GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 18 Octobre
Vendredi 19 Octobre
Samedi 20 Octobre
Dimanche 21 Octobre
Aujourd'hui
Mardi 23 Octobre
Mercredi 24 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Le retrait américain annoncé d'un traité nucléaire «rendra le monde plus dangereux» (Kremlin)
    • Journalisme: le 80e prix Albert-Londres a été décerné à Istanbul à Elise Vincent, du journal «Le Monde»
    • Nucléaire: Macron rappelle «l'importance» du traité nucléaire dont Trump veut sortir
    • Le négationniste français Robert Faurisson est mort à l'âge de 89 ans (famille)
    • Cisjordanie: un Palestinien attaque un soldat israélien et est abattu par la suite (armée)
    • Budget italien: «La Commission européenne ne veut pas d'une crise entre Bruxelles et Rome» (Pierre Moscovici sur France Inter)
    • L'ancienne ministre Ségolène Royal dénonce la fiscalité sur le carburant en France, un «matraquage fiscal par l'écologie» (RTL)
    France

    Avignon: «un espace vital» pour être artiste, dominatrice, queer en même temps

    media Les artistes et queers Caritia Abell et Vanasay Khamphommala après leur spectacle « L’Invocation à la muse » au Festival d’Avignon. Siegfried Forster / RFI

    C’est un duo artistique improbable, en plein cœur de ce 72e Festival d’Avignon dédié au genre. Caritia Abell, née à Londres, revendique ses origines afro-caribéennes, vit et travaille comme artiste, dominatrice et coach à Berlin. Vanasay Khamphommala, né en Bretagne d’une mère française et d’un père laotien, actuellement dramaturge au Centre dramatique national de Tours, explore la question « trans » au sens large et déclare : « queer, c’est ce que je suis. Traductrice, performeuse, actrice, chanteuse, c’est ce que je fais. » Dans leur spectacle douloureux et déroutant « L’Invocation à la muse », il apparaît sur scène avec un sac rouge sur la tête s’offrant à elle comme un jouet soumis pour retrouver l’inspiration de la création. Entretien.

    RFI : Quel message voulez-vous envoyer à ce Festival d’Avignon dédié aux questions du genre ?

    Caritia Abell : Le message que nous voulons envoyer est d’être ouvert, de permettre à toute voix de s’exprimer et non pas le limiter à quelques voix. Et aussi que la créativité vienne sous beaucoup de formes différentes. On doit avancer, au-delà des labels, des noms, pour être plus inclusif et ouvert envers tout le monde.

    Vanasay Khamphommala : Pour moi, ce n’est pas tant la question du message, mais plus la question de la présence. Tout simplement, qu’on puisse – en tant qu’artiste queer – avoir un espace d’expression. C’est cela qui me semble le plus politique dans cette édition, le fait qu’on ne parle pas à la place des artistes queer, mais que les artistes queer soient présents dans l’espace. On cherche une place où exister. Dans cette performance avec Caritia, la question de la transformation, la manière comment Caritia m’amène à me transformer, c’est central. C’est un espace artistique et vital en même temps, et identitaire – dans le bon sens du terme.

    Que signifie pour votre travail d’être une artiste avec des racines afro-caribéennes ?

    Caritia Abell : Mes parents viennent de deux îles différentes des Indes occidentales. Pour moi, il est important de savoir que je suis née Britannique, mais que mes parents viennent de deux petites îles qui étaient des colonies britanniques et mes parents étaient invités à venir au Royaume-Uni, avec mes frères et sœurs.

    Et dans votre vie artistique ?

    Caritia Abell : Il s’agit plus d’avoir une voix, que les gens voient que je suis ouverte par rapport à ce que je suis. Dans mon métier, depuis longtemps, j’étais souvent la seule personne de couleur, même si cela est en train de changer et je suis heureuse que cela change. Mais il est très important pour moi d’être visible. J’étais souvent à part. Donc, pourquoi ne pas utiliser ma voix pour quelque chose dans laquelle je crois. Prendre la parole en tant que femme noire, en tant que femme queer. En tant que quelqu’un qui n’a pas peur de montrer une vulnérabilité, une intimité, d’explorer des choses que d’autres gens voient comme des ombres et des peurs.

    Vanasay, vous êtes traducteur, auteur, dramaturge, performeur, chanteur et queer. Est-ce qu'être queer l'emporte sur toutes les autres identités ?

    Vanasay Khamphommala : Queer, c’est ce que je suis. Traductrice, performeuse, actrice, chanteuse, c’est ce que je fais. Donc, évidemment, la dimension de « qui je suis » prime. Queer est un terme extrêmement inclusif dont la définition est très vague. C’est un « vague » dans lequel je me reconnais. La question de l’oscillation des identités, de pouvoir circuler assez librement du masculin au féminin, c’est une chose qui m’intéresse depuis toujours. Je ne me reconnais pas vraiment dans les différentes étiquettes qu’on peut appliquer aux champs d’identités de genre ou dans l’identité des érotismes. Et c’est cela que le terme « queer » me permet d’explorer. Là, où ma rencontre avec Caritia est formidable aussi, tous les deux, on est des enfants de l’histoire coloniale européenne. Cette performance, elle explore à la fois notre héritage mythologique commun, mais aussi les ramifications dans les langues différentes que cela peut prendre. De toute façon, on a du mal à rentrer dans les cases, autant d’essayer d’en faire une force plutôt qu’un désavantage.

    Caritia Abell : Notre identification avec « queer », c’est une auto-identification, ce n’est pas quelque chose que quelqu’un d’autre nous donne. C’est quelque chose que nous avons accepté d’être. C’est très important. Dans chaque chose, s’identifier soi-même. D’emmener soi-même dans quelque chose. Être soi-même.

    SUJET A VIF, L INVOCATION A LA MUSE. Conception et interpretation Caritia Abell et Vanasay Khamphommala. Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

    Sur votre site internet, vous affichez les trois domaines de vos activités en tant qu’artiste, dominatrice et conseillère. En Allemagne, depuis 2002, le travail en tant que travailleur du sexe est légal. Que cela change-t-il pour votre travail artistique à Berlin ?

    Caritia Abell : Je pense que cela change toute sorte de travail. Si vous êtes autorisé à faire ce qui est totalement naturel, au lieu d’être criminalisée et d’être en prison, cela change naturellement beaucoup de choses. Cela vous permet d’être beaucoup plus ouvert et libre. C’est la possibilité de montrer sous une autre lumière quelque chose qui est toujours illégal dans certains pays. Et chaque fois quand je fais le travail que je fais, je suis très curieuse de savoir pourquoi cela est illégal. Pourquoi des travailleurs du sexe sont-ils mis au ban de la société ? Pourquoi sont-ils contrôlés de cette manière ? C’est du travail. Et si tu le criminalises, tu le pousses dans l’illégalité et cela devient secret. Donc, être en Allemagne me permet d’élargir mes possibilités. Je peux enseigner, conseiller, mais aussi exprimer complètement ce que je suis. Cela me permet aussi de créer de formes différentes que j’emporte à d’autres endroits où cela n’est pas légal.

    Vous travaillez beaucoup dans les théâtres en France. Est-ce qu’il y a encore des obstacles à enlever pour travailler librement en tant qu’artiste queer ?

    Vanasay Khamphommala : Pour donner un exemple très concret : les identités « trans » ont été retirées récemment de la liste des classifications des maladies mentales de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ce sont des choses très importantes, parce que le cadre légal définit aussi ce qui est possible à faire artistiquement. Tout simplement. Quand on n’a pas le droit de faire quelque chose, on n’a pas non plus le droit de le faire sur un plateau. Donc, c’est pour cela aussi que c’est important de repenser aussi en termes légaux et en termes juridiques ce que sont nos identités pour qu’on puisse aussi explorer ces identités de manière artistique, et non pas seulement à l’ombre.

    Qu’est-ce que les réseaux sociaux changent pour vous en tant qu’artiste ?

    Caritia Abell : Cela rend les choses plus visibles et plus accessibles. Cela donne des possibilités de créer des réseaux. Sinon, je ne suis pas sûre que cela ait des choses positives. Parce que tous ces réseaux sociaux sont souvent coupés et bloqués pour des gens comme moi qui sont des travailleurs du sexe, des queers, des activistes pro-sexe ou pro-inclusion. Donc, j’ai l’impression qu’ils ne nous aident plus tellement comme c’était déjà le cas auparavant par rapport à la liberté d’expression et de faire nos choix. Aujourd’hui, nous sommes très limités. La chose la plus bénéfique que nous avons, c’est d’avoir notre propre site web, nos contacts et notre réseau personnel de gens que nous connaissons. Je pense que c’est plus important que les réseaux sociaux.

    Vanasay Khamphommala : Je trouve, pour les plus jeunes, c’est quand même une source d’information précieuse. Notamment quand on se découvre des identités peut-être minoritaires, le fait de pouvoir faire du networking, etc., c’est quand même une source d’inspiration énorme. Le fait de trouver des modèles qui ne sont pas disponibles dans les médias mainstream. Sur certaines plateformes d’échange, on rencontre des artistes fabuleux auxquels on n’avait pas – ou moins facilement – accès, il y a dix ans ou quinze ans. À mon sens, c’est très important de penser la question de l’équilibre. C’est-à-dire de donner de la visibilité aussi sur les réseaux sociaux à des voix minoritaires comme les nôtres peuvent l’être.

    Caritia Abell et Vanasay Khamphommala après leur spectacle « L’Invocation à la muse » au Festival d’Avignon. Siegfried Forster / RFI

    Le site officiel de Caritia Abell [site interdit aux personnes au-dessous de 18 ans]

    L’Invocation à la muse, de Caritia Abell et Vanasay Khamphommala, spectacle présenté dans le cadre des Sujets à vif au 72e Festival d’Avignon.

    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.