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    Festival de cinéma de San Sebastián: «La noche de doce años», une si longue nuit

    media Le film d'Alvaro Blechner, La nuit de douze ans, qui sort en salles en Argentine et en Uruguay, a été présenté au Festival international de San Sebastian. www.sansebastianfestival.com

    Le festival de San Sebastián déroule comme chaque année son tapis rouge et ses multiples rendez-vous. Présenté dans la section « Horizontes Latinos » réservée aux réalisateurs latino-américains, le film « La noche de doce años », raconte l'enfermement, douze années durant, de trois militants du mouvement d'extrême gauche Tupamaros pendant la dictature militaire des années 1970-80 en Uruguay. Un film coup de poing déjà présenté au festival de Venise et salué ici par une ovation.

    envoyée spéciale à San Sebastián,

    Adapté du livre d'entretiens Memorias del calabozo (Souvenirs du cachot) avec Eleuterio Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, deux des protagonistes du film et nourri de leurs témoignages et de discussions avec les comédiens et le réalisateur, le film de l'Uruguayen Álvaro Brechner raconte une longue séquence de la vie de José « Pepe » Mujica, Mauricio Rosencof y Eleuterio Fernández Huidobro, militants du mouvement Tupamaros. Douze longues années de 1973, date de leur arrestation, à 1985 lorsqu'ils sont libérés à la faveur du retour à la démocratie.

    Des années de détention au secret, d'errance d'une prison à une autre, de cachots sordides et minuscules, de mauvais traitements, de tortures et d'humiliations. Des années de faim à manger les restes laissés par leurs bourreaux dans des gamelles où la nourriture côtoie les mégots de leurs cigarettes. Des années sans livres ni papier pour écrire, sans rien à faire pour occuper son esprit, pour ne pas devenir fou. À ruminer et tourner en rond, parfois littéralement. À écouter tous les bruits de la prison parce qu'ils sont le seul lien avec la vie. De l'eau qui coule, le claquement d'une machine à écrire, le raclement des bottes militaires sur le sol.

    « Faire de vous des dingues »

    « On va faire de vous des dingues », dit un officier à l'un des prisonniers. « Nous avons dû nous battre contre la folie », confirme Pepe Mujica lors de la présentation du film à Buenos Aires il y a quelques jours. Et c'est ce combat pour rester des hommes, pour rester debout et aménager dans cette horreur des espaces de liberté, voire d'humour et de fantaisie, que raconte aussi le film. Comment deux des prisonniers, Mauricio (Ruso) et Eleuterio (Ñato) parviennent à communiquer en établissant un code de petits coups frappés sur les murs de leurs cachots et même à jouer aux échecs. Comment les échos lointains d'une compétition de football à la radio (on est en Uruguay qui compte l'une des meilleures équipes de la planète foot ne l'oublions pas) leur arrachent de dérisoires cris de victoire. Comment le poète Mauricio parvient à adoucir sa peine et s'attirer quelques faveurs de ses geôliers en leur écrivant les lettres d'amour qu'ils enverront à leurs belles.

    Une expérience cinématographique et sensorielle

    L'acteur espagnol Antonio de la Torre prête ses traits à l'ancien président uruguayen José (Pepe) Mujica dans le film La Noche de doce años dont la préparation a été discutée aussi au palais présidentiel à Montevideo. www.sansebastianfestival.com

    Quelques respirations encore. Les retrouvailles des trois comparses après des années d'isolement total, dans une cour de prison inondée de soleil alors que résonne la magnifique et puissante interprétation de Sounds of silence par la chanteuse catalane Silvia Pérez Cruz. Une scène de résurrection presque mystique par sa lumière qui irradie le bonheur des prisonniers. Ou lors des rares visites accordées aux proches. La petite histoire des poussins bleus racontés à sa fille par Eleuterio qui rappelle La vie est belle de Roberto Benigni. Le conte pour oublier la laideur. La force de la mère de Pepe Mujica qui interdit à son fils de flancher. Une scène puissante. Pepe Mujica frôle de fait la folie, persécuté par des antennes qu'il croit placées dans sa tête, par des voix qui lui interdisent de dormir, de se reposer. Une bande-son remarquable faite de bruits, de stridences, de cris, accompagnée d'un montage serré d'images parfois violentes, suggère le chaos de son esprit.

    La caméra se fait tantôt subjective - lorsque les prisonniers ont les yeux bandés, nous, spectateurs, sommes aussi aveuglés -, tantôt documentaire filmant au plus près les corps salis des suppliciés ou l'absurdité du monde carcéral et de la dictature militaire. Hallucinante scène où Ñato ne peut faire ses besoins naturels parce qu'il ne peut s'accroupir et où toute la hiérarchie militaire est convoquée parce que personne ne peut ou ne veut prendre la décision de le détacher.

    Comment, quand on a tout perdu, croire encore en la vie

    Il faut aussi saluer le travail des comédiens et la direction d'acteurs. L'Espagnol Antonio de la Torre, accueilli en star à San Sebastián où il est également en compétition officielle pour un autre film, El Reino, sur la corruption politique, incarne Pepe Mujica l'incorruptible - clin d'oeil de l'histoire et des castings -. L'Argentin Chino Darín, lui, donne vie au poète Mauricio Rosencof et l'Uruguayen Alfonso Tort - qui a perdu 18 kilos pour le film - interprète le personnage d'Eleuterio Fernández Huidobro.

    Rappelons que ces trois hommes ont eu des rôles de première importance sur le plan politique ou intellectuel : élus de la République, le ministère de la Défense pour Huidobro, el Ñato que le militaire qui l'avait arrêté regrettait ne pas avoir liquidé... ou président... Pepe Mujica sort de prison en 1985 avec une fleur dans un pot de chambre rose offert par sa mère. Le futur paysan-horticulteur deviendra président de la République et ces douze années d'enfermement ne sont pas pour rien dans leurs parcours extraordinaires. Pour survivre, il leur aura fallu aller au plus profond d'eux-mêmes chercher l'énergie, la force de s'accrocher. Personne ne peut t'enlever ce que tu as au fond de toi, assure sa mère à Pepe Mujica. Parce que l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait, rappelle Alvaro Brechner qui cite volontiers Sartre. Un homme qui survit à un tel enfer doit avoir un amour tout aussi extraordinaire pour la vie.

     

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