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    Culture

    Au couvent de La Tourette, l’art contemporain prend une nouvelle dimension

    media Le couvent de la Tourette, un énorme bloc de béton posé sur une douce colline verte ? ® Thomas Bourdeau / RFI

    Les productions dans les monastères ne sont pas toujours culinaires. Au couvent de La Tourette, les frères dominicains mettent en avant l’art contemporain. Dans un bâtiment conçu par Le Corbusier, depuis plus de dix ans des œuvres d’art résonnent différemment non loin des prières et des messes...

    Le couvent de La Tourette, situé à L'Arbresle à vingt minutes de Lyon, a été dès sa construction une œuvre particulière. Conçu par Le Corbusier, avec d’importantes interventions du mathématicien musicien Iannis Xenakis, ce bâtiment représente un aboutissement architectural rare. Dans l’intention, il devait être un centre d’études, puis il a été déserté par les frères dominicains, avant d’échapper à une mise en vente et enfin, après une importante rénovation, a pu entreprendre une mue inédite dans l’histoire d’un édifice religieux. C’est le frère Marc Chauveau qui nous l’explique : « Le couvent c’est une œuvre d’art totale. A la faveur de sa restauration, on l’a redécouvert. Dès 2009, devant la beauté du bâtiment, je me suis dit : pourquoi n'inviterions-nous pas un artiste à mettre des œuvres en dialogue avec le couvent ? Je n’avais pas l’idée à l’époque de faire une programmation, mais maintenant j’en suis à onze expositions ! »

    Le couvent de La Tourette selon ses détracteurs pourrait être comparé à un énorme bloc de béton posé sur une douce colline verte. Il est certain que vu de l’extérieur, c’est du brutal ! On parle d’ailleurs de brutalisme pour ce mouvement qui utilise le béton brut comme principale enveloppe architecturale. Ce côté brut de décoffrage du couvent laisse apparaître les nœuds et les veines des poutres en bois qui enveloppaient le béton coulé alors. Il faut laisser le temps de la rude surprise extérieure passer, puis pénétrer dans les lieux pour ressentir un puissant contraste. Le ravissement ne peut que saisir le visiteur devant la beauté gratuite du rythme de la lumière naturelle qui semble surgir à chaque coin, dans chaque pièce, à chaque ouverture dans les couloirs, à chaque fenêtre.

    Architecte fonctionnaliste, Le Corbusier voulait que le moindre détail architectural soit utile, et des détails il y en a ! Iannis Xenakis, quant à lui, a apporté sa touche poétique de musicien mathématicien, il est responsable des fenêtres qui rythment chaque pièce comme un tableau de Mondrian animé, et qui peuvent également déclencher un effet sonore un peu comme les pots acoustiques dans les églises du Moyen-Age. Le dialogue a été parfois rugueux entre l’intransigeant Le Corbusier et les frères dominicains de l’époque, mais le résultat demeure passionnant sur ce domaine de soixante-dix hectares.

    La lumière est partition musicale... ® Thomas Bourdeau / RFI

    Un lieu qui de seulement spirituel est devenu artistique !

    Ils ne sont désormais plus que neuf frères à résider dans les lieux. A un rythme monacal, il va sans dire : les offices liturgiques ponctuent les journées… Les visiteurs peuvent profiter de leur hospitalité en logeant dans les anciennes chambres des réfectoires. Elles sont toutes au format modulor cher à Le Corbusier. Chaque matin, un essaim de touristes du monde entier, férus d’architecture, parcourt les lieux et photographie le monument sous toutes ses coutures. Mais la grande nouveauté c’est la production de ce lieu qui de seulement spirituel est devenu également artistique ! Le Frère Marc Chauveau explique : « On a tenté un coup d’essai avec François Morellet qui était partant. On voulait créer un dialogue entre les œuvres d’un artiste et celle de Le Corbusier. Des œuvres dans une œuvre ! Même François Morellet a redécouvert son travail qui dans cette architecture se retrouvait magnifié. Il a même eu cette émotion quand une pièce lumineuse a été suspendue depuis 16 mètres de haut au centre dans l’église. La voyant irrémédiablement s’élever vers le puits de lumière il s’est exclamé : l’œuvre m’échappe ! »

    Qui aurait pu penser que ce serait dans un couvent que l’art contemporain s’exposerait le mieux ? Pas même le frère Marc Chauveau qui explique : « Quand je suis arrivé à La Tourette il y a quinze ans, je ne me suis pas dit : c’est super je vais faire des expos ! C’est la circonstance des travaux qui a renouvelé notre regard sur le couvent. La restauration a été fidèle au projet, sa rigueur, sans décoration. Une sobriété qui nous apprend à demeurer en éveil, à ne jamais être blasé et à conserver notre capacité à nous émerveiller devant ce qui advient. » C’est véritablement le vaisseau Le Corbusier qui diffuse les idées actuelles du frère Marc Chauveau : « Cette architecture peut déconcerter, tout comme l’art contemporain peut déconcerter, mais si on donne un peu de temps au bâtiment, tout comme si on donne un peu de temps à une œuvre d’art, on la découvre avec un regard différent. »

    Reflets dans les fenètres pensées par Iannis Xenakis. ® Thomas Bourdeau / RFI

    Anish Kapoor bénéficie du couvent pour retrouver une odeur de sainteté

    Le monde de l’art contemporain joue d’ailleurs continuellement avec cette idée de résonance, de comparaison, de confrontation artistique ; alors dans son couvent, le frère Marc Chauveau est plutôt fier de son coup. Ses expositions se retrouvent désormais sur la carte des expositions d’art contemporain à faire. La programmation a été impeccable de rigueur et de prise de risque avec notamment Alan Charlton, Anne et Patrick Poirier, Philippe Favier, Michel Verjux, Lee Ufan… En 2019, ce sera Anselm Kiefer qui fut un jeune visiteur du couvent et qui promet d’agir avec démesure. Du 28 septembre au 22 décembre 2018, ce sera une exposition intitulée : Le vitrail contemporain, Une proposition faite à la lumière. Le couvent semble fasciner, comme un miroir aux émotions variées. Qui regarde qui ? Et dans quelle intention ? Sans doute aussi parce qu’il s’y est déroulé un événement artistique tout à fait singulier durant l’année 2015. Lors de son exposition dans les jardins de Versailles l’artiste britannique d’origine indienne Anish Kapoor s’est retrouvé au milieu d’un scandale qui le dépassait tout comme la polémique dépassait le monde de l’art. Sa sculpture Dirty Corner a été vandalisée, jugée blasphématoire, avec à la clé un scandale dans les anciens jardins du roi et des embrouilles religieuses. C’était sans compter sur une programmation facétieuse (divine?) qui fit que quelques mois après Anish Kapoor bénéficiait de l’abri de ce couvent en béton pour retrouver une odeur de sainteté. Un petit miracle artistique contemporain en somme…

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    Le modulor, la silhouette humaine standardisée servant à concevoir la structure et la taille des unités d'habitation dessinées par l'architecte Le Corbusier est figuré par ce carré en béton à l'entrée du couvent. ® Thomas Bourdeau / RFI

    « Ici j’ai trouvé une liberté que je n’aurais jamais obtenue dehors »

    Tout semble se passer différemment dans le couvent : « On n’est pas dans une galerie, pas dans un white cube, on n’est pas là pour remplir le couvent, on n’en met pas sur tous les murs ! Je ne suis pas là pour vendre. » Puis le frère Marc Chauveau d’ajouter : « Pour toutes les personnes qui font un séjour ici, même celles du ministère de la Culture, les douches sont au bout du couloir. On ne joue pas de personnage ici, on est en vérité. La simplicité des grands. Alors pour les vernissages c’est du beaujolais de la région, pas de champagne » Juste la foi dans l’art et la foi tout court pour certains. Surpris, il jubile dans son nouveau métier, car maintenant on peut lui ajouter une étiquette : commissaire d’exposition de La Tourette. « J’ai eu une page dans Les Inrockuptibles », ça le fait sourire. Plus sérieux il explique qu’il lui aurait été difficile de faire une croix sur l’art, mais il savait également qu’il était incapable de lutter dans ce milieu, se jugeant trop émotif, sensible. Paradoxalement, dans un lieu fermé comme un couvent, il explique : « Ici j’ai trouvé une liberté et une indépendance que je n’aurais jamais obtenues en dehors, dans le milieu des galeristes et des exposants. Je crée quelque chose que je n’aurais pu faire en dehors de l’Ordre dominicain. » Il décrit fièrement sa rencontre avec un directeur de musée important qui lui a expliqué: « Mais frère Marc, je lis tous vos catalogues ! »  Puis devant la surprise du frère : « Et je viens chez vous toujours incognito. » C’est le même désir d’être anonyme sans doute qui nourrit le frère quand on le croise à table avec les autres ou sur le chemin de la messe en habit.

    Après onze expositions, Marc Chauveau regorge d’anecdotes drolatiques et symptomatiques autour du monde de l’art actuel. Quand Anish Kapoor est arrivé après le scandale à Versailles, alors que le frère Marc Chauveau était dans ses petits souliers, l’artiste a été accueilli par les autres frères avec un : « On lit tous les articles vous concernant ! » Mais il raconte surtout une autre histoire qui s’est déroulée au cours des préparatifs de cette exposition. Lors de la visite des ateliers en Angleterre : « A un moment Anish Kapoor retire des draps blancs pour dévoiler une œuvre complexe, presque organique que l’artiste désigne avec un “Je ne sais pas encore trop quoi en faire pour l’instant.”» Pour le frère Marc Chauveau, l’œuvre est forte, entre attraction et répulsion, il la relie aux otages de Fautrier ou au Bœuf écorché de Rembrandt. Quelques mois plus tard, le frère demande à l’artiste à propos de cette œuvre : « Alors, avez-vous trouvé un lieu pour l’exposer ? Oui, ce sera chez vous ! » Même s’il appréciait le travail, le doute de la réception dans l’enceinte monastique persistait pour le frère. L'œuvre s’est retrouvée dans une salle du couvent qui à partir du mois de novembre devient une salle de prière quand le froid devient trop rude dans l’église. « On priait entourés de puissantes pièces d’Anish Kapoor », sourit le frère Marc Chauveau. Puis survinrent les attentats du Bataclan et pour les frères toujours le même rituel de la prière qui prit alors dans cette pièce une dimension insoupçonnée. « On a pensé à la crucifixion, à cette humanité malmenée, on a été de nouveau bouleversé par ce travail d'artiste, sa nouvelle dimension spirituelle dans l’incarnation de ce qu’elle a de plus dramatique. » L’œuvre fut définitivement adoptée et la messe dite...

    Le couvent ? C'est par là ! ® Thomas Bourdeau / RFI

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