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    Moyen-Orient

    Iran: Faranguis Habibi raconte la Révolution, l’exil et la quête identitaire

    media Faranguis Habibi, journaliste iranienne et écrivain. EM/RFI

    Féministe, sociologue de formation, adjointe puis chef de service à la rédaction persane de RFI de 1991 à 2011, l’Iranienne Faranguis Habibi a quitté son pays deux fois. Une première fois avant la Révolution et une deuxième fois en 1987, de manière définitive, fuyant la guerre Iran-Irak et les bombardements quotidiens de Téhéran. La journaliste a fui aussi le régime des mollahs arrivé au pouvoir en 1979. Dans son livre autobiographique, La guerre m’a parlé de loin, qu’elle vient de publier à l’occasion du quarantième anniversaire de la Révolution iranienne, Faranguis Habibi retrace son parcours d'exilée, remémorant ses rêves et ses ambitions d'antan.

    « Je pars sans cœur. Je le laisse dans tes mains, dans tes yeux, au creux de ton corsage, dans tous les coins de ta chambre », écrivait il y a 70 ans un jeune Iranien à son épouse, en partant pour une mission de plusieurs mois, sans doute à l’étranger. Ce jeune homme était le père de Faranguis Habibi, l’auteure de La guerre m'a parlé de loin, un magnifique récit de souvenance et d’exil qui paraît ces jours-ci aux éditions Stock.

    La découverte par la narratrice-auteure de la lettre d’amour de son père, en rangeant la maison familiale à Téhéran, au lendemain de la disparition de sa mère, est sans doute l'un des plus beaux passages de ce livre. La scène émeut par le désespoir que suscite chez la jeune femme cette découverte inattendue, et à travers elle la découverte d’un pan de l'histoire familiale, inconnu d’elle jusque-là. « Ces mots si frémissants, si proches, si libres sont-ils écrits de la main de mon père il y a soixante-dix ans, s’étonne l’auteure ? […] J’ai envie de pleurer pour cette douleur d’amour. J’ai envie de crier, de courir, de les rattraper, ces parents que je sens inexorablement avoir perdus une deuxième fois. […] Pourquoi n’était-il question entre eux que d’admiration respectueuse, de dévouement, d’affinité morale ? Pourquoi n’avons-nous rien su de cette franche jubilation amoureuse ? »

    Jubilation de la découverte

    La jubilation poétique, émaillée de douleurs de la perte et de l’éloignement, est aussi peut-être ce qui définit le mieux l’ouvrage que nous propose Faranguis Habibi. La guerre m’a parlé de loin s’inscrit dans le vaste corpus de lalittérature de la diaspora iranienne, composée de récits d’évocation du pays natal et des circonstances de départ, souvent racontés sur le mode autobiographique, sans passer par la médiation de la fiction. C’est le cas du livre de Faranguis Habibi qui met en scène son propre parcours sous forme de chroniques brèves. Celles-ci sont rapportées à la première personne et sont reliées entre elles par des thèmes communs du départ, de l’arrivée et de la réinvention de soi. Il s'agit d'un processus de reconstruction identitaire, forcément complexe, qui passe par l’acquisition par l'exilée de la langue du pays d’accueil, en l’occurrence lefrançais.

    Le récit s’ouvre sur les premières leçons à l’Alliance française. Joie et embarras. La langue est un labyrinthe dans lequel la narratrice-personnage se perd parfois, mais finit par retrouver son port d’attache grâce à son « Larousse bien aimé » et les souvenirs lointains de l’enfance qui fut bercée par des lectures de contes par un père amoureux de Victor Hugo et de La Fontaine.

    La confrontation avec les énigmes de la nouvelle langue a en effet quelque chose de jubilatrice, mais elle est aussi source d’interrogations et de questionnements. Comme, par exemple, lorsque la narratrice s'aperçoit que les termes français désignant la découverte de l’amour sont très en-deça des émotions que ses propres rencontres amoureuses suscitent chez elles. « En français, s’écrie-t-elle, on dit tomber amoureux. Mais moi, je ne tombe pas, je m’envole, légère comme un papillon. Mon cœur pétille. En persan, il y a une vingtaine de mots pour décrire l’être aimé : celui qui adhère au cœur, qui dérobe le cœur, qui siège dans le cœur, qui illumine le cœur, qui enflamme le cœur…  »

    Renaître à Paris

    Il n’est sans doute pas accidentel si l’un des premiers exercices de langue que la jeune narratrice doit effectuer consiste à chercher les différentes déclinaisons du préfixe « re ». « Re » comme dans « repartir », « retourner » ou « recommencer ». La recherche effectuée sur les différents emplois de ce préfixe renvoie le personnage à sa propre expérience de renaissance. L'amour aidant, Faranguis renaît à Paris, loin des siens.

    L'auteure de La guerre m'a parlé de loin a quitté l’Iran pour Paris une première fois en 1966 pour venir faire des études de français et de sociologie, puis une deuxième fois en 1987 pendant la guerre Iran-Irak, fuyant les bombardements qui menaçaient sa vie et celles de ses enfants.

    Le livre raconte aussi la chute du régime du shah et l'éclatement de la Révolution islamique. Ensuite, les lendemains qui déchantent prenant au dépourvu ceux qui avaient cru aux promesses des mollahs d’instaurer plus de démocratie et de libertés. Balivernes tout cela, mais la jeune Faranguis y avait cru. De retour à Téhéran après le départ du shah en 1979, comme beaucoup de ses compatriotes exilés, la jeune femme nourrit des rêves et de grandes ambitions. «  Pendant ces premières semaines de la Révolution, je voyais l’Iran comme un matin de printemps, fleuri, festif et plein de promesses. Toutes les manches étaient retroussées », se souvient-elle. Mais la fête sera éphémère. Elle prend fin avec la prise en main du pays par lesayatollahs.

    «  J’écris, donc je suis  »

    Les femmes furent peut-être, raconte la narratrice, les principales perdantes de ce changement de régime. Elles avaient participé avec enthousiasme à la Révolution, mais dès que l’ancien régime est tombé, elles ont été priées de rentrer chez elles pour s’occuper de leur maison et de ne pas sortir sans avoir mis le voile. « Durant ce premier printemps, écrit-elle,  j’étais comme des millions d’autres, amoureuses de la Révolution, et à mille lieues de penser que, quelques mois plus tard, nous recevrions des coups de gourdins pendant nos manifestations contre l’interdiction des journaux, que nous nous ferions traiter de putes ou de maquereaux lors des marches contre le foulard obligatoire ».

    Féministe et sociologue de formation, Faranguis Habibi avait déjà analysé, dans un article de recherche publié il y a quelques années, les enjeux anti-féministes de la Révolution de 1979. « Aujourd’hui, il apparaît clairement que l’un des enjeux premiers de la Révolution était le statut de la femme du nouveau pouvoir, des mesures discriminatoires à son égard sont mises en place : voile obligatoire, droits familiaux islamiques et loi pénale religieuse où l’infériorité de la femme est arbitrairement imposée », expliquait-elle dans son étude. Elle avait poursuivi sa démonstration en racontant comment cette exclusion de la femme par les mollahs du paysage social a été à l’origine d’un « foisonnement » littéraire inédit en Iran. Et d’ajouter : « De nombreuses femmes ont pris la plume et c’est comme si elles disaient : " J’écris, donc je suis ". Elles s’interrogent sur leur identité, leurs souffrances, leurs amours, leurs peurs et sur le chemin à parcourir pour se sentir accomplies  ».

    La guerre m’a parlé de loin est, lui aussi, le produit de ce processus de défoulement aussi sociologique que littéraire, à l’œuvre en Iran comme parmi sa diaspora. Ici, « être » et «  écrire » se rejoignent grâce à la légèreté et la puissance d'évocation de Faranguis Habibi. Son écriture est impressionniste : elle fait cohabiter les scènes de vie quotidienne à Paris et la Perse éternelle, dans un français refondé avec des images et métaphores venues de loin. On quitte ces pages le cœur « illuminé », « enflammé », car il nous est désormais interdit de tomber banalement amoureux.


    La guerre m’a parlé de loin, par Faranguis Habibi. Collection « Puissance des Femmes », éditions Stock. Paris, 170 pages, 17,50 euros.

    ►Notre dossier sur les « 40 ans de la Révolution islamique en Iran »

    L'interview de Faranguis Habibi en persan

    Dossier complet sur les 40 ans de la Révolution islamique en Iran sur notre site en persan  

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