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    Afrique

    [Du côté de chez Mandela] Joburg, capitale africaine de la culture

    media Une vue générale de Johannesburg, en Afrique du Sud. Wikimedia/NJR ZA

    En accueillant un monumental musée d’art moderne en 2017, la ville du Cap a frappé fort. Taillé dans d’anciens silos au bord du Waterfront, le spectaculaire MOCAA (Museum of Contemporay Art Africa), financé par le patron de Puma, Jochen Zeist, offre enfin à l’Afrique un site de classe mondiale. Pour autant, il en faudra beaucoup plus pour détrôner Johannesburg de sa position de capitale culturelle du continent.

    C’est en effet vers la ville de l’or que lorgnent dans leur majorité les jeunes créateurs d’Afrique. La concentration des télécommunications, des médias, de la capitalisation boursière a suscité également un mélange des cultures, propice aux débats et au développement de l’art. Nolens volens, la mégapole qu’on appelle Egoli, Joburg ou Jozi est un aimant puissant.

    Déjà, le lieu attire les superlatifs. Il y a deux milliards d’années, une énorme météorite a laissé le plus grand cratère d’impact sur Terre dont le rebord jouxte Soweto. La ville tangente aussi un site hors du commun, celui de Sterkfontein où l’on a découvert 40% des fossiles hominidés de la planète. Est-il vraiment le berceau de l’humanité ? Les indices sont nombreux en ce sens, à commencer par beaucoup de nos vieux ancêtres, comme Mme Ples, Little Foot et tout récemment Karabo (austrolopithecus sediba).

    C’est dans un paysage de savane à peine arborée que la ville est née hier matin, en 1886. Johannesburg n’a pas de fleuve, mais une fabuleuse rivière souterraine, un filon d’or. La forte teneur en métaux du sous-sol explique pourquoi la ville est la plus foudroyée au monde. Ses habitants n’ont pas lésiné pour modeler le paysage. Vu de haut, on aperçoit un incroyable moutonnement d’arbres, au point que la conurbation formée avec Pretoria constitue à ce jour la plus grande forêt artificielle au monde. Par une ironie de l’histoire, on se perd en conjectures sur le Johannes qui a donné son nom au lieu.

    A l’occasion des Saisons Afrique du Sud-France (2012-2013), un excellent guide bilingue français-anglais a vu le jour*, accompagnant l’exposition My Joburg à la Maison rouge à Paris. On y apprend au passage qu’il faut broyer une tonne de roche pour trouver 4 grammes d’or, captés ensuite par une solution de cyanure… Cette terre montée à la lumière n’est pas sans charme. L’évêque Trevor Huddleston a même trouvé certains soirs de la beauté aux terrils jaunes, sans comparaison avec les crassiers d’Angleterre.

    Le livre, qui a fait appel aux écrivains Niq Mhlongo et Ivan Vladislavic, et a mobilisé toute une équipe d’amoureux d’art, brosse un tableau très attractif de la scène artistique. Johannesburg sait récupérer des friches commerciales pour en faire des centres artistiques, voire des quartiers entiers pour leur redonner vie.

    C’est précisément à Maboneng Precinct, un pâté de maisons réhabilitées, que William Kentridge a établi son atelier. L’artiste aux multiples talents fait partie des vingt artistes les plus cotés au monde. Il a commencé par des scènes de townships au fusain pour passer ensuite au dessin animé en noir et blanc, puis aux décors d’opéra, aux marionnettes (on se souvient d’Ubu et la Commission Vérité à Avignon en 1997) et aux installations vidéos (sa fanfare macabre a résonné dans la Grande Halle de La Villette en 2017). Il a une qualité supplémentaire : il est francophone grâce à des études à Paris dans sa jeunesse. Depuis son exposition au Jeu de Paume en 2010, il poursuit un dialogue sur la création artistique avec son ami Denis Hirson (Footnotes for the Panther, Jacana) sur lequel nous reviendrons.

    Le guide montre l’attraction internationale exercée par Johannesburg sur des artistes de la région. La sculpturale Billie Zangewa (et ses broderies géantes) vient du Malawi ; Kudzanaï Chiurai (et ses scènes spectaculaires du Zimbabwe) ; Dorothee Kreutzfedt (et ses personnages esquissés) de Namibie ; Serge Alain Nitegeka (et ses gigantesques chevaux de frise) du Burundi.  On trouve des artistes venus de France (Delphine de Blic), d’Allemagne et d’ailleurs.

    Johannesburg et ses transformations offrent un terrain de choix pour la photo. Ce blog a déjà mentionné Zanele Muholi, et le regretté David Goldblatt, disparu peu après. My Joburg offre la possibilité d’approcher d’autres valeurs sûres, comme Guy Tillim, Santu Mofokeng, Sam Nhlengethwa, Michael Subotzky et Jodi Bieber.

    La ville inspire aussi les naïfs qui la rêve, tel Titus Matiyane, ou ceux qui lui consacrent des affiches subversives, comme Lawrence Lemaoana ou Brett Murray.

    Je garde pour la fine bouche le travail de Mary Sibande. A l’occasion des saisons France-Afrique du Sud, elle était venue exposer au MacVal dans le Val-de-Marne. Dans une démarche visant à rendre justice à sa domestique de mère, elle présente toujours une femme africaine en posture glorieuse, habillée dans une robe somptueuse.

    My Joburg a une vertu supplémentaire, il stimule ceux qui s’intéressent à l’art africain. Ainsi, en 2017, la Fondation Louis Vuitton a exposé un bon nombre d’artistes que nous venons de mentionner.


    My Joburg, guide de la scène artistique, Maison rouge, 2013

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