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    Rentrée littéraire 2018: Afrique-Antilles-Amérique (2/2)

    media Ils font la rentrée littéraire 2018... Montage RFI

    Voici, comme promis, la seconde partie des «  incontournables » de la rentrée littéraire africaine, antillaise et d’Amérique noire 2018. Un millésime plus que jamais  marqué par l'audace, la qualité et le renouveau.

    Parmi nos coups de cœur de cette nouvelle fournée, le Congolais Henri Lopes, l’Egyptien Alaa El Aswani, l’Algérienne Maïssa Bey, la Guadeloupéenne Gisèle Pineau et plusieurs primo-romanciers bourrés de talent et dont beaucoup viennent du Nigeria, pays littéraire par excellence. La sélection s'attarde aussi sur deux événements éditoriaux de cette rentrée littéraire 2018 : le retour sur le devant de la scène de l'Ivoirien Gauz avec un nouveau roman Camarade Papa (Le nouvel Attila) attendu avec impatience par les fans de cet auteur émergeant et la sortie dans une nouvelle traduction française de ce monument de littérature noire américaine qu’est Mais leurs yeux dardaient sur Dieu (Zulma) de la divine Zora Neale Hurston. Pour Toni Morrison, Hurston est « l’un des plus grands écrivains de notre époque ».

    L’amour aux temps du Boko Haram

    Il y a du « Lady Chatterley's Lover» dans ce premier roman sous la plume d'un jeune Nigérian mettant en scène une union au parfum de scandale entre un jeune dealer et une veuve musulmane de trente ans son aînée. Ed. de l'Observatoire

    « La fiction est un outil d’introspection », aime dire le jeune romancier nigérian Abubakar Adam Ibrahim, auteur de « The Whispering Trees  », un recueil de nouvelles  et d’un magnifique premier roman qui paraît ces jours-ci en traduction française. Originaire du nord du Nigeria, plus précisément de la ville musulmane du Jos qui est depuis plusieurs années en proie aux revendications jihadistes, Ibrahim utilise la fiction pour explorer le mal-être de sa société et ses tabous.

    « Hajiya Binta Zubaïru naquit à cinquante-cinq ans, le jour où un voyou aux lèvres sombres et aux cheveux hérissés pareils à de minuscules fourmilières escalada sa clôture et atterrit, bottes aux pieds et tout le reste, dans le marasme de son cœur. » Ainsi s’amorce La Saison des fleurs de flammes, un premier roman aussi provocateur qu’original. Doué d’une imagination féconde et d’un sens de narration inné, son auteur nous plonge dès les premières lignes dans cette histoire peu commune d’une union au parfum de scandale entre un jeune dealer et une veuve musulmane de trente ans son aînée. Comme on peut l’imaginer, les conséquences ne peuvent qu’être tragiques dans le contexte du Nigeria conservateur !

    Il y a quelque chose de L’Amant de Lady Chatterley dans ce récit profondément subversif que raconte Ibrahim, mais cette histoire de désir et d’émancipation sexuelle est surtout un prétexte pour son jeune auteur de dévoiler les dilemmes de son pays déchiré entre la modernité et les traditions du passé. Le romancier qui a grandi dans le Nord espère que son roman pourrait contribuer à réduire les fossés qui séparent les imaginaires et les hommes. « Je crois qu’il est plus que nécessaire, plus qu’auparavant, que le Nord (du Nigeria) se rapproche du Sud et du reste du monde », a-t-il déclaré lors de la parution de son livre.

    La saison des fleurs de flamme, par Abubakar Adam Ibrahim. Traduit de l’anglais par Marc Amfreville. Les Editions de l’Observatoire, 423 pages, 23 euros. Parution le 22 août 2018.

    Attention, talent! Le premier roman de la nigériane Chinelo Okparanta

    Sous les branches de l'udala est le premier roman de la Nigériane Chinelo Okparanta. Belfond

    Sous les branches de l’udala est un remarquable premier roman sous la plume de Chinelo Okparanta, une jeune Nigériane bourrée de talents. Ce roman raconte l’histoire de l’amitié naissante entre deux jeunes filles, une amitié qui se transforme en passion amoureuse, avec en toile de fond la guerre civile nigériane. L’action se déroule au début des années 1970 lorsque pour protéger sa fille de la guerre, la mère d’Ijeoma l’envoie habiter pour quelque temps chez des amis dans un village voisin. C’est à Nweni qu’Ijeoma rencontre Amina, la petite musulmane.

    Les deux fillettes tomberont éperdument amoureuses et ce sera le début d’un long et douloureux combat pour elles pour se faire accepter par les leurs, car au Nigeria l’homosexualité est toujours un crime. Ce combat identitaire constitue la trame de ce roman initiatique, raconté dans une prose captivante, parsemée de références folkloriques et historiques.

    Or Chinelo Okparanta n’est pas totalement inconnue des lecteurs français. « America », sa nouvelle finaliste du prestigieux Caine Prize de 2013 pour la littérature anglophone publiée en traduction française par les éditions Zulma, tout comme la parution en 2014 de son beau recueil de nouvelles Le Bonheur comme l’eau (éditions Zoé) avaient permis de découvrir l’écriture rigoureuse et saisissante de cette jeune auteure, vouée sans doute à un brillant avenir. Son talent est confirmé par son premier roman qui mêle le personnel et le politique avec brio, sur le modèle d’une certaine Chimamanda Ngozi Adichie qui a, elle aussi, puisé, on s’en souvient, son inspiration dans conflit tragique du Biafra, toujours présent dans les esprits des Nigérians.

    Sous les branches de l’udala, par Chinelo Okparanta. Traduit de l’anglais par Carine Chichereau. Editions Belfond, 384 pages, 22 euros. Parution le 23 août 2018.

    Les frasques et les dérives de la Guadeloupe sous la plume enchanteresse  de Gisèle Pineau

    Gisèle Pineau est Guadeloupéenne et l'auteur notamment de La Grande Drive des Esprits, Chair Piment et Les voyages de Merry Sisal. Mercure de France

    Le nouveau roman de Gisèle Pineau Le Parfum des sirènes commence comme un polar, avec une jeune femme de 27 ans retrouvée morte chez elle, baignant dans son sang. A-t-elle été victime d’une mauvaise chute ou assassinée, comme tout semble l’indiquer ? Très vite, la romancière nous entraîne dans une vaste saga familiale, riche en secrets enfouis dont l’éclatement à la faveur de la mort tragique de la belle Siréna Pérole alias Sissi constitue la trame du récit.

    Un parcours littéraire particulièrement riche, celui de Gisèle Pineau. Le parfum des sirènes est le seizième roman sous la plume de cet auteure qui puise son matériau dans la violence sociale environnante léguée par l’Histoire. Originaire de la Guadeloupe et proche des écrivains du mouvement de la créolité (Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant et Jean Bernabé), Gisèle Pineau s’est fait connaître en 1994 lorsqu’elle a remporté le Grand Prix des lectrices de Elle avec son premier roman, La Grande Drive des esprits (Serpent à Plumes). Ce premier roman racontait déjà la douleur des plaies jamais refermées et le ballottement des destinées individuelles cheminant entre la souffrance et l’espérance.

    Les sujets récurrents dans l’oeuvre de l’écrivaine sont l’exil, l’intolérance, le mélange des cultures, la quête identitaire, la réalité sociale et la condition féminine aux Antilles. Ses récits se signalent à l’attention par leurs portraits de femmes dont l’écrivaine raconte avec brio les destins singuliers au sein d’un univers conservateur et patriarcal, sur un fond de résonance du passé esclavagiste. Dans une Guadeloupe contemporaine, tiraillée entre ses douleurs anciennes et ses fléaux modernes, les héroïnes de Gisèle Pineau tentent de se frayer leur chemin. Personne n’a raconté les quêtes et les dérives des femmes caribéennes avec autant d’empathie.

    Le parfum des sirènes, par Gisèle Pineau. Editions Mercure de France, 246 pages, 18,80 euros. Parution le 30 août 2018.

    Kopano Matlwa brosse le portrait de la nouvelle Afrique du Sud

    Règles douloureuses est le troisième roman sous la plume de Kopano Matlwa, romancière montante dans une Afrique du Sud en pleine reconfiguration. Le Serpet à Plumes

    Kopano Matlwa est l’une des jeunes auteures sud-africaines les plus prometteuses de sa génération. Née en 1985 alors que le régime d’apartheid était à bout de souffle, elle appartient à la génération qu’on appelle les «  born free » qui n’ont pas été affectés directement par les dures lois de la ségrégation raciale. Dans les années 1990, lorsque Mandela arrive au pouvoir, les parents de Matlwa faisaient partie de la bourgeoisie noire qui quittaient les townships pour aller s’installer dans les quartiers plus aisés de Johannesburg ou du Cap, encore majoritairementpeuplés de Blancs .C’est en racontant les turbulences et la frénésie de ces années de transition que Kopano Matlwa s’est imposée sur la scène littéraire sud-africaine.

    Règles douloureuses est la troisième roman de la jeune romancière. Son héroïne Masechaba souffre des douleurs pelviennes liées à des maladies gynécologiques (endométriose). Cette maladie intime qui pourrait entraîner la stérilité devient sous la plume de l’auteur la métaphore de la condition de l’Afrique du Sud où les injustices sociales et les inégalités se sont aggravées compromettant les chances de ce pays d’aller de l’avant à mesure que les blessures du passé se cicatrisent. Le récit est porté par l’écriture sans complaisance de Matlwa qui met le doigt sur les maux de l’Afrique du Sud post-apartheid et la trahison de son élite qui a perdu ses idéaux et ses repères.

    Kopano Matlwa a été distinguée à l’âge de 21 ans par le prix littéraire de l’Union européenne et par le prix Wole-Soyinka pour son premier roman Coconut (2006). Son écriture maîtrisée, économe de ses mots et de ses effets, fait d’elle la digne héritière de la génération des Nadine Gordimer, des André Brink et des JM. Coetzee qui ont donné à la littérature sud-africaine ses lettres de noblesse.

    Règles douloureuses, par Kopano Matlwa. Traduit de l’anglais par Camille Paul. Edition Le Serpent à Plumes, 160 pages, 18 euros. Parution le 30 août 2018.

    « Camarade Papa » : L’Afrique coloniale revue et corrigée dans le nouveau roman de Gauz

    « Camarade Papa» de l'Ivoirien Gauz est l'un des romans les plus attendus de la rentrée littéraire 2018. Le Nouvel Attila

    Il y a 4 ans Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé, explosait sur la scène littéraire avec Debout-payé, un premier roman aussi hilarant que profond. Ce livre racontait les aventures douces-amères d’un immigré ivoirien devenu vigile à Paris. Ce qui avait plu dans ce récit à l’écriture novatrice, c’était sans doute la plume de Gauz trempée dans le fiel du sarcasme, brossant un portrait délicieusement subversif de la société de consommation occidentale. Les remarques pertinentes et drôles du narrateur qui font penser aux Lettres persanes, n’étaient sans doute pas étrangères à l’extraordinaire fortune commerciale de ce premier roman, vendu à quelque 80 000 exemplaires (chiffre communiqué par l’éditeur).

    Le buzz grossissant autour du nouveau roman de Gauz qui paraît prochainement laisse penser qu’il est bien parti pour connaître un grand succès populaire, même si son sujet est autrement plus lourd et complexe. «  Une histoire de la colonisation comme on ne l’a jamais lue », ainsi va la présentation de l’éditeur. Le roman raconte la colonisation de la Côte-d’Ivoire par la France au XIXe siècle, tout en l’inscrivant dans une histoire plus moderne dont l’intrigue entraîne le lecteur d’Amsterdam en Afrique. Il problématise le discours colonial et son projet civilisateur.

    Le roman s’ouvre sur le débarquement à Grand-Bassam, par un matin venteux de septembre 1893, du premier gouverneur français de la Côte d’Ivoire, un certain Louis-Gustave Binger. L’anecdote est racontée sur un ton épique, mais, très vite, monte en contre-point la voix fluette et incertaine d’un adolescent issu de l’immigration. Il prend en charge l’intrigue dans sa langue métissée des banlieues populaires, révélant l’histoire pour ce qu’elle est : une vaste tragédie où viennent s’abîmer les grands récits idéologiques (impérialisme, communisme, fascismes) aux dépens de petites gens.C’est du grand art (littéraire), mais saura-t-il enthousiasmer le grand public comme l’avait fait le premier roman de Gauz, plus simpliste et manichéen dans sa conception?

    Camarade Papa, par Gauz. Editions Le Nouvel Attila, 192 pages, 18 euros. Parution le 31 août 2018.

    Retour à la fiction d’Alaa El Aswany : dans le Caire post-révolutionnaire, avec un monstre sacré des lettres égyptiennes

    Alaa el Aswany est le romancier égyptien le plus connu, après Naguib Mahfouz. Actes Sud

    Tout comme les histoires d’amour, les révolutions finissent mal en général. La révolution égyptienne de janvier 2011 qui a vu la population se mobiliser dans l’espoir de renverser une fois pour toutes la dictature des militaires, n’a pas dérogé à la règle. C’est cette espérance faillie que raconte J’ai couru vers le Nil, le nouvel opus de l’Egyptien Alaa El Aswany, mondialement connu depuis la parution de son célèbre premier roman Immeuble Yacoubian (2006). A travers une galerie de personnages puisés dans tous les échelons de la société égyptienne, leromancier met en scène la lente et efficace infiltration de la poison de la contre-révolution dans les esprits, rendant les révolutionnaires suspects aux yeux de la population.

    Après la révolution, ce sont les militaires qui reprennent les rênes du pouvoir au Caire et installent un nouveau Moubarak à la tête du pays, en organisant un semblant de scrutin démocratique. Comme l’auteur le fait dire à l’un de ses personnages, les Egyptiens vivent dans « une république comme si », car les droits fondamentaux y sont muselés et les révolutionnaires condamnés à la prison ou à l’exil. Comparé à la fois à Zola et à Soljenitsyne, El Aswany se sert de la fiction pour dénoncer les injustices sociales et politiques dans son pays et pointer les fourvoiements de l’histoire, comme il le fait dans son nouveau roman. Avec succès, il faut le croire, puisque son nouveau roman est interdit de publication en Egypte.

    J’ai couru vers le Nil, par Alaa El Aswany. Traduit de l’arabe par Gilles Gauthier. Editions Actes Sud, 432 pages, 23 euros. Parution le 05 septembre 2018.

    Dans le Trinidad d’Earl Lovelace, la colère gronde derrière le masque du carnaval et du calypso

    Romancier, nouvelliste, homme de théâtre, Earl Loverlace est l'une des caribéennes les plus respectées. Le Temps des Cerises

    A l’âge de 83 ans, Earl Lovelace est considéré comme l’une des grandes voix littéraires de la Caraïbe anglophone. Nouvelliste, homme de théâtre et romancier, il a été souvent primé dans les pays de langue anglaise, mais malheureusement peu traduit en français. Son troisième roman La Danse du dragon, paru en 1979 et estimé par la critique comme un chef-d’œuvre à portée universelle, mettait en scène la misère et les privations du petit peuple trinidadien des favellas, sur fond du Carnaval qui fait danser les bidonvilles au rythme du calypso.

    Récompensé par le prestigieux Commonwealth Writers Prize en 1997, le cinquième roman du Trinidadien Le Sel que publient les éditions Le Temps des Cerises en cette rentrée littéraire, est également un roman envoûtant, qui se partage entre le fantastique et le réel, et fait une large place aux légendes et mythes. Le récit s’ouvre sur la légende de Guinea John dont la tête avait été mise à prix à l’époque de l’esclavage par le pouvoir blanc, qui l’accusait de comploter pour massacrer les populations blanches. Pour échapper aux militaires envoyés à sa recherche, l’homme, semble-t-il, « escalada la falaise à Manzanilla, se cala deux épis de maïs sous les aisselles et s’envola vers l’Afrique, en emportant avec lui les mystères de la lévitation et du vol ». Or ses proches qui étaient en captivité ne purent en faire autant car, comme le raconte la légende, «  ils avaient mangé le sel et s’étaient rendus trop lourds pour voler  ».

    Le roman de Lovelace retrace aussi les parcours parallèles de deux hommes animés par leur ambition commune d’améliorer le sort de leurs concitoyens, mais leurs méthodes pour y parvenir divergent. Professeur dévoué et respecté, Alford s’engage dans la politique mais se voit contesté car il s’est coupé des racines du peuple, alors que Bango, lui, est resté proche des valeurs traditionnelles de la population. Leurs chemins vont se croiser, mais le véritable protagoniste du récit est sans doute l’île de Trinidad dont peu d’écrivains ont su raconter la complexité et la magie avec autant d’énergie.

    Le Sel, par Earl Lovelace. Traduit de l’anglais par Alexis Bernaut et Thomas Chaumont. Edition Le Temps des Cerises, 365 pages, 22 euros. Parution le 6 septembre 2018.

    Entre espoir et désespoir, avec Beyrouk

    « Je suis seul » du Mauritanien Beyrouk est un huis clos dont l'(in)action se déroule aux portes du désert. Elyzad

    « J’ai voulu faire un livre où on sent la passion, la révolte, l’injustice, et aussi l’espoir », déclarait le Mauritanien Beyrouk lors de la parution de son premier roman à Marianne Meunier, excellente spécialiste de l’Afrique et anciennement journaliste à Jeune Afrique. Romancier, nouvelliste, Beyrouk est l’auteur de trois romans et des recueils de nouvelles : ce sont des livres traversés par la lumière du désert dont l’auteur a connu à la fois la tendresse et l’âpreté. A travers les différentes nuances des dunes trempées par le soleil, les récits de Beyrouk disent les heurs et malheurs des hommes et femmes du désert..

    Plusieurs fois primé pour son univers proche du théâtre antique et pour le lyrisme de son écriture qui puise sa poésie dans le vécu bédouin, le Mauritanien livre avec son nouveau roman, Je suis seul, une nouvelle version du désespoir et de la révolte des hommes contre le pouvoir depuis au moins Antigone. Ici, Antigone s’appelle Nezha, « gardienne de quoi, elle ne sait pas elle-même, gardienne peut-être de ses souvenirs, des promesses de bonheur qui sont devenues fumée  ».

    L’histoire de Nezha et de sa ville prise d’assaut par de sinistres combattants jihadistes qui paradent dans la rue célébrant le dieu de la haine et de la mort, est racontée par son ex-amant. Prisonnier de la chambre étroite où il s’est enfermé pour échapper à ses propres peurs, il attend que Nezha vienne le délivrer. On lit d’une traite ce récit sous forme de soliloque, qui dit encore et toujours « la passion, la révolte, l’injustice et aussi l’espoir ».

    Je suis seul, par Beyouk. Editions Elyzad, 106 pages, 14 euros. Parution le 11 septembre 2018.

    Entre pleurer-rire et témoignage, Henri Lopes livre ses mémoires

    Henri Lopes, écrivain originaire du Congo-Brazzaville Lattès

    Le Pleurer-rire, Le Chercheur d’Afriques, Le Lys et le Flamboyant…Ce sont quelques-uns des romans les plus connus d’Henri Lopes, l’un des auteurs majeurs des lettres africaines. De la génération des Ahmadou Kourouma et de Sony Labou Tansi, l’écrivain a à son actif neuf romans et recueils de nouvelles, des essais, des poèmes, qui font partie des classiques de la littérature africaine, enseignés aujourd’hui dans les lycées et les universités du monde entier. Mais à la différence des autres grands romanciers africains contemporains ou disparus, le Congolais  n’a pas été seulement écrivain. Il a mené plusieurs vies à la fois : homme politique, haut fonctionnaire international, diplomate.

    Les secrets de cette vie menée à 200 km l’heure, tout comme le décryptage de ses obsessions personnelles liées aux origines métisses de l’écrivain et à son appartenance à un continent qui aiguise des appétits edes capitalistes et des aventuriers, feront le bonheur des lecteurs des mémoires précieux que l’auteur des Tribaliques vient de nous livrer, sous le titre : Il est déjà demain. Cette autobiographie est un véritable page-turner, car son auteur octogénaire est un conteur hors pair. L’homme a aussi tant à nous dire sur les mondes qu’il a vu s’effondrer - et parfois renaître - du fonds de son observatoire privilégié au cœur des événements.

    Il est déjà demain, par Henri Lopes. Editions JC Lattès, 350 pages, 20 euros. Parution le 12 septembre 2018.

    « Le plus beau roman d’amour de tous les temps »

    Romancière et anthropologue, nouvelliste, essayiste et dramaturge, Zora Neale Hurston fut une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance aux Etats-Unis. Editions Zulma

    Zora Neale Hurston (1891-1960) est une légende de la littérature américaine. Romancière et anthropologue, nouvelliste, essayiste et dramaturge, née en Alabama, l’écrivain fut l’une des figures de proue du mouvement «  Harlem Renaissance  ». Victime du sexisme des intellectuels noirs et blancs de son époque qui lui reprochaient son absence d’engagement politique, elle a été longtemps marginalisée, avant d’être redécouverte dans les années 1970 et célébrée pour la contribution majeure de son œuvre littéraire à la construction d’une identité féminine noire.

    Mais leurs yeux dardaient sur le monde, paru en 1937, est son livre le plus célèbre. Selon l'animatrce américaine, Oprah Winfrey, c’est « le plus beau roman d’amour de tous les temps ». Ce roman, qui paraît cette année en France dans une nouvelle traduction, est emblématique de la démarche féministe de l’auteur. En marge d’une histoire d’amour tragique, il brosse le portrait d’une femme forte qui, chemin faisant dans un univers doublement dominé (masculin et blanc), s’émancipe socialement. Elle se libère aussi sexuellement, comme les audaces érotiques que l’auteur prête à son héroïne semblent le suggérer.

    Eblouissant de sensualité et de perspicacité, mais aussi haut en couleurs avec ses évocations du folklore africain-américain, le roman de Zora Neale Hurston est un immense chef-d’œuvre, considéré comme une référence incontournable de la littérature féministe noire et … des lettres américaines tout court.

    Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, par Zora Neale Hurston. Traduit de l’anglais Sika Fakambi. Editions Zulma, 320 pages, 22,50 euros. Parution le 13 septembre 2018.

    L’Algérie au féminin, avec Maïssa Bey

    Maïssa Bey est romancière, féministe. « Nulle autre voix » est son nouveau roman, avec pour thème la criminalité féminine. Editions de l'Aube

    « Criminalité féminine. Il paraît que ces deux mots ont du mal à se côtoyer, à tenir debout ensemble. Il y a comme une discordance. Les femmes ne tuent pas. Elles donnent la vie. C’est même leur principale fonction : génitrices. Toute tentative de sortir de ce schéma fait d’elles des monstres de cruauté et d’insensibilité. Des femmes hors normes… », écrit Maïssa Bey dans Nulle autre voix.

    L’héroïne du nouveau roman de l’Algérienne est justement ce que la société patriarcale appellerait « un monstre de cruauté et d’insensibilités ». Elle a tué son mari. Apparemment, de sang-froid. Elle paie pour ce crime. 15 ans de réclusion criminelle. Le récit commence à sa sortie de prison, lorsque la protagoniste se retrouve seule chez elle, accablée par le poids du passé et épiée par ses voisins qui ne voulaient pas voir la meurtrière réintégrer son appartement, de peur qu’elle contamine leurs femmes et leurs filles si dociles. Alors, quand une écrivain vient frapper à sa porte pour enquêter sur le sens de son acte, elle ne la chasse pas. au contraire, elle lui parle, livrant à petites doses son expérience de l’oppression intime au quotidien.

    Il y a du Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, du Nathalie Sarraute, et surtout du Assia Djebar dans l’écriture concise et dense de Maïssa Bey. Considérée comme une des romancières majeures de l’Algérie, féministe militante, l’auteur de Sous le jasmin, la nuit, On dirait qu’elle danse, Entendez-vous dans les montagnes, Cette fille-là, a construit une œuvre incandescente, faite de nouvelles, pièces de théâtre, poèmes et romans, avecc pour thème obsessionnel le besoin pour les femmes de prendre la parole et se raconter face au silence et à l’anonymat auxquels elles sont traditionnellement réduites.

    Nulle autre voix, par Maïssa Bey. Editions de l’Aube, 247 pages, euros. Parution le 24 septembre 2018.

     

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