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    Culture

    «Comment l’Empire romain s’est effondré», par Kyle Harper

    media Détail de la couverture du livre de Kyle Harper: «Comment l’Empire romain s’est effondré». Éditions La Découverte

    Kyle Harper est professeur d’histoire à l’université d’Oklahoma. Avant de s’intéresser à l’histoire des maladies et du climat, il a étudié celle de l’esclavage et la sexualité à la fin de l’Empire romain. Il a montré, à la suite de Foucault, que la christianisation a profondément changé le rapport au désir. Riche de ces apports et d’une solide formation classique, il livre dans son nouvel ouvrage une lecture profondément nouvelle de la chute de l’Empire romain.

    C’est une des dates incontournables pour qui s’intéresse à l’histoire en Occident, marquant le passage entre l’Histoire antique et l’Histoire médiévale. Le 4 septembre 476, Romulus Augustule abdique. L’Empire romain d’Occident a cessé d’exister. Celui d’Orient, dont la capitale est Constantinople, lui survivra pendant près de 1 000 ans, avant de s’effondrer à son tour sous les coups des Ottomans, en 1453.

    La chute de Rome était-elle inéluctable ?

    Depuis quatre siècles, l’Empire s’étend du Proche-Orient à l’Espagne, de la mer Rouge au nord de l’actuelle Angleterre, avec une unité inégalée à une telle échelle, et pour une telle longévité. La plupart des historiens, des écrivains et des dramaturges ont porté leur intérêt sur la période de la République et sur ce que la terminologie française nomme depuis le XVIIIe siècle le Haut-Empire. Le Bas-Empire, qui commence entre la fin du IIe et la fin du IIIe siècle de notre ère, est classiquement associé à une réorganisation du pouvoir vers un régime absolu et dans l’imaginaire collectif à une idée de décomposition.

    L’historien anglais Gibbon, qui rédigea à la fin du XVIIIe siècle son Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, a durablement insufflé dans les esprits l’idée d’un peuple romain ayant peu à peu remis le contrôle de ses frontières entre les mains de mercenaires et son pouvoir à des empereurs issus des minorités de l’Empire. On la retrouve pratiquement intacte dans un livre récent et d’agréable lecture, Le jour des barbares, d’Alessandro Barbero, racontant par le menu la bataille d’Andrinople, le 9 août 378, quand refoulés à l’intérieur des frontières de l’Empire, les « réfugiés » goths se transforment soudain en envahisseurs.

    Cette vision décliniste de l’histoire, où la fin de chaque Empire semble programmée comme celle d’un être vivant, n’a guère de valeur scientifique. Pour l’Empire romain, la question essentielle est moins celle d’une fin supposée inéluctable que celle de son exceptionnelle durée, dont le monde aujourd’hui, par l’extension mondiale des langues latines, la force de l’Église catholique ou l’héritage du droit romain, porte partout la trace. En France, Henri-Irénée Marrou a ainsi choisi dès 1977 de renverser la problématique avec son livre Décadence romaine ou Antiquité tardive ?.

    Le froid et la peste, autant que les barbares

    En ce début du XXIe siècle, les historiens ont, pour repenser cette période, des outils de lecture scientifiquement renouvelés des sources écrites et archéologiques. C’est ainsi que l’historien Kyle Harper entreprend de raconter l’effondrement de l’Empire romain en s’appuyant sur des découvertes fondamentales concernant l’histoire des maladies et du climat. Bien sûr, à l’heure des grandes épidémies mondiales et du dérèglement climatique, l’intérêt pour ces facteurs semble s’expliquer par nos peurs actuelles, au même titre que les « invasions barbares » font pesamment écho aux fantasmes du « grand remplacement ».

    Ce serait pourtant inverser les causes et les conséquences. En effet, c’est précisément la nécessité de comprendre les mécanismes des phénomènes environnementaux et épidémiques qui ont permis des progrès énormes dans la connaissance de l’évolution du climat et dans l’histoire des maladies, dont les historiens de l’Antiquité ont bénéficié par rebonds. Que Rome se soit de nouveau effondrée en 476 importe peu. Il est plus important de comprendre pourquoi elle ne s’est jamais relevée de cette ultime crise. Moins d’un siècle plus tard, la peste de Justinien allait emporter la grande majorité des habitants de Constantinople, mettant un terme à toute possible reconquête de l’Empire. La planète entrait alors dans un petit âge glaciaire.

    Saisir l’histoire humaine dans sa complexité

    La force de l’ouvrage de Kyle Harper est de faire une synthèse des connaissances classiques et contemporaines sans jamais céder au déterminisme. Il s’inscrit dans la lignée de grands livres récents qui, en partant de l’histoire du climat, ont permis par exemple de relier différents phénomènes planétaires de l’année 1816 à la gigantesque éruption du volcan Tambora (Gillen d’Arcy Wood, L’Année sans été, La Découverte, 2016) ou encore des famines simultanées sur trois continents à la fin du XIXe siècle et leurs conséquences sur le sous-développement (Mike Davis, Génocides tropicaux, La Découverte, 2006).

    Benoît Rossignol écrit dans la préface du livre de Kyle Harper : « En considérant l’histoire environnementale, il importe de reconnaître la blessure narcissique qui nous est à nouveau infligée. Galilée nous avait expulsés du centre du cosmos, Darwin du sommet de la création et Freud avait jeté le trouble sur notre existence en tant que sujets, mais voilà désormais que l’histoire échappe au monopole humain. »

    Pourtant cette vision d’une nature capable d’ébranler les civilisations les plus puissantes remonte au moins, elle aussi, au XVIIIe siècle, quand Voltaire et d’autres perçoivent que l’Empire portugais ne se relèvera pas du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755. Puisqu’il fallut bien plus d’un événement, naturel ou humain, pour mettre fin à la domination de Rome, il est heureux de lire ce livre qui rétablit de manière élégante et limpide la grande complexité du monde.

    Kyle Harper, Comment l’Empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, La Découverte, 2019. Préface de Benoît Rossignol.

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