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    Asie-Pacifique

    Cinéma et géopolitique (5/6): L’absence des cinémas chinois

    media Couverture du livre de Pierre Conesa : « Hollywar. Hollywood arme de propagande massive ». Editions Robert Laffont

    Cinquième partie de notre série sur le cinéma comme un vecteur d’influence voire d’un outil stratégique à part entière dans la puissance des nations. Le développement économique de l’Asie facilite-t-il la diffusion des cinémas asiatiques en Occident ? Suite de notre entretien avec Pierre Conesa, spécialiste des questions géopolitiques et auteur de « Hollywar. Hollywood arme de propagande massive » (éditions Robert Laffont), et Frédéric Monvoisin, chercheur associé à l’Ircav (Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel), chargé de cours à la Sorbonne Nouvelle et à l’Inalco et auteur du livre « Cinéma d’Asie, d’hier et d’aujourd’hui » (éditions Armand Colin).

    RFI : Comment le pouvoir chinois se sert-il du cinéma ? Est-ce que le cinéma chinois est un outil du pouvoir ?

    Frédéric Monvoisin : Le problème est de savoir ce qu’on nomme « le cinéma chinois » ? On nomme deux choses différentes dans « cinéma chinois » : le cinéma chinois qui est de langue chinoise, qui finalement est fait sur plusieurs territoires nationaux avec parfois des ambitions qui sont opposées, notamment la Chine et Taiwan. Ou le cinéma fait en Chine continentale. Dans un cas comme dans l’autre, le cinéma est extrêmement politique puisque, d’une certaine manière, c’est un outil de discussion et de négociation entre ces pays.

    Ce qui est intéressant quand on commence à penser non pas à un cinéma chinois, mais à des cinémas chinois pour garder le terme et avoir d’un côté la Chine continentale, Hong Kong et Taiwan, on s'en rend compte, ce sont souvent des cinémas évoluant en fonction des actions politiques qui se passent soit de manière locale, soit dans les pays voisins. En 1949, lorsque les communistes vont prendre le pouvoir en Chine, le cinéma de Chine continentale va progressivement abandonner tout un tas d’éléments qui faisaient l’identité culturelle chinoise au sens fort, c’est-à-dire les références au théâtre, à la littérature, à la peinture, à la calligraphie, la grande littérature, ces arts-là, pour aller vers un cinéma qui, pour moi, relève du conte, c’est-à-dire un cinéma moralisant.

    Par exemple ?

    Frédéric Monvoisin : Dans les films un peu récents, il y a Hero (2002) de Zhang Yimou. C’est l’histoire de cet assassin qui met toute une stratégie en place pour s’approcher de l’empereur et pouvoir l’assassiner. Et au moment où il est assez prêt pour tuer l’empereur, il réalise que l’empereur est juste, a raison et qu’il doit prendre des décisions difficiles pour le bien du peuple. Du coup, il se sacrifie et meurt comme symbole. L’assassin meurt comme symbole.

    Mais toutes ces qualités artistiques sont détenues par des gens qui sont mis en péril en Chine. Il faut rappeler qu’il y a eu le grand bond en avant qui a vidé les élites des grandes villes vers la campagne. Les gens ont dû partir et se sont réfugiés notamment à Hong Kong, au Vietnam, etc. Ensuite, il va y avoir la révolution culturelle qui va encore chasser d’autres populations. Hong Kong va se faire le fief, va se nourrir de tout ce qui est interdit en Chine. Par exemple, le cinéma des arts martiaux de Hong Kong va naître complètement de ces interdits-là, et fait par des gens qui viennent de là. Les deux figures de proue du cinéma des années 1960-70 sont Chang Cheh et Zhang Yimou. Yimou est appelé « le lettré ». Il vient de la calligraphie, était scénariste, a fait de la littérature. Chang Cheh travaillait au théâtre. Ils vont basculer leur pratique artistique traditionnelle qu’ils faisaient en Chine dans le cinéma et y ajouter des enjeux politiques.

    Actuellement, on ne voit pas beaucoup de films chinois. Est-ce que la Chine ne cherche pas de l’influence à travers le cinéma pour en faire une arme stratégique ?

    Pierre Conesa : Actuellement, la Chine joue dans le Championnat de France amateur. J’ai connu l’époque de la Chine où il y avait La fille aux cheveux blancs [1972, de Shui Hua et Wang Bi, ndlr], puis [Le Détachement féminin rouge, 1961, de Jin Xie et Zhu Xijuan, ndlr]. Il y avait deux films dans le cinéma chinois. C’était les deux seuls films autorisés. Le paysage a un peu changé. Ils ont des producteurs de qualité, mais il y a un tel décalage.

    Ils ont un avantage énorme : un marché intérieur gigantesque. Ils peuvent, sans se poser de problème, avoir des mesures protectionnistes. Mais, les Chinois ont surtout été capables de faire naître un certain nombre de réalisateurs, d’acteurs, de scénaristes qui font des films assez remarquables. Après se pose la question de la diffusion. Combien de films chinois passent dans les salles du Middle Ouest ? Je suis bien incapable de vous répondre, je ne suis pas sûr qu’il y en ait qui passent. Encore une fois, la volonté de se manifester culturellement suppose que l’autre accueille.

    En France, vous allez avoir un festival du cinéma américain, un festival du cinéma chinois, un festival du documentaire. Je ne suis pas sûr qu’aux États-Unis, dans l’Ohio ou dans le Montana, il y ait des festivals destinés à ouvrir ce patrimoine. Je me suis appuyé sur deux ou trois documentaires qui ont été faits par des Américains à double nationalité, c’est-à-dire des Sino-Américains, Arabo-Américains, etc. Ils ont essayé de traduire pour les Américains la façon dont leur propre culture était vue. Chacun a visionné 200 ou 300 films. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’ils arrivent aux mêmes conclusions que moi. C’est-à-dire ma sensibilité n’est pas celle d’un Européen, c’est celle de quelqu’un qui ne veut pas entrer dans cette espèce de rabot culturel que constitue la production culturelle américaine. On est bien face à une société qui ne veut pas intégrer des cultures ou en tout cas accepter que ces cultures puissent exister à parité avec la société américaine.

    En France, ces dernières années, il y a eu des films chinois, un ou deux, mais particulièrement critiques. Ce n’était jamais directement dirigé contre le gouvernement chinois, mais c’était sur les potentats locaux, la corruption. Des films assez forts…

    Frédéric Monvoisin : On a des films chinois. Après, il y a des choses qui deviennent assez compliquées parce que depuis le début des années 2000, il y a énormément de coproductions entre la Chine et Hong Kong qui garde une forme d’indépendance. Dans les textes, Hong Kong reste indépendant jusqu’en 2046. On l’oublie souvent, car dans les faits, la Chine est aux commandes. Mais légalement, il y a toujours une indépendance. On a des films qui sont coproduits entre la Chine et Hong Kong où les grands cinéastes dont on parle sont pour l’essentiel des cinéastes hongkongais quand même. Ou alors ceux de la cinquième génération qui sont encore là.

    Donc on parle d’un cinéma qui est finalement vraiment tourné vers la scène internationale. D’autant plus, si je reprends Jia Zhangke qui est peut-être le plus connu, plus que Wang Bing parce qu’il est plus accessible, je me pose sincèrement la question de sa longévité. Quand on regarde ses modes de financement, Jia Zhangke était principalement financé par Kitano Office, un studio de production japonais dirigé par Takeshi Kitano qui vient d’annoncer qu’il quittait Kitano Office. Donc tout le monde au Japon s’attend à ce que Kitano Office fasse le dépôt de bilan. S’ils font le dépôt de bilan, qui va financer Jia Zhangke ? Et dans quelle mesure on parle d’un cinéma vraiment chinois. Il est bien de nationalité chinoise, il vit en Chine, il fait un cinéma qui n’est pas consommé en Chine et qui existe grâce à des capitaux étrangers.

    Il y a une autre chose intéressante avec la Chine. En Chine, il y a des quotas et c’est très difficile [d’entrer sur le marché chinois]. Les films américains circulent sous le manteau, sur le marché noir, en piratage. C’est l’un des rares territoires, peut-être le seul, où Hollywood ne dépose pas plainte parce que ça circule en pirate parce que justement, c’est son unique moyen d’accéder au marché et finalement commencer à le créer par ce vecteur-là. Ils sont capables d’utiliser toutes les stratégies, y compris celles qui relèvent de circuits officieux et illégaux.
     

    Lire tous les épisodes :
    - Cinéma et géopolitique (1/6): l’hégémonie du cinéma américain
    - Cinéma et géopolitique (2/6): Les tabous américains et japonais
    - Cinéma et géopolitique (3/6): Créer l’Autre et l’ennemi
    - Cinéma et géopolitique (4/6): Asie, les bons et les méchants
    -
    Cinéma et géopolitique (5/6): L’absence des cinémas chinois
    -
    Cinéma et géopolitique (6/6): Les cinémas asiatiques, une menace pour Hollywood?

    Écouter l’intégralité de l’entretien dans l’émission Géopolitique, le débat

     

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