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    Culture

    Une Invasion extraterrestre décisive imaginée par Luke Rhinehart

    media Entouré de Nelly Kapriélian des Inrockuptibles et de sa traductrice, George Cockroft s'amuse... ® Thomas Bourdeau / RFI

    L’auteur du déconcertant roman « L’homme dé », du début des années 70, est demeuré longtemps anonyme, cultivant sans le vouloir au fil des ans son aura d’écrivain culte à travers le monde. Luke Rhinehart était à Paris pour la sortie française de son nouveau livre « Invasion ». L’occasion de croiser en personne ce mystérieux écrivain philosophe.

    L’écrivain Luke Rhinehart a longtemps été fantasmé : existe-t-il vraiment ? La tumultueuse vie racontée dans L’homme Dé est-elle pure fiction ? A l’occasion de la sortie de son dernier roman Invasion, c’est la maison de la poésie à Paris que l’un des auteurs les plus énigmatiques de la littérature contemporaine a choisie pour mettre les choses au clair.

    L'homme, George Cockroft (de son vrai nom) a fait son entrée, âgé de 85 ans, chapeau Stetson sur la tête. Mais c’est l’auteur Luke Rhinehart qui venait présenter son dernier roman Invasion, une histoire de ballons de plage poilus extraterrestres qui viennent à la rescousse de la planète et l’aident à mieux comprendre ses maux. Oui, oui, oui… « Il y a 60 ans je racontais des histoires à mes enfants à propos de gros ballons de plage poilus, je les appelais doctor bounce. Quand j’ai décidé d’écrire un roman pour critiquer la culture capitaliste, j’ai choisi ce personnage plus intelligent que moi. C’est un pamphlet politique, car oui, pourquoi les êtres humains sont-ils malheureux ? Pourquoi les sociétés rendent les gens si malheureux ? C’est ce qu’on apprend dans le livre. »

    C'est l'Invasion et la planète a beaucoup à apprendre des extra-terrestres. ® Editions Forges de Vulcain

    Puis d’enfoncer le clou : « Je pense que la culture américaine est mauvaise pour le monde. Les Américains ne savent bien entendu rien de tout cela. Ils ne savent pas combien leurs vies sont affectées par les médias. Notre culture célèbre la violence. » Il en profite également pour s’attaquer à ce qu’il considére comme un véritable fléau dans le monde : « La plus grande maladie du monde est le fait d’être sérieux ! Une idée qu’on prend au sérieux est dangereuse. Observer les gens qui marchent dans la rue avec tant de sérieux est même symptomatique. »

    «Luke Rhinehart utilise les extraterrestres pour dire non à cette folie»

    Selon David Meulemans, son éditeur français : « Dans Invasion, il y a un plaidoyer pour le bon sens, une réaction face à une Amérique folle. Il existe une tradition littéraire qui remonte aux lettres persanes, à Arlequin, ce personnage qui vient de l’extérieur et qui nous fait douter de ce qui devient trop évident. Avec les années Bush ou Trump on accepte des choses délirantes à propos de la politique, des médias. Luke Rhinehart utilise les extraterrestres pour dire non à cette folie. »

    Luke Rhinehart ne colle plus autant à son personnage mythique et ne jette plus les dés comme auparavant. « Non je ne suis plus L’homme dé, je n’ai pas utilisé le dé pour des choix importants depuis des années, explique-t-il. Quand j’écrivais le livre, L’homme dé était important pour moi, j’ai toujours eu beaucoup de facettes, de personnages différents en moi. Mais ce personnage a diminué après quelques années et il est devenu moins important. »

    Un livre qui peut changer votre vie ? A vous de lancer les dés ! DR

    En bandeau, sur certaines éditions : «ce livre va changer votre vie»

    Pourtant c’est toujours à propos de ce roman culte publié en 1971 qu'il est assailli de questions. L’homme dé a été traduit en 27 langues et Luke Rhinehart suscite toujours la même fascination auprès de son lectorat. Sur scène, il s’en amuse : « Aux Etats-Unis, je suis un inconnu, un vieux con qui habite dans une ferme, pourtant à Paris je suis un héros ! » En bandeau, on peut lire sur certaines éditions : « ce livre va changer votre vie. »

    «Une des œuvres les plus fécondes de la littérature moderne»

    Car oui changer est possible, radicalement, avec humour, telle est la démonstration brillante de ce roman indémodable. Le penseur surréaliste André Breton recommandait de « se mettre en état de grâce avec le hasard, de manière à ce que se passe quelque chose, à ce que survienne quelqu’un. » Dans une autre anecdote, on apprend que l’artiste Marcel Duchamp joua aux dés un départ aux Etats-Unis qui bouleversa ensuite l’art contemporain. Autant de dadaïstes et poétiques principes que Luke Rhinehart a modélisés dans sa vie et dans son en œuvre littéraire.

    David Meulemans revient sur ce roman culte : « L’homme dé, c’est une variation réussie sur un schéma classique : l’homme blanc américain qui à un moment de sa vie explose. C’est un genre littéraire en soi, mais L’homme dé possède une réelle profondeur intellectuelle. Ce roman est sans doute une des œuvres les plus fécondes de la littérature moderne. » Au début du livre, un psychanalyste désabusé décide de jouer ses décisions aux dés plutôt que de souffrir d’avoir à faire un choix : « Il y a cette idée qu’on s’illusionne sur la prise qu’on a sur les événements, jouer les choix de nos vies au dé nous libère du poids moral de cette illusion et cela nous permet de vivre des expériences merveilleuses qu’on s'empêchait de vivre autrement, explique David Meulemans. On parle d’aléatoirisme : tout jouer au dé, et ainsi mener sa vie de façon aléatoire. Luke Rinehart a connu des périodes où il vivait vraiment selon le dé : living the dice. »

    Le lendemain de la soirée à la maison de la poésie, Luke Rhinehart nous accordait quelques instants supplémentaires pour détailler. « En 1964 je suis venu enseigner à l’université à Mexico, et j’avais un séminaire cet été là sur la liberté. J’y enseignais les vertus de livres consacrés au zen, d’Albert Camus et d’écrivains américains qui avaient des choses à dire sur le domaine. A la fin du séminaire, j’ai expliqué aux étudiants que l’ultime liberté dans la vie serait de lancer les dés pour déterminer ses choix. Ils étaient tellement horrifiés par l’idée ou juste fascinés que je me suis dit qu’il serait bon d’écrire à propos du dé. J’ai commencé à la première personne et ma voix m’a semblé si naturelle ! Pour la première fois à l'âge de 23 ans, j’ai réalisé avoir trouvé mon style d’écriture. Le livre est arrivé ainsi. J’avais déjà créé Luke Rhinehart qui auparavant était un personnage secondaire dans une nouvelle. J’ai écrit parce que je me disais que les gens seraient intéressés par cette idée. Toutes mes lectures, sur le bouddhisme particulièrement, m’ont renforcé dans l’écriture de L’homme dé. »

    Dédicace pour les fans après la discussion à la Maison de la Poésie. ® Thomas Bourdeau / RFI

    « Luke Rhinehart c’est quelqu'un de très intéressé par la notion de détachement, l’homme dé est un texte plein de folie, explique David Meulemans. Habituellement, on associe les philosophies orientales au calme et à la réserve mais en fait c’est une illusion occidentale de croire que c’est calme le détachement. Le fondateur du zen, un moine japonais, buvait beaucoup et faisait la fête, c'est cela aussi le détachement. »

    Anarchiste, ce portrait d’un psychanalyste ennuyé qui jette les dés pour décider du rythme de sa vie lui colle véritablement à la peau. Le roman connaît énormément de rebondissements drolatiques baignés d'une douce vapeur de liberté érotique. Ainsi, la scène d’ouverture dépeint le héros du livre dans un appartement, désabusé et ennuyé, sur le point de rejoindre sa femme qui dort dans la chambre à côté. Mais il songe à l'éventualité de découvrir la voisine de l’étage au-dessus. Le choix de retrouver l'une ou l'autre des femmes sera joué aux dés… On ne peut pas dissocier Luke Rhinehart de son temps et des tremblements d’alors : le new-age et la contreculture.

    Luke Rhinehart voulait-il, comme les autres jeunes de son époque, conjurer le sort de l’homme américain quand dans L’homme dé il écrit : « Américain de naissance et d’éducation, j’avais le meurtre dans la peau. » Nul doute que cet écrivain fascine encore, il a réussi en un tour de force littéraire à effacer les contraintes invisibles d’une société, à se tracer un chemin vers plus de liberté pour qui veut bien le suivre. David Meulemans d’expliquer : « Pendant 10 ans il y a vraiment eu le mythe que L’homme dé racontait la vie de quelqu’un. Mais non ! C’est bien un roman, même si le principe de vivre selon les dés a été lui-même choisi par George Cockroft. »

    ... ® Thomas Bourdeau / RFI

    Luke Rhinehart précise également : « Jeune homme, j’étais très ambitieux. D’une ambition malsaine qui pouvait être une maladie. Alors j’ai très vite été attiré par une philosophie qui m’aiderait à me détacher de ces dangers. Mais ce n’était que de la lecture. En 1965, au tout début de la contreculture, je ne vivais pas spécifiquement une vie hippie, mais je suis certain que leurs idées me touchaient. En 1969 à New York je finissais l’homme dé. J’ai toujours lu de la philosophie zen, mais je n’ai jamais appartenu à un groupe religieux. »

    Il nous décrit plus volontiers son jeu à lui, celui qui l’a amené à s’épanouir en dehors des modes de vie habituels. « Ce jeu n’engage aucun but, comme les jeux d’enfants. Normalement, on devrait être indifférent aux résultats. Le sport n’est trop souvent qu’une question de gagner, ce n’est pas le jeu dont je parle. Jouer pour gagner n’est pas jouer selon moi. Je parle d’un jeu zen qui n’a pas de but et dont le résultat nous indiffère, la réussite réside dans le jeu en soi. »

    «Toujours comique, toujours philosophique, toujours satirique»

    Mais Luke Rhinehart n’est pas l’homme fantasque et anarchiste d’un seul roman comme les fans s’acharnaient à le croire. David Meulemans est même enthousiaste devant la succession de livres encore non publiés en France, il sera fin 2019 l’éditeur de L’homme dé : « Dans tous les romans il y a le style Rhinehart. C’est toujours comique, toujours philosophique, toujours satirique. Il y a une créativité effervescente, délirante, mais ce qui est dur à aborder c’est qu’il change de registre et genre littéraire à chaque fois : post apocalyptique, un roman érotique, un roman fantasy, des œuvres dérivatives de l’homme dé (un manuel) : le bonheur par l’anarchie... »

    Récemment dans la série à succès The Americans, on pouvait découvrir une surprenante méthode de développement personnel. Durant plusieurs week-ends, le père de famille d’origine russe se plonge dans des stages de développement personnel intitulés EST (Erhard Seminars Training), une méthode qui lui permet d’accéder à ses démons intérieurs. Cette méthode était le cœur du troisième roman de Luke Rhinehart en 1976.

    «Ne vous prenez pas au sérieux !»

    Pour cette rentrée littéraire, Luke Rhinehart donne la parole aux extraterrestres afin de révéler nos démons personnels : « Je n’ai aucun espoir pour la société, alors je me sers des aliens. Ils viennent jouer et sont critiques de cette société qui prend les choses tellement au sérieux, cette société qui pense qu’il est important d’être matérialiste, cette société qui force à croire qu’il est important d’être un gagnant. Les aliens et moi-même voyons le sérieux comme une maladie et quand bien même vous décidez d’attaquer la société sérieusement, vous êtes toujours dans la maladie. Il faut sortir, jouer et apprécier sa vie, c’est le seul moyen pour faire évoluer la société. Je voulais que les voix de ceux qui critiquent cette culture soient plus puissantes que ma voix, alors j’ai créé ces aliens super intelligents qui viennent sur terre pour jouer et mettre en lumière ce qu’ils pensent de cette société malade. C’est une satire pour mettre à jour le consumérisme, le militarisme et le contrôle de la société américaine. »

    La liberté de Luke Rhinehart est toujours autant contagieuse et joyeuse quand soudain il nous regarde et sourit : « Ne vous prenez pas au sérieux ! Je suis personne, je suis un fou comme vous, amusons-nous ! » Chiche !

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