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    «Capharnaüm», le film-manifeste de la Libanaise Nadine Labaki

    media Zain dans « Capharnaüm », un film de Nadine Labaki. Mooz Films

    C’est un manifeste qui raconte d’une manière inédite le sort des enfants abandonnés. Une histoire libanaise et universelle où le cinéma en sort grandi. Dix ans après le succès populaire de son premier film « Caramel », la réalisatrice libanaise Nadine Labaki présente à partir du mercredi 17 octobre « Capharnaüm », un flamboyant plaidoyer appelant à voler au secours des enfants maltraités. Réaliser le projet a nécessité trois ans de recherches et à la fin, le scénario de la fiction est entré souvent en fusion avec la réalité.

    Attendez-vous à un film-fleuve sans répit, un tourbillon d’émotions, une ronde d’images avec une caméra qui bouge sans cesse. Quand les lumières de la salle se rallumeront, vous aurez peut-être l’impression d’avoir rêvé. Dans Capharnaüm, on reste pendant deux heures à côté de Zain, un jeune garçon éperdument perdu, incarné avec une empathie palpable par Zain Al Rafeea, né en 2004 en Syrie, immigré en 2012 au Liban… Dans le film, il a à peu près douze ans et même ses parents ne se souviennent plus de sa date de naissance. Enregistrer le nouveau-né et faire des papiers, cela aurait coûté entre 100 et 150 dollars, une somme dont cette famille syrienne réfugiée au Liban avec ses quatre enfants, ne disposait évidemment pas.

    « Je souhaite porter plainte contre mes parents »

    Composé comme un patchwork, le Capharnaüm de Nadine Labaki démarre par un coup de poing : le jeune Zain arrive les mains menottées dans le dos au tribunal et répond au juge qui lui demande d’expliquer sa présence dans ce lieu : « Je souhaite porter plainte contre mes parents. » À la question pourquoi, il rétorque lapidairement : « Pour m’avoir donné la vie. » Une attaque contre ses propres parents incapables de lui donner un peu d’amour et d’éducation.

    Tourné caméra à l’épaule dans les rues, les souks et les taudis de Beyrouth - capitale d’un pays de 6,2 millions d’habitants ayant accueilli quatre millions de réfugiés - le film relève un double défi : être innovateur dans sa forme cinématographique et raconter d’une manière inédite le sort des enfants abandonnés de la rue.

    « On n’existe pas »

    Le film ressemble à un manège qui s’emballe, avec des forces centrifuges de plus en plus incontrôlables et insupportables. La mère paumée, le père autoritaire, le fils sale comme un pou et la fillette de onze ans visiblement sur le point d’être vendue. Au début cela fait simplement pitié. Ensuite, on prend de la hauteur : la caméra filme à vol d’oiseau une mer de maisons de gens pauvres et on découvre le système derrière la misère. Et cela fait froid dans le dos.

    La caméra bouge au rythme des bruits de la ville et de la musique avec ses violons omniprésents. Nos yeux s’accrochent au personnage attachant du jeune Zain. « On n’existe pas », clament les parents, «  on n’a pas de papiers. Nous sommes des moins que rien, des cafards ». Leur seule chance de se faire un peu d’argent et d’avoir une bouche de moins à nourrir, c’est de marier leur fille à un homme du quartier qui pourrait être son père.

    « Capharnaüm », un film à part

    Parce qu’il reçoit des coups au lieu d’une éducation à l’école, Zain entre en guerre contre ses parents. Ce qui fait exploser la cocotte-minute, c’est le mariage forcé de sa sœur bien-aimée. Zain s’enfuit et découvre la misère d’être à la rue. Et nous avec - à hauteur d’enfant, on est confronté au pédophile qui rôde autour des jeunes garçons, à une femme sans papiers éthiopienne prête à abandonner son bébé pour augmenter sa chance d’émigrer, à la filière des passeurs, aux couples à la recherche de bébés bon marché…

    Jusqu’au bout, Capharnaüm, couronné au Festival de Cannes avec le prix du Jury, reste un film à part, avançant par flashbacks, doté d’un message fort et porté non seulement par l’extraordinaire personnage principal, mais aussi par des personnages secondaires, des rôles joués par des gens dont la vraie vie est proche de celle de leur rôle. C’est le cas de Zain Alrafeea dont la famille a entretemps trouvé refuge en Norvège, mais aussi celui du bébé Boluatife Treasure Bankole (Yonas), née en novembre 2015 dans une famille d’immigrés expulsée depuis du Liban, ou de Yordanos Shifera (dans le film Rahil, une Éthiopienne sans-papiers), fille devenue orpheline pendant le tournage… Un film à vivre.

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