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    Afrique

    [Du côté de chez Mandela] Livre le plus volé : Biko

    media Steve Biko, un des héros de la lutte anti-apartheid, est mort sous la torture en prison en 1977. SOWETAN FILES / AFP

    Un écrivain ne peut que s’offusquer que l’on vole le fruit de son travail. Certains y voient cependant une reconnaissance de leur talent. Je n’ai pas trouvé de palmarès officiel des livres les plus volés dans le monde. Mais de temps à autre, des revues publient quelques informations piquantes. Ainsi en Grande-Bretagne, en 2009, les pilleurs de librairies préféraient trois guides touristiques à Harry Potter. En 2011, leurs homologues américains indiquaient la préférence des voleurs pour la beat generation : Bukowski, Burroughs et Kerouac étaient les cibles préférées, devant Paul Auster. Interrogés en 2015, les exposants allemands de la Foire de Francfort notaient la disparition de beaucoup de livres pour enfants, ainsi que Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes.

    En France, on se souvient que la librairie « La joie de vivre », fondée par François Maspero en 1957, a dû baisser la grille en 1974, victime de vols à répétition. Certains gauchistes absolvaient le « vol révolutionnaire », car il n’était pas question de gagner de l’argent sur le dos de la révolution. Aujourd’hui, ce sont les livres faciles à dissimuler qui s’évaporent le plus (mangas, policiers, collection Pléiades). Les philosophes Kant et Heidegger ont la cote chez les voleurs.

    On pourra revenir sur ce thème très sérieux (pour la librairie Gibert à Paris, la perte annuelle équivaut à un jour de vente) et cette question : pourquoi un vol de livre est-il considéré moins grave qu’un vol de chaussure ? Mais aujourd’hui, c’est une information venue d’Afrique du Sud qui nous intéresse.

    Dans les bibliothèques universitaires d’Afrique du Sud, le podium des auteurs les plus volés est constitué par trois penseurs noirs, décédés jeunes (et de mort violente pour deux d’entre eux). Il s’agit de Steve Biko (1946-1977), Frantz Fanon (1925-1961) et Malcolm X (1925-1965).

    Un citoyen français dans ce trio ! Fanon, natif de la Guadeloupe, engagé dans l’Armée française de Libération en 1943, puis militant pour l’Algérie indépendante, était-il fier de sa nationalité ? On doit à ce psychiatre une analyse fine de l’urbanisme sous la colonisation, qui conserve tout son sens au pays de l’apartheid géographique. Frappé par une leucémie, Fanon est décédé non loin de Washington.

    Malcolm X, né Little, fut un opposant radical à la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Converti à l’islam, il fut déçu par la modération des hiérarques de sa communauté. Trois membres des Black Muslims, peut-être manipulés par le FBI, l’abattirent lors d’une réunion publique.

    Stephen Bantu Biko n’a pas vécu longtemps, mais il a révolutionné la pensée des Sud-Africains noirs en affirmant que la libération psychique des Noirs devait précéder leur libération politique. Comme Fanon, il a fait des études de médecine. Le père de la « Conscience noire » n’a pas écrit d’ouvrage, mais ses articles et ses conférences ont été rassemblés. Plusieurs chercheurs ont publié les thèses et la biographie de Biko (Lindy Wilson, Hilda Bernstein, Arnold Millard). J’imagine que ce sont ces livres qui ont disparu des rayons des universités sud-africaines.

    La biographie de Biko qui a fait le plus de bruit* est celle de Donald Woods (1933-2001). Je l’ai rencontré furtivement en 1974, alors qu’il dirigeait le Daily Dispatch, un quotidien de Port Elizabeth. Il avait raconté, non sans appréhension, comment les jeunes Noirs de sa région se détournaient de l’ANC et de son approche multiraciale de la lutte anti-apartheid pour choisir un combat africaniste.

    Woods a raconté ses échanges (parfois rugueux) avec Biko. Son livre a connu le succès, surtout après que Richard Attenborough en a tiré le film Cry Freedom. Utile dans sa dénonciation du régime sud-africain, ce film m’a irrité parce que le héros n’était pas Biko, mais Woods. Pourchassé par la police, le journaliste blanc a dû ruser pour s’échapper du pays.

    Steve Biko est mort entre les mains de la police en 1977. En conséquence, l’ONU avait à l’époque renforcé les sanctions à l’égard de l’Afrique du Sud. Lors des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation, vingt ans plus tard, la police a admis sa responsabilité. Mais la famille de Biko, ayant choisi de poursuivre les tortionnaires par la voie judiciaire, n’a pas obtenu de réparation. En l’absence de preuves et de témoins, l’affaire a été close en 2003.

    Quarante ans après son décès, la figure de Biko reste vive en Afrique du Sud. A l’image de Mgr Tutu, beaucoup de personnes favorables à la Conscience noire se sont rapprochées de l’ANC au cours des années 1980. Le parti de Mandela a su s’ouvrir à plusieurs courants de pensée et remporter cinq scrutins d’affilée, tandis que l’AZAPO, parti fondé d’après la philosophie de Biko, n’a jamais obtenu plus d’un député.

    A noter que la compagne de Biko, Mamphela Ramphele, médecin elle aussi, a connu une brillante carrière à la Banque mondiale, puis à l’université du Cap. Sa tentative lors des élections de 2014 s’est soldée par un échec. Son parti n’ayant glané que deux députés, elle s’est retirée du jeu politique.


    Donald Woods, Vie et mort de Steve Biko, traduit par Henry Grégoire, Stock, 1988.

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