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    Culture

    [Littérature du monde] Géorgie: Take me to your daddy's farm

    media Couverture du roman «Mon doux jumeau» de Nino Haratischwili (capture d'écran). buchetchastel.fr

    Depuis des lustres que je consulte l’annuaire diplomatique français, en toute fin de liste alphabétique apparaît toujours le nom de Salomé Zourabichvili. Un patronyme qui fleure bon la Géorgie, les neiges du Caucase, la mer Noire et les vins les plus anciens. J’ai donc suivi de loin en loin sa carrière d’ambassadrice, son entrée surprenante au gouvernement géorgien en 2004, et, fin 2018, son intronisation comme présidente du pays. Un parcours peu banal, à l’image de sa cousine Hélène Carrère d’Encausse, née Zourabichivili, aujourd’hui secrétaire perpétuelle de l’Académie française.

    L’élection de Salomé Zourabichvili à la tête de la Géorgie est le fruit d’un parcours complexe. Nommée ministre des Affaires étrangères en 2004, elle en est éjectée l’année suivante, une manœuvre qu’elle attribue à la Russie. Après des années dans les circonvolutions de la politique locale, elle parvient à se faire élire députée de Tbilissi, avec un score qui lui permet tous les espoirs. C’est d’ailleurs avec près de 60% des voix qu’elle est portée à la magistrature suprême l’année suivante. Mme Zourabichvili a raconté son cheminement dans plusieurs livres (dont Une femme pour deux pays, Grasset, 2006).

    A la tête d’un pays peuplé de 3,7 millions d’habitants, tiraillé depuis deux millénaires entre les empires perse, turc et russe, la présidente devra déployer des prouesses pour mettre en valeur son pays sur l’échiquier géopolitique. Deux provinces sécessionistes, soutenues par la Russie, poursuivent leur dérive centrifuge.

    Mais comment fait-on pour s’initier à la littérature géorgienne ? L’ordinateur a tendance à offrir spontanément Margaret Mitchell et Erskine Calder, du côté d’Atlanta. La Géorgie, perle du Caucase, est un exonyme : les habitants appellent leur pays Sakartvelo. Une émission de la télévision Arte a fourni un éclairage intéressant sur les écrivains géorgiens, même si elle donnait l’impression que toute la jeune génération avait élu domicile en Allemagne.

    Parmi les titres proposés, j’ai choisi un roman de Nino Haratischwili*, née à Tbilissi en 1983, résidant à Hambourg, écrivant en allemand et lauréate de trois prix littéraires.

    De fait, la partie du roman se déroulant en Géorgie est plutôt mince, à savoir le dernier quart du livre. On y trouve de belles pages sur Tbilissi, la capitale, et quelques descriptions du conflit en Abkhazie, attisé par la Russie. La narratrice, Stella, est d’origine géorgienne, mais elle vit à Hambourg avec son mari et leur petit garçon. Sa vie est bouleversée par l’arrivée d’Ivo. Il a été recueilli, enfant, par le père de Stella, et donc élevé avec elle. A l’adolescence, une relation amoureuse est née, suivie de plusieurs rebondissements, au gré des reportages d’Ivo et des dépressions de Stella. Cette fois-ci, Ivo cherche à convaincre Stella de revenir au pays.

    L’auteure offre un style efficace, souple, alliant le sens des formules et les belles métaphores. Exemples des premières : « Les efforts d’émancipation de ma mère cédèrent devant la bourgeoisie, et Père sacrifia sa carrière socialiste à celle de son phallus. »  « La nostalgie finit toujours par supplanter l’amour ». Echantillon des secondes : « Mon amour pour lui était comme ces vins rares et précieux qu’on n’arrive pas à ouvrir, on garde la bouteille, on veille sur elle, on se réjouit secrètement de la boire, mais on en remet sans cesse la dégustation à plus tard, gardant le vin pour une occasion particulière qui ne se présente jamais, parce qu’aucune n’est assez bonne pour lui. » La bouteille finit donc par se casser, le vin est à jamais perdu.

    En revanche, les retours en arrière entre différentes périodes du passé rendent la lecture compliquée. On se rassure à moitié : au bout du cheminement, Stella finit par saisir la genèse de ses problèmes. Mais guérira-t-elle ? « Je cherche l’eau de la vie. Cette chose infinie, douce, profonde, lourde, qui porte tout. La mer. »

    On comprend que les jeunes Géorgiens, projetés dans le XXI° siècle, ont du mal à gérer un passé difficile, un présent chaotique, un avenir incertain. Du temps de l’Union soviétique, l’économie de la république était cantonnée à l’agriculture. On se souvient que la chanson des Beatles, Back in the USSR, se référait à ce pays rural. Un clin d’œil à la riche Colchide de l’Antiquité ? Tbilissi cherche à diversifier son économie, en misant sur le tourisme.

    Membre du Conseil de l’Europe depuis 1999, la Géorgie cherche à se rapprocher de l’Union européenne sans envenimer des relations conflictuelles avec son grand voisin russe. Est-ce pour avancer sur ce chemin étroit qu’il a porté à sa tête une diplomate française ?


    Nino Haratischwili, Mon doux jumeau, traduit par Dominique Venard, Libella/Maren Sell, 2015

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