes ne sont jamais douces… » Sans se lasser, le jeune homme pose mille et un baisers sur sa cuisse dénudée. « Reste. » « Je ne peux pas »...

    Une rivalité s'installe entre Nahla et Myriam, sa soeur, autour de son fiancé Samir. Mais elle ne peut pas en vouloir à sa cadette... @ Sophie Dulac distribution

    « Arrête de dire que c’est la faute de papa. »

    Sa mère la tire de ses rêveries pour une séance d’habillage en petite culotte devant l’armoire à linge, pendant qu'elle recoud un bouton à son manteau. « On a de nouveaux voisins, annonce la fille qui ajoute : « je n’ai jamais aimé ce quartier. » « Tout ça, c’est à cause de ton père », rétorque sa maman. Nahla debout fâchée : « arrête de dire que c’est la faute de papa. » Banale dispute entre une adolescente et sa mère. Nahla, plutôt curieuse des autres, est en fait attirée comme un aimant par cette famille étrange qui vient d’emménager quelques étages au-dessus du leur.

    Nahla est précieuse pour la famille. Elle travaille chez Oxygène, un magasin cossu des beaux quartiers. Elle s’active au comptoir à suspendre une robe sur un cintre [un éléphant dans un magasin de porcelaine !] À la radio, un speaker résume. « Le mouvement a commencé discrètement le 15 mars. Quelques centaines de manifestants ont répondu à un appel d’internet, en référence au Printemps arabe. Le mouvement a éclaté à Deraa, dans le sud du pays, où 15 adolescents ont été emprisonnés pour avoir fait des graffitis contre le régime. Depuis, les manifestations se multiplient partout en Syrie… »

    Au téléphone, le patron asticote ses vendeuses. Mais Nahla et sa collègue sont plutôt préoccupées par leurs peurs qu’elles partagent. Celle du vendeur d’en face : « il me regarde toujours bizarrement », dit Nahla. « Il aime regarder les filles, c’est son truc », minimise l’autre, qui envisage de se mettre à l’abri quelque temps chez ses parents à la campagne à cause des événements. « S’il arrivait quelque chose ici, ce serait terrible. »

    Ne te mêle pas de ces histoires

    De fil en aiguille, la réalisatrice dépeint sa Syrie du jour d’avant. Une Syrie aux prises avec ses contradictions intimes et à un chaos qui ne dit pas encore son nom. Au petit déjeuner, tout le monde est là dans la cuisine. Nahla fait le café. Lise, accrochée à son laptop, suit l'actualité avant de partir à la fac. Myriam caresse son livre de classe en récitant sa leçon. « Le gouvernement syrien tente d’apaiser et de contrôler la situation », dit la radio. « Il faut que l’État réagisse à ces voyous », enchérit la mère. « Voyous ? Et ceux qui tirent sur les gens et les emprisonnent, c’est quoi », questionne Lise.

    « Je ne veux pas que tu te mêles à ces histoires. (…) Ça ne nous regarde pas », gronde la mère. « Vraiment ? Ça concerne qui alors ? » Se retournant vers ses sœurs : « vous en pensez quoi ? » « La même chose que moi. (…) Va dans ta chambre tout de suite ! » Lise s’exécute.

    Nahla est précieuse pour sa famille. Elle travaille chez Oxygène, un magasin cossu des beaux quartiers. @ Gloria Films

    La réalisatrice décrit méticuleusement cette société qui bascule. Au magasin, une bourgeoise et sa fille capricieuse se font vertement rabrouer par Nahla : « tu as tout vu. Tu ne peux pas choisir ? » « Excusez-nous, elle est un peu nerveuse », temporise sa collègue sans parvenir à retenir la cliente. L’instant d’après, les deux vendeuses font une pause cigarette. « C’est dégoutant cette fumée », grimace Nahla. Elle fixe sa collègue aux cheveux auburn, seins moulés dans un débardeur mauve rehaussé d’un sac vert-émeraude. Un collier en métal ouvragé souligne un rouge à lèvres bordeaux et un vernis à ongles assorti. « Mon chéri aime cette odeur dans sa bouche… Toi, tu n’y connais rien », dit-elle aspirant une longue bouffée. L’autre sourit et ferme les yeux.

    Dans le boudoir de Jiji

    De sa fenêtre, Nahla observe les phares qui progressent dans la ruelle aux pavés luisants. Un militaire en sort, barbe fournie et rangers sur le treillis. Elle se faufile jusqu’à l’œilleton de la porte d’entrée puis s’avance sur le palier, cheveux défaits sur son gilet long torsadé. Elle se risque deux étages plus hauts et frappe à la porte. C’est pour le bruit des travaux. Elle ne parle pas pour elle, mais pour sa mère, invente-t-elle. Puis elle sourit et retourne se glisser dans le lit de sa mère à qui elle caresse tendrement les cheveux.

    Ce film tout en délicatesse restitue la complexité des relations humaines qu’il saisit par petites touches : du fantasme érotico-sensuel de la robe rose pour son amant imaginaire et son attirance pour ce qui se révélera être la maison close de Madame Jiji, à l'étage, jusqu'aux injonctions de sa mère pour qui « tout doit être parfait » pour la cérémonie avec son fiancé présumé. La radio sert de chambre d'écho au monde extérieur. Cette fois, des opposants discourent : « répondre par la force aux manifestants est une affaire très grave. (…) Le peuple (…) revendique la liberté et veut combattre la corruption, abolir l’état d’urgence. »

    Nahla a le sourire, assise dans le boudoir autour d’un café… Elle ne connaît pas le danger dans lequel elle s’est mise. Jiji dans un peignoir à fleurs roses sur fond noir lui offre une cigarette. « Maman, je veux que tu m’aides », dit un enfant. « Va demander à une des filles. » « Je veux que ce soit toi. Tu es toujours occupée. » « Arrête. Fais tes devoirs avec les filles et tu auras un cadeau. »

    Luis Buñuel et Ettore Scola

    L’instant d’après, Nahla se coiffe et se parfume. Dans le salon, les adultes parlent des États-Unis, du Canada… Son futur, aux traits carrés sur une chemise marron sans cravate, n’en finit pas de parler de lui. Elle tente de lire le marc renversé au fond de sa tasse. Elle veut savoir s’il pleut souvent chez lui. Il répond qu’il a un travail très pénible, « full time », et qu’il va pique-niquer le week-end avec ses frères et sœurs. « Ta vie est ennuyeuse » dit-elle, insistant pour savoir s’il connaît seulement son prénom... La mère les interrompt pour présenter Myriam au prétendant…

    Gaya Jiji, réalisatrice de "Mon tissu préféré" (Syrie). @ Olivier Julien

    Même loden dans le taxi la nuit sous la pluie. Même regard sur le même immeuble, mais la fenêtre du dernier étage, éventrée, est occupée par un homme en arme. À la maison, la radio crache des bruits de bottes. Des sirènes hurlent au-dehors. Nahla retourne chez Jiji pour lui demander une chambre. Pour voir son amant. Jiji incrédule : « les gens que tu fuis sont deux étages plus bas ! »

    À propos de ce premier long métrage, tourné à Istanbul et où le travail effectué sur la lumière est impressionnant, la talentueuse réalisatrice syrienne, Gaya Jiji, aime à citer deux de ses maîtres en cinéma : Luis Bunuel dans Belle de jour et Ettore Scola dans Une journée particulière. Elle cite aussi les peintres Edgar Degas et Edouard Manet et le poète Federico Garcia Lorca dans La Maison de Bernarda Alba pour le huis clos féminin. Le résultat de ce mélange harmonieux est détonant. Un film à ne pas manquer.

    Mon Tissu préféré, réalisé par Gaya Jiji. Drame. 95 minutes. Festival de Cannes 2018. Un Certain regard. Musique originale Peer Kleinschmidt. Avec Manal Issa (Nahla). Sophie Dulac distribution. www.sddistribution

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.