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    Europe

    «La vie brève de Jan Palach», le héros national tchèque immolé par le feu

    media Le 24 janvier 1969, le peuple de la Tchécoslovaquie rend hommage à Jan Palach, sur la place Venceslav à Prague, le même lieu où le jeune étudiant tchèque s’est immolé par le feu le 16 janvier 1969. GERARD LEROUX / AFP

    Ne jamais se résigner. Le 16 janvier 1969, le jeune étudiant tchèque Jan Palach, 20 ans, s’immole par le feu sur la place Venceslas à Prague. Son acte ultime fait de Palach un héros national, un symbole de la lutte contre l’occupation soviétique. L’écrivain français Anthony Sitruk s’est inspiré de sa biographie pour en faire un essai romancé : « La vie brève de Jan Palach ». Interview.

    RFI : Pourquoi s’intéresser à la vie de Jan Palach ? Quel était pour vous le déclic, le point de départ ?

    Anthony Sitruk : C’est un personnage que je trouve fascinant et très romanesque. C’est vraiment un sujet fabuleux pour un roman. Pour moi, le déclic, c’était la découverte d’un documentaire, il y a plus de vingt ans, qui s’appelait Palach, mourir pour la liberté et que j’ai découvert totalement par hasard. Ça a été fascinant immédiatement, bouleversant au point que je culpabilisais presque d’avoir une vie si confortable pendant que d’autres pouvaient faire des actes inouïs tels que celui-là. C’est comme ça que ça s’est fait. Après il y a eu une longue maturation de plus de vingt ans pour ce livre.

    Le deuxième déclic s’est fait lors de mes vacances à Prague, en 2009, totalement par hasard. Ça a été un choc. Je me suis dit : « quel serait le prochain sujet de mon deuxième roman ? Ce serait Palach. Sous quelle forme, je ne sais pas encore, mais il sera un des personnages de mon roman ».

    En découvrant, par bribes, cette « vie brève » de Jan Palach, qui n’avait que vingt ans au moment où il s’est immolé par le feu à Prague, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans son destin ? En quoi était-il différent ?

    Jusqu’à sa mort ou, plus exactement jusqu’au 16 janvier 1969, le jour de son immolation, c’est un étudiant comme un autre. Il est peut-être un peu plus intelligent ou un peu plus politisé que la moyenne, mais il ne sort pas du rang jusque-là. Il manifeste comme les autres, il se passionne pour le Printemps de Prague, il distribue quelques tracts de Soljenitsyne, mais ça ne va pas plus loin. Le 16 janvier 1969, il s’immole par le feu sur la place Venceslas. Il devient plus qu’un héros, un mythe à ce moment-là. Il meurt trois jours plus tard. Et ce qui est romanesque, fort, incroyable, c’est que c’est ici que son histoire commence. Elle va continuer pendant deux décennies et même au-delà. Même aujourd’hui, on a de nouveaux monuments et de nouveaux films qui sont tournés sur lui. En tout cas, pendant deux décennies Jan Palach revient fréquemment sur les lèvres et dans les esprits des gens, malgré lа chape de plomb qui s’abat sur la Tchécoslovaquie et sur la famille de Palach.

    Pourquoi lui ? Il y a eu d’autres immolations par le feu, d’autres destins brisés par ces événements de 1968. Pourquoi Jan Palach marque-t-il un tournant et devient-il le symbole de cette invasion soviétique ?

    Il est là au bon moment et au bon endroit, à la place Venceslas. C’est la plus grande place, il est 15h, un jeudi après-midi, les gens sont sortis du travail. Si on prend le cas de Ryszard Siwiec, un Polonais qui s’immole en septembre 1968 en réaction contre l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. Lui, il le fait pour protester contre cette invasion. Il y a dix mille personnes dans le stade où il s’immole, et malgré tout on l’oublie. Pourquoi, est-ce qu'on n’oublie pas Palach ? Il sait qu’à lui tout seul il ne va pas faire sortir l’armée étrangère de son pays. Au lieu de s’immoler contre l’invasion et de demander le retrait des troupes, il demande à la population de se réveiller. Il culpabilise tout le monde en disant : « Vous, vous êtes résignés, vous êtes indifférents à ce qui arrive, vous avez repris votre petite vie ». Toute la société tchécoslovaque à l’époque est entièrement culpabilisée par cet acte. Elle se sent responsable d’un jeune homme de vingt ans.

    Vue générale du cortège funèbre de Jan Palach, le 25 janvier 1969, dans les rues de Prague. Le jeune étudiant s’est immolé par feu pour protester contre l’occupation soviétique. AFP

    Comment cette culpabilité se manifeste-t-elle ? Quelle est la réaction immédiate de la société tchécoslovaque après sa mort ?

    Il y a un documentaire de Raymond Depardon qui est tourné à Prague à ce moment-là et dans laquelle une jeune femme parle de « cortège de la culpabilité » qui accompagne Palach lors de ses obsèques. Donc, le sentiment de culpabilité est là immédiatement. Et puis, la population prend peur. Jan Palach, dans sa lettre, signe « torche numéro une » et il indique qu’un groupe d’étudiants est prêt à suivre son exemple. Dans la société tchécoslovaque, c’est l’effroi le plus total. La police et l’État sont eux-mêmes en alerte maximale pour trouver qui sont ces autres étudiants. Quand cette lettre a été diffusée dans toute la ville de Prague, on se dit que son fils ou sa fille peut être le suivant.

    Vous parlez également de votre propre culpabilité. Ce n’est pas une biographie classique, mais un essai romancé où vous parlez aussi de vous-même, de ce gouffre qui existe entre l’Ouest et l’Est et vous vous questionnez sur cette culpabilité que vous portez en vous. Pourquoi se sentir coupable ?

    Je me sens privilégié dans la vie que j’ai eue. J’ai une vie classique : j’ai vécu en banlieue, je suis allé à l’école, je suis parti en vacances, j’ai bien mangé, je n’ai jamais subi une invasion, je n’ai même pas fait mon service militaire qui était arrêté avant même que j’y aille. Par rapport à Jan Palach, mais aussi par rapport à mes parents et mes grands-parents, par chance, je n’ai rien vécu de tout cela. Aujourd’hui, ok, je n’ai pas à combattre une invasion, mais avec tous les mouvements actuels qu’on voit aujourd’hui dans la société, toute l’actualité autour de ce mouvement des « gilets jaunes », il y a eu pendant un certain temps de ma part et de la part de tout le monde une résignation, une léthargie qui a fait qu’on avait accepté certaines choses inacceptables. Il faut se réveiller. Certains vont manifester dans la rue. Moi, je me suis dit : « comment me réveiller ? Que peut donner cet éveil ? » Ce livre a été ma façon à moi de manifester.

    Cet acte ultime de Jan Palach joue-t-il toujours un rôle dans la société tchèque actuelle ? Est-ce qu’il n’est pas oublié ?

    Même au-delà de la société tchèque il est très présent. On le voit beaucoup sur les réseaux sociaux. Dès qu’il y a une personne qui va faire un acte de révolte ou de rébellion, on parle de Jan Palach, y compris en France. Il y a eu un concert la semaine dernière à Vérone en hommage à Jan Palach. Pour revenir à la République tchèque, c’est le héros local. L’historienne Kathryn Murphy disait que les trois noms qui étaient pour le peuple tchèque synonymes de la liberté et de la démocratie, c’étaient Jan Hus qui était mort en 1415, Jan Opletal mort en 1939 et Jan Palach, et que ces trois-là se rejoignent à travers les siècles. C’est un héros comme nous en France on n’en connaît plus. Pour avoir vu le programme qui est prévu à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, il y a quatre à cinq jours de commémoration, non seulement à Prague, mais également dans d’autres villes, notamment à Mělník où il y avait son lycée et à Všetaty où il est né. C’est un héros qu’on va célébrer pendant une semaine.

    Le 24 janvier 1969, le peuple de la Tchécoslovaquie rend hommage à Jan Palach, sur la place Venceslav à Prague, le même lieu où le jeune étudiant tchèque s’est immolé par le feu le 16 janvier 1969. GERARD LEROUX / AFP

    En France, d’ailleurs il n’est pas vraiment connu…

    En France, déjà à l’époque de la chute du mur et de la fin de l’ère soviétique, j’avais un professeur qui nous a dit : « vous ne tomberez pas là-dessus au bac, parce que nous-mêmes on n’y comprend rien ». Tout ce qui était 1989, révolution, Jan Palach, Printemps de Prague, etc., en France on n’y comprenait rien. On connaît le nom de Jan Palach, on sait à peu près ce qu’il a fait, mais on mélange tout, on confond le Printemps de Prague avec l’invasion du mois d’août.

    Deux bustes de Jan Palach ont été érigés à Béziers et dans un campus universitaire de Dijon. Mais on n’a pas à Paris de place Jan Palach, malgré les relances de l’ambassadeur tchèque. On en a ailleurs : par exemple à l’île Maurice il y a une gare Jan Palach. Je ne parle même pas de l’Italie, de la Grande-Bretagne ou de la Suisse où il y a des monuments et des places Jan Palach.

    Comment l’histoire de Jan Palach a-t-elle influencé l’art par la suite ?

    Je me demande si l’immolation fondatrice ne serait pas celle du moine Thich Quang Duc qui s’est immolé à Saigon, en 1963. Il y a une photo de Malcolm Browne (correspondant à Saigon de l’agence Associated Press) qui a fait le tour du monde, qui a eu le prix Pulitzer. Cette photo est vraiment restée. Jan Palach, on n’a aucune image de lui. On a même très peu d’images de lui avant sa mort, quelques secondes seulement.

    J’ai trouvé plusieurs romans qui font allusion à Palach. Il y a des romans de Vaclav Havel, ancien président tchèque. Il y a un roman qui s’appelle L’été à Prague qui fait de Jan Palach un personnage que le héros croise au détour d’une université. Il y a une série télé tournée en 2012 et diffusée sur Arte en 2014. Il y a eu un film l’année dernière. Il y a des biographies, des musées, des expositions. Il est là constamment.

    Peut-on comparer le début du Printemps arabe et l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi avec l’immolation de Jan Palach ?

    Pour moi, il y a deux grandes différences. L’immolation par le feu de Jan Palach clôture une révolution. À partir du moment où il s’immole, paradoxalement, au lieu de renforcer la révolte de la population, son acte contribue à l’endormir. Les gens se disent : « si je veux faire sortir les militaires de mon pays, il faut que je sois prêt à mourir ». Donc, beaucoup ont eu très peur.

    Mohamed Bouazizi en Tunisie disait quelques jours avant de mourir : « on me force à vivre comme un rien, je ne peux pas vivre, ce n’est pas possible ». Son acte est extrêmement désespéré. Il n’a pas la volonté de réveiller un peuple. Là où Jan Palach se sacrifie pour le faire. Le geste de Jan Palach est porteur d’espoir.

    Qu’est-ce que Jan Palach vous a-t-il appris ?

    Ne pas se résigner. Je pense que le message de Jan Palach n’est pas de se lever, de prendre les armes et de faire face à un char. Je pense qu’il sait que nous n’en sommes pas tous capables. En revanche, il nous dit de ne pas nous résigner. Je ne peux pas me résigner face à des choses injustes que j’entends à la télévision, les choses que je lis, qui pourraient arriver demain dans mon milieu professionnel. Je ne peux pas me dire « c’est comme ça ». Je l’entends trop : « c’est comme ça ». Jan Palach était contre. C’est ce que je retiens de son message.

    Anthony Sitruk, l’auteur de « La vie brève de Jan Palach », publié par les éditions Le Dilettante. Alexandre Toukaeff

     Anthony Sitruk : La vie brève de Jan Palach, éditions Le Dilettante, 192 pages.

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