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    Les Etats-Unis vont se retirer de l'ensemble de la Syrie, a affirmé mercredi 19 un responsable américain. Au moins 2000 soldats américains y sont déployés pour combattre le groupe Etat Islamique (EI). «C'est un retrait total» qui interviendra «aussi rapidement que possible», a indiqué cette source ayant requis l'anonymat, précisant que «la décision a été prise hier». Le président américain Donald Trump a également tweeté dans ce sens mercredi, affirmant que «nous avons vaincu le groupe Etat islamique en Syrie, la seule raison pour moi pour laquelle nous étions présents pendant la présidence Trump».

    France

    Festival d'Avignon: la réalité virtuelle au théâtre

    media « Les Falaises de V. », une pièce immersive en réalité virtuelle de Laurent Bazin, présentée à la Manufacture d'Avignon. Gengiskhan

    On connait la loi du talion « œil pour œil ». Désormais certains connaîtront « un œil pour la liberté ». « À ma connaissance, il n’y a jamais eu de la réalité virtuelle au Festival d’Avignon », affirme Laurent Bazin. Le metteur en scène investit avec sa pièce « Les Falaises de V. » encore jusqu’au 22 juillet le théâtre de la Manufacture à Avignon. Il y propose douze lits pour faire une expérience théâtrale immersive dans un hôpital pénitentiaire à travers un dispositif de réalité virtuelle. Entretien.

    RFI : Les Falaises de V. propose de vivre une histoire étrange. Un gouvernement offre aux prisonniers de longues peines de se racheter leur liberté en échange de leurs organes. Quel est le rôle de la réalité virtuelle dans le dispositif ?

    Laurent Bazin : Dans le spectacle, vous êtes dans la position d’un prisonnier. Cette histoire a été vraiment pensée avec la technologie. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas simplement le récit, les éléments narratifs, mais comment ces éléments s’inscrivent dans la peau du spectateur. Cela aurait pu être un film ou une simple pièce de théâtre, mais il y a une pensée de la respiration, du sens, du dialogue, de la traversée de l’espace qui est intimement corrélée à la réalité virtuelle.

    Peut-on dire qu’on se retrouve à mi-chemin entre un film d’horreur et un choc théâtral ?

    Le pacte proposé aux personnages est tellement violent, qu’on n’a pas voulu en rajouter des horreurs. On ne voulait pas être dans le sensationnalisme, dans le gore, parce que cela peut décrédibiliser le propos. Il vaut mieux rester dans le mode de la litote, en lisière de l’horreur, mais jamais ne la représenter. Ce qui nous intéressait, c’était plutôt la fable philosophique derrière, la question des transactions qu’on peut faire ou ne pas faire. Cela m’intéressait beaucoup plus que quelqu’un qui était en train de se faire charcuter… Donc, vous ne verrez pas d’image à proprement parler horrifiante. L’horreur est plus diffuse. Il s’agit plus d’une espèce de malaise, de grand scandale intérieur, mais qui ne peut pas s’extérioriser à travers la violence des images.

    De quelle façon votre pièce bouleverse-t-elle la relation traditionnelle entre le spectacle, les acteurs et les spectateurs ?

    D’abord, c’est un spectacle assez étrange, parce que l’essentiel est constitué par une expérience en réalité virtuelle qui est préenregistrée. Mais cette expérience est liée à une expérience réelle du spectateur. Le spectateur va être accueilli par des acteurs qui participent aux films et il va quitter le lieu dans une mise en scène. L’expérience en réalité virtuelle est incluse dans un dispositif narratif théâtral. On essaye de penser la question de ces différents sas de réalité : le moment où le spectateur est confronté simplement à un ouvreur de théâtre, à l’extérieur du théâtre, puis le moment où il rencontre un comédien et où il est déjà dans un certain degré d’illusion. Après, le moment où il rentre dans le casque, où, là, on est dans une espèce d’illusionnisme maximale.

    Une immersion totale ?

    Cette plongée dans l’illusion m’intéressait. C’est comme la révolution de la peinture à l’huile, au siècle du peintre Jan Van Eyck où l’on commence à pouvoir créer des effets de transparences extraordinaires, des effets de nuances que les procédés techniques ne permettaient pas avant. Et là, on a la même chose : on peut réussir à capter des effets de peau, de visages, des signes extrêmement discrets sur l’acteur, qu’on n’arrivait pas à capter précédemment. Ce qui m’intéresse est de travailler sur tout le nuancier que ce nouveau médium ouvre.

    Laurent Bazin, auteur et metteur en scène des « Falaises de V. ». Siegfried Forster / RFI

    En quelque sorte, vous gardez l’espace théâtral, mais vous vous passez des acteurs ?

    On théâtralise plutôt des espaces non théâtraux. Cette pièce a été filmée allongé et se regarde allongé. C’est très important pour bouleverser le rapport avec le spectateur. Il suffit de mettre ces douze lits n’importe où, dans un garage, dans un hôpital, dans une maison de retraite… On les a déplacés partout pour que ces espaces normalement destinés à d’autres usages se théâtralisent. On ne fait pas du théâtre sans acteurs, mais on conjugue les deux : les puissances du théâtre et du virtuel.

    Comment les spectateurs ont-ils réagi ?

    Certains viennent, parce qu'ils sont fascinés par la technologie. D’autres sont curieux du propos, d’autres viennent par curiosité. C’est aussi la grande richesse du public du théâtre, il veut juste qu’on le surprenne et le déplace. On a vraiment eu toutes les générations, toutes les configurations… Quant aux réactions, elles ne sont pas du tout anticipables ou standardisées comme elles peuvent l’être au cinéma ou au théâtre. Au théâtre, on peut un peu soupçonner ce qui va faire scandale ou heurter. Là, le médium de la réalité virtuelle est tellement nouveau que pour certains, on atteint des paroxysmes de violence et pour d’autres, au contraire, ils nous disent : vous êtes beaucoup trop doux et poétique. Aujourd’hui, on n’arrive pas à dire ce qui est supportable ou difficilement supportable. Cette découverte, je la trouve passionnante.

    Avec la réalité virtuelle, la scène théâtrale va-t-elle disparaître ?

    Je ne crois pas. Ce sont des formes qui ne rivalisent pas les unes avec les autres. Il y a des moments où l’on vient voir une performance d’acteurs, et moi, j’adore, je jubile devant un acteur. La réalité virtuelle ne pourra jamais donner cette chose-là. Je pense qu’il y aura une coexistence. D’ailleurs, il est possible que la réalité virtuelle n’ait pas d’avenir dans les théâtres, peut-être elle l’aura un avenir ailleurs, dans les foyers.

    Avec la réalité virtuelle dans le théâtre, s’adresse-t-on plus à un public, mais à plusieurs publics et même plutôt à des communautés ?

    Ce jeu de prospectives est très dur. Sur la question de la réalité virtuelle, on ne sait pas du tout à se projeter. Le marché est encore beaucoup trop jeune. C’est d’ailleurs ce qui me plaît. Aujourd’hui, on fait de la création ici et maintenant, sans proposer du tout un modèle qui est généralisable. Les Falaises de V. sont une façon de produire de la réalité virtuelle, de conjuguer la réalité virtuelle et le théâtre, mais c’est du prototype.

    Le véritable changement, c’est le passage de cette relation écrite et frontale qu’on a avec le livre ou le tableau, à un support totalement immersif qui est forcément trop grand pour l’œil et l’oreille du spectateur. Cette démesure-là caractérise la réalité virtuelle.

    « Les Falaises de V. », une expérience immersive en réalité virtuelle. Gengiskhan

    En 2017, le Festival de Cannes 2017 avait pour la première fois programmé un film en réalité virtuelle en sélection officielle. Quelle est la place de la réalité virtuelle au Festival d’Avignon ?

    À ma connaissance, il n’y a jamais eu de la réalité virtuelle au Festival d’Avignon. Il y a quelques démos qui ont été faites d’une façon un peu expérimentale, il y a deux ans, mais je pense qu’on est la première expérience en réalité virtuelle présentée à Avignon. C’est assez curieux [rires].

    Cette année, le Festival d’Avignon est dédié aux « genres ». Le théâtre en réalité virtuelle, est-ce un nouveau genre ?

    Les gens qui se jettent sur les nouvelles technologies ont très vite envie de codifier, de créer des grammaires, des taxinomies, des classifications… Moi, j’ai envie de profiter de ce grand moment d’incertitude de « genre ». Si je commence à « genrer », je sais que je serai contredit par les faits dans six ou sept mois. L’évidence artistique dit : si je commence à m’interdire des choses ou leur donner un nom et des frontières, je n’arriverai pas à être libre. Mais pour répondre à la question du genre sexuel : avec la réalité virtuelle, on peut faire des expériences extraordinaires de changement de corps. C’est passionnant. Expérimenter le regard d’un autre dans le corps d’un autre. À mon avis, c’est un des beaux avenirs de la réalité virtuelle.

    Les Falaises de V., pièce en réalité virtuelle écrite et mise en scène par Laurent Bazin, jusqu’au 22 juillet à la Manufacture d’Avignon hors les murs.

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