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    Europe

    Art nouveau: Alphonse Mucha, de l’affiche à la guerre

    media Images prises dans l’exposition « Alphonse Mucha » au musée du Luxembourg, Paris. « Gismonda » (détail), 1894, affiche, lithographie en couleur. Et « Russia Restituenda » (La Russie doit se redresser) (Détail), 1922. Siegfried Forster / RFI

    Avec ses affiches reconnaissables parmi toutes, placardées dans le monde entier, Alphonse Mucha symbolise l’Art nouveau du Paris 1900. La grande rétrospective qui ouvre ce mercredi 12 septembre au musée du Luxembourg à Paris permet d’aller au-delà de l’image populaire, pour retrouver l’artiste tchèque engagé. Car derrière le travail décoratif acclamé apparaît l’âme slave de Mucha, défenseur acharné de l’Histoire des Tchèques et des peuples slaves. Entretien avec la commissaire de l’exposition, Tomoko Sato, conservatrice de la fondation Mucha à Prague.

    RFI : Après avoir illustré des magazines satiriques locaux et décoré des auditoriums dans son pays, Alphonse Mucha (1860-1939) est arrivé à l’âge de 27 ans à Paris pour devenir illustrateur. Peut-on dire qu’il est venu de nulle part et devenu célèbre, sept ans plus tard, du jour au lendemain, grâce à l’affiche Gismonda de 1895 réalisée pour Sarah Bernhardt, comédienne légendaire de cette époque ?

    Tomoko Sato : Dans un certain sens, oui. Mais il avait déjà un certain renommé en tant qu’illustrateur auprès de magazines et de journaux. Donc, il a été déjà connu par certaines personnes.

    Dans quelle mesure, votre exposition sur Mucha présente d’aspects inconnus ?

    Cette exposition présente Mucha au-delà du maître de l’Art nouveau. Il était un grand artiste comme affichiste. C’est aujourd’hui son image au niveau international. Mais pourquoi faisait-il après des peintures historiques ? Par exemple L’Épopée slave, réalisée [entre 1911 et 1928, ndlr] après son retour au pays en 1910. Tout cela n’est pas très connu jusqu’à aujourd’hui. En particulier en France. En 1980, la grande exposition au Grand Palais avait montré tous les aspects de Mucha. En revanche, jusqu’à aujourd’hui, il n’y avait pas de rétrospective autour de ses idées et sa vision artistique pour réellement pouvoir juger s’il a réussi ou pas, pendant sa période à Paris, et celui après.

    Dans les œuvres de Mucha apparaissent souvent de belles femmes et des cercles hypnotisant. Comment expliquez-vous cela ?

    En tant qu’artiste-affichiste, il a complètement renouvelé l’image de belles femmes pour attirer un grand public. Il avait compris comment il fallait utiliser ces femmes combinées avec de belles fleurs ou des motifs de la nature pour en faire une merveilleuse composition. Cela est devenu le fameux « style Mucha ». Il était particulièrement intéressé aux cercles et aux lignes avec lesquels il faisait des expériences de composition pour transmettre son message. En tant qu’artiste-affichiste, c’était une idée importante afin d’intéresser un public plus large pour des produits commerciaux. Après, cette technique était aussi très utile pour ses peintures et la diffusion de ses messages artistiques et philosophiques.

    Mucha était ami avec Gauguin, avec Kupka, avec Strindberg, c’était aussi l’époque de Rodin, de Toulouse-Lautrec, de Chagall, mais il donne l’impression de ne pas se laisser influencer par les avant-gardes et d’autres artistes. Pourquoi ?

    C’est exact. Il a souvent dit de ne pas s’intéresser au travail d’autres artistes, malgré le fait qu’il avait beaucoup d’amis. Il a toujours répondu : « je le fais à ma façon ». Il ne voulait pas être à la mode ou « moderne », parce que, pour lui, « moderne » signifiait souvent être rattaché à quelque chose d’éphémère. Mucha était plus intéressé à des valeurs universelles. Il a trouvé son inspiration auprès de peintures historiques des siècles derniers. En tant qu’artiste slave, il était très inspiré par l’art et la culture byzantins, mais il n’a pas regardé l’art contemporain de son époque. Il voulait créer quelque chose qui perdurait dans le temps. C’était son ambition.

    Deux visiteurs regardent « La dame aux Camélias » (1896) et « Gismonda » (1895) dans l’exposition « Alphonse Mucha » au musée du Luxembourg, Paris. Siegfried Forster / RFI

    Dans l’exposition, on découvre Alphonse Mucha aussi en tant que patriote et nationaliste défendant la cause des Slaves contre l’empire austro-hongrois, même après l’indépendance de sa nation en 1918. Comment son engagement s’exprime-t-il dans sa création ?

    Il a commencé comme un nationaliste. Il était né en 1860, quand le mouvement nationaliste dans son pays était en pleine renaissance. Un peu comme toute sa génération, il était nationaliste. L’indépendance de son pays était son but ultime et il voulait contribuer en tant qu’artiste à ce mouvement. C’était le début. Après il a fait d’autres expériences. Il a travaillé dans plusieurs endroits, dont Paris où il a rencontré des idées nouvelles, des gens différents, des intellectuels… Le monde autour avait changé à une grande vitesse. Donc, il a développé une plus grande philosophie, au-delà du nationalisme. Avec du respect envers les autres, la culture et la langue de minorités. Son idée nationaliste du départ a évolué vers des idées humanistes et pacifiques. Cela l’a emmené aux peintures de l’Épopée slave et d’autres images réalisées pendant ses dernières années, exposées ici dans les deux dernières sections.

    Les belles affiches colorées du début cèdent après la place à des images plus sombres. En 1917, il réalise La Guerre. En 1927, il évoqué le drame de la famine en Russie. Son style avait totalement changé. Avait-il perdu l’espoir ?

    A la fin de sa vie, il était plutôt pessimiste. Lors de son dernier projet, le triptyque Les trois Âges (L’Âge de la raison, L’Âge de la sagesse, L’Âge de l’amour) [1936-38], il était presque désespéré, parce qu’il savait son temps limité. Tout ce qu’il voulait était du temps pour accomplir son projet. C’était aussi après les Accords de Munich, en 1938, où une partie de la Tchécoslovaquie a été abandonnée par les Alliés à l’Allemagne d’Hitler. Mucha était désespéré. Mais, il continuait ses peintures et son action au service de son projet des Trois Âges. C’était presque une prière. Certaines peintures étaient même intitulées Prière, montrant de belles femmes, toujours dans des costumes slaves et dotées de symboles slaves. Des prières pour un meilleur sort. Malheureusement, quand on regarde l’Histoire, ses prières n’ont pas été entendues…

     Alphonse Mucha, exposition au musée du Luxembourg, à Paris, du 12 septembre 2018 au 27 janvier 2019.

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