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    Amériques

    Cinéma et géopolitique (1/6): l’hégémonie du cinéma américain

    media Couverture du livre de Pierre Conesa: «Hollywar. Hollywood arme de propagande massive». Editions Robert Laffont

    Première partie de notre série sur le cinéma comme un vecteur d’influence voire d’un outil stratégique à part entière dans la puissance des nations. Jamais aucun pays n’est parvenu à ce jour à atteindre l’hégémonie que les Etats-Unis sont parvenus à installer. La plupart des nations développées ou émergeantes ont créé des industries de cinéma ayant bien compris que pour briller dans le concert des nations, un pays ne peut se passer de développer à grande échelle son industrie filmique. Le cinéma comme bras armé du soft power ? Entretien avec Pierre Conesa, spécialiste des questions géopolitiques et auteur de « Hollywar. Hollywood arme de propagande massive » (éditions Robert Laffont), et Frédéric Monvoisin, chercheur associé à l’Ircav (Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel), chargé de cours à la Sorbonne Nouvelle et à l’Inalco et auteur du livre « Cinéma d’Asie, d’hier et d’aujourd’hui » (éditions Armand Colin).

    RFI : Les films hollywoodiens représentent 70 % du box-office mondial. 99 des 100 plus grands succès mondiaux sont issus d’Hollywood. Dans les pays européens, le cinéma américain occupe 80 à 95 % de l’espace, alors que les films français, pourtant deuxièmes sur les marchés occidentaux, ne réalisent pas 4 % de parts de marché chez leurs voisins européens. Cette part plus que prépondérante d’Hollywood n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une stratégie, pensée de longue date.

    Hollywood bénéficie depuis longtemps d’un fort soutien du gouvernement américain. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en échange de l’aide économique américaine avec le plan Marshall, les États-Unis ont imposé une ouverture totale des salles de cinéma européennes aux films américains. Il en a été de même en Asie, entre autres avec une censure imposée au Japon par les Américains entre 1945 et 1952. Les Américains ont su faire en sorte de permettre à leur cinéma de prendre une part prépondérante. Est-ce qu’on peut parler de stratégie ?

    Pierre Conesa : Je ne sais pas si on peut parler de stratégie. C’est une espèce de communauté de conception qui unit les autorités politiques, les producteurs hollywoodiens. Et puis il y a une espèce de nationalisme exacerbé qui traverse toute la société américaine. Il y a certainement une articulation politique.

    Par exemple, dans l’après-guerre, avec les accords Blum-Byrnes. Quand Léon Blum, Premier ministre français après la guerre, va chercher un crédit aux États-Unis auprès de James Byrnes, alors secrétaire d’État américain, une des conditions par les négociateurs américains est l’ouverture de salles françaises aux films américains avec des quotas. La production française essaie de résister, mais c’est très difficile. Là vous avez l’articulation précise d’une stratégie.

    Le grand succès d’Hollywood dans l’après-guerre, c’est parce qu’Hollywood produit des films formidables, optimistes, dans lesquels le happy end l’emporte. Alors que nous, on produit les films sur la guerre, l’occupation et les souffrances de la guerre. Après l’occupation, le public attend quand même plus de pouvoir rire, que de se pencher sur ces périodes trouble. Cela vous montre combien c’est beaucoup plus qu’une stratégie. C’est une conception culturelle.

    Au Japon, la censure imposée par les Américains entre 1945 et 1952, est-ce que cela a permis au cinéma américain d’entrer en force dans les salles japonaises ?

    Frédéric Monvoisin : Le cinéma américain était déjà entré en force à la fin des années 1910, après la Première Guerre mondiale, justement parce que le marché japonais était plutôt dominé dans les importations par les films européens et notamment français. Il y a eu un basculement, puisqu’on a arrêté de produire avec la guerre de 1914-1918. Donc, ils étaient déjà là. La censure américaine a surtout eu pour effet de modifier les thématiques et les enjeux du cinéma japonais lui-même. C’est-à-dire que ce n’était pas une question tellement de quota et de gérer les films en eux-mêmes que les contenus. De mémoire, il y a eu 53 thèmes que le cinéma japonais n’avait plus le droit d’aborder.

    Par exemple ?

    Frédéric Monvoisin : Par exemple, on n’avait pas le droit de parler de la guerre, de l’occupation américaine, de la censure, des bombes atomiques d’Hiroshima, de Nagasaki. C’étaient des sujets interdits. On ne pouvait pas parler des alliés des États-Unis. On ne pouvait pas parler de la Corée, on n’avait pas le droit de parler de la Russie… Et on n’avait pas le droit de parler de l’empereur. La question impériale était extrêmement sensible. C’est d’ailleurs elle qui va faire basculer en 1947 cette question de la censure. A l’époque, on parle d’un basculement dans une politique du tabou. Avant on gagnait le contrôle avec des thèmes qui sont interdits, d’autres thèmes qui sont autorisés, mais, pour en faire la promotion, on demande au cinéma japonais de faire la propagande de la politique d’occupation américaine.

    En 1947 sort un film de propagande, Tragédie du Japon, réalisé par le documentariste Fumio Kamei, qui fait pleinement la promotion de la politique américaine. Sauf que, à un moment donné, il aborde la question de l’empereur et du tribunal de Tokyo où l’empereur a été exempté, même de jugement. Il aborde cette question-là en mettant en relief un certain nombre d’images. Au bout d’un moment, il fait notamment un fondu enchaîné où l’empereur passe d’une tenue de dirigeant des armées à simple civil. Cela a été perçu comme une manière de déresponsabiliser l’empereur et comme une volonté américaine. En 1947, cette question vient juste de s’arrêter au Japon, c’était une vraie polémique.

    Certains Japonais estimaient que l’empereur devait être condamné, au moins jugé, si ce n’est condamné. Du coup, le film va être retiré des salles après deux jours et le producteur a frôlé la faillite. De fait, après, plus aucun producteur ou réalisateur japonais ne va vouloir flirter avec ces thèmes-là. Cela va instaurer un blackout total sur tous les thèmes qui tournent autour de la guerre, jusqu’en 1952, au moment où les Américains s’en vont.

    Suite : Cinéma et géopolitique (2/6): Les tabous américains et japonais

    Écouter l’intégralité de l’entretien dans l’émission Géopolitique, le débat

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