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    Cinéma / 22e PÖFF de Tallinn: «Dos Fridas», ou l’Amour plus fort que la mort

    media Ishtar Yasin Gutierrez, réalisatrice costaricienne du film «Dos Fridas», présenté en compétition officielle au Festival du film «Nuits noires» de Tallinn (PÖFF) 2018. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Seul film réalisé par une femme parmi les 19 en compétition officielle au 22e Festival du film « Nuits noires » de Tallinn (PÖFF), en Estonie, Dos Fridas retrace les liens particuliers entre Frida Kahlo et son infirmière du Costa Rica, Judith Ferreto, qui avait pris soin de l’artiste mexicaine durant les dernières années de sa vie. Le long métrage est basé sur une histoire vraie et constitue une sorte d’hymne à l’Amour. « Un Amour plus fort que la mort », souligne sa réalisatrice costaricienne Ishtar Yasin Gutierrez. Entretien.

    RFI : Dos Fridas, présenté en première mondiale ici au Festival « Nuits noires » de Tallinn, n’est pas un énième film biographique sur Frida Kahlo. Pourquoi avez-vous choisi cette figure emblématique du féminisme et de l'anticonformisme comme fil conducteur de votre deuxième long métrage ?

    Ishtar Yasin Gutierrez : A l’âge de 15 ans, j’avais vu El venado herido («Le Cerf blessé»), un tableau de Frida Kahlo peint en 1946. Il s’agit d’un autoportrait de l’artiste, représentée sous la forme d’un cerf. L’animal, qui a le visage de la peintre, est transpercé par des flèches. Frida Kahlo avait la santé fragile, elle avait subi 35 opérations. Pour moi, cette toile reflète vraiment la douleur de la femme. Car jusque-là, la douleur était souvent représentée par un homme, saint Sébastien, attaché à un arbre ou à une colonne, le corps transpercé par des flèches. La sublimation de la douleur, à travers l’art, chez Frida Kahlo - une douleur génératrice de beauté - m’a beaucoup inspiré.

    Tel un miroir, ce tableau m’a permis de construire ma propre identité féminine. J’ai commencé alors une recherche sur Frida Kahlo. Cette quête m’a amenée ensuite à investiguer pendant vingt ans sur son infirmière du Costa Rica. Judith Ferreto était arrivée au Mexique en 1948 pour s’occuper de Frida Kahlo jusqu’à la fin de sa vie en 1954.

    Dans cette recherche, j’ai aussi découvert que Judith elle-même avait eu un accident avec des blessures et des fractures similaires à celles que Frida avait eues quand, en rentrant de l’école en bus, ce dernier avait heurté un tramway en 1925. Et mon film commence par l’accident de Judith.

    Parfois, on a l’impression que les deux personnages fusionnent dans votre film. L’une s’incarne dans l’autre et inversement. Est-ce le sens du titre de votre fiction, Dos Fridas ?

    Absolument. Mais c’est davantage l’infirmière qui veut devenir Frida Kahlo.

    Dans le même temps, il y a à la fois une sorte de dualité et d’union entre les deux femmes. Personnellement, je suis très marquée par la cosmovision que j’ai découverte chez les peuples indigènes au Mexique et dans des cultures anciennes comme en Inde. Citons par exemple Shiva, la déesse de la création et de la destruction, ou encore Ishtar, la déesse de l’amour et de la guerre. La dualité est pour moi un principe fondamental, il n’y a pas de vie sans la mort, de lumière sans l’obscurité. C’est l’unité dans la contradiction, comme chez Frida et Judith.

    Mais je ne préfère pas en dire davantage sur le titre de mon film, car il perdrait tout son mystère. J’aime que le spectateur trouve lui-même ses propres réponses, parce que je crois à l’imagination. L’acte d’imaginer est révolutionnaire, sans limite. Dans l’industrie du cinéma, il y a malheureusement des films qui ne laissent aucune place à l’imagination.

    Votre film est un message d’Amour universel...

    Oui. Un Amour plus fort que la mort ! Cette relation spécifique et cette amitié entre Frida Kahlo et Judith Ferreto demeurent, même après leur disparition. Il faut s’aimer et ne pas penser qu’à soi. Rappelez-vous le film japonais Vivre, d’Akira Kurosawa. Ou encore, sur le même thème, Les Fraises sauvages du Suédois Ingmar Bergman dans lequel un homme va mourir et se rend compte que personne ne va se souvenir de lui, car toute sa vie il a été un égoïste.

    La vie continue indépendamment de nous. Aujourd’hui, je reprends le flambeau en faisant revivre l’histoire de Frida Kahlo et Judith Ferreto. Un jour, d’autres personnes la perpétueront à travers d’autres œuvres. C’est cela aussi le cinéma : un art et un acte d’amour. On communique, on donne son cœur au monde, on élargit la conscience du spectateur.

    Je crois par ailleurs que la création artistique est surtout un acte inconscient. Quand on est en plein dans cet acte, on ne peut pas l'expliquer rationnellement. Le réalisateur chilien Raul Ruiz parlait même d’un « cinéma chamanique ». Il y a une force magique qui se crée lorsqu’on tourne un film. C’est aussi ce que j’ai voulu faire comprendre dans Dos Fridas.

    Bande-annonce du film «Dos Fridas», de la réalisatrice costaricienne Ishtar Yasin Gutierrez


    ▶ Pour en savoir plus sur le 22e Festival du film « Nuits noires » de Tallinn : PÖFF 2018

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