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    Culture

    Le mari de Sylvia Plath

    media Ted Hughes et Sylvia Plath. flickr/summonedbyfells

    La courte vie de Sylvia Plath, la poétesse américaine qui s’est suicidée en 1963, a ému le monde littéraire, et singulièrement le mouvement féministe. La romancière néerlandaise Connie Palmen a recensé pas moins de 24 livres consacrés à la jeune femme, contre un seul à son époux, Ted Hughes. Cet Anglais était, lui aussi, un poète brillant, au point de devenir poète officiel de la Reine. On lui fait porter le blâme du destin tragique de son épouse. Il était stimulant, pour une auteure, d’écrire, vue par le mari l’histoire, de cet amour explosif*.

    Le titre en néerlandais est explicite : C’est toi qui le dis renvoie à la version passionnée et déprimée de cette relation, décrite par Sylvia Plath dans ses centaines de lettres et dans ses poèmes. Même si beaucoup de missives sont parties en fumée dans des accès de désespoir, Connie Palmen ne manquait pas de matériel pour évaluer les six années de mariage du couple emblématique. Elle a su se couler dans la pensée de Ted Hugues avec une facilité remarquable. Un style fluide, des références solides et de subtiles allusions aux poèmes des deux protagonistes fleurissent son récit.

    Ajoutons qu’ayant perdu deux compagnons (le dernier était un dirigeant politique atypique), Connie Palmen était particulièrement à même de ressentir les désarrois de Ted Hughes. En effet, sa seconde épouse, Assia, se suicida six ans après Sylvia Plath, par le même mode opératoire, le gaz.

    Issu d’un milieu modeste, Ted Hughes a connu la gloire dès ses premières publications. Quand elle le rencontre à Cambridge en 1956, Sylvia Plath a déjà l’obsession de la célébrité. Pour preuve cet échange quand il lui demande ce qu’elle veut comme cadeau d’anniversaire. « L’immortalité  », répond-elle. « Je te la donnerai », assure-t-il, sans envisager que ce serait à son détriment.

    « Tous les gens me trouvaient trop protecteur vis-à-vis de ma femme, la jugeaient trop possessive, exigeante et jalouse, et moi, un petit caniche docile », raconte le poète sous la plume de Palmen. Il est interloqué par le goût du risque de son épouse, à cheval ou en voiture. Surtout quand elle lui explique que « la peur de la mort est justement le sel de ces expériences » qui la rendaient « plus heureuse qu’à aucun autre moment de sa vie ».

    Hughes semble s’accommoder des déménagements successifs du couple, des relations difficiles de Sylvia avec sa mère qui vient parfois des Etats-Unis pour loger chez eux. S’installer à la campagne, note-t-il, n’est pas forcément la recherche du calme et de la solitude, mais une démarche de jalousie pour posséder totalement le conjoint.

    Le couple communie sur un point, la création littéraire. On a le sentiment d’un véritable échange, même si Hughes s’étonne de la violence des charges de Sylvia Plath contre son entourage et de ses rêves terrifiants. Il s’enorgueillit de la pousser vers l’émergence de son Moi poétique. L’éclosion surviendra, laborieusement.

    Si la naissance d’une fille contribue à rapprocher les époux, celle d’un garçon arrive lors d’une énième période de tiraillement. Par un triste enchaînement, ce rejeton se suicidera à son tour en Alaska en 2009.

    C’est l’invitation d’un couple d’amis qui précipite le déchirement. David Wevill est un jeune poète, son épouse une séduisante aventurière. Née en Allemagne nazie en 1927, dans une famille juive d’origine lettone, Assia passe son enfance à Tel Aviv. Elle épouse un soldat anglais, puis un économiste canadien, avant de rencontrer Wevill. Son charme naturel et ses yeux noirs provoquent un coup de foudre chez Ted Hughes, réciproque au demeurant.

    Dès lors, Sylvia Plath alterne colères et dépressions. Le terrible dénouement survient au cours de l’hiver 1963, spectaculairement froid.

    Hughes en voudra beaucoup à son ami Al Alvarez, critique littéraire, qui se fit le thuriféraire de son épouse. Palmen glisse cette phrase d’Oscar Wilde, selon laquelle les grands génies ont leurs disciples, mais c’est toujours Judas qui rédige leur biographie.

    Accusé d’avoir brutalisé Sylvia dans les derniers mois de sa vie, Hughes a subi l’opprobre des féministes. La plaque, sur la tombe de Sylvia Plath-Hughes, a été régulièrement vandalisée par le fait de rayer son second patronyme.

    La notoriété de Sylvia Plath et de sa « poésie confessionnelle » émerge en 1965 après la publication posthume de ses poèmes, pilotée par Hugues. De surcroît, le suicide d’Assia a renforcé la mauvaise image du poète. Elle partageait pourtant son goût de la poésie (elle a traduit Yehuda Amichaï, le grand poète israélien), mais se désolait que Hugues ne porte pas beaucoup d’attention à leur petite fille. Assia a entraîné leur enfant dans son suicide.

    Sur son amour pour Sylvia Plath, le poète est resté longtemps silencieux. Avant de mourir en 1998, il a fait paraître le recueil Birthdays Letters où il évoque leur relation. La patine du temps, le choix des métaphores et une pointe d’humilité ont valu à Hugues des critiques louangeuses.

    Connie Palmen, dont le prénom est une abréviation d’Aldegonda, collectionne les prix littéraires aux Pays-Bas. Nul doute que cette plongée en mer psychologique lui vaudra des récompenses internationales.


    *Connie Palmen, Ton histoire, mon histoire, traduit par Arlette Ounanian, Actes Sud, 2018.

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