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    Europe

    «Oser la peinture», les motifs allemands de Markus Lüpertz

    media Sculptures peintes de Markus Lüpertz dans le parc de la propriété Caillebotte, à Yerres, installées dans le cadre de l’exposition « Oser la peinture ». Siegfried Forster / RFI

    Moins connu, mais aussi radical que ses contemporains Gerhard Richter ou Georg Baselitz, l’artiste allemand Markus Lüpertz pense l’art comme il respire. Pour lui, la peinture est une affaire sans compromis ni concession possible : « le seul sujet de la peinture est la peinture ». Né en 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale, il se confronte depuis toujours avec ses créations à l’histoire et à l’histoire de l’art. Une exposition dans un lieu idyllique, la propriété Caillebotte à Yerres, près de Paris, retrace son parcours, des années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Entretien avec la philosophe de l’art Danièle Cohn, commissaire de l’exposition « Oser la peinture ».

    RFI : Qui est Markus Lüpertz ?

    Danièle Cohn : C’est un grand peintre allemand qui produit encore beaucoup de tableaux, comme cette exposition le montre. Il fait partie d’une constellation d’artistes absolument glorieuse, à côté d’Anselm Kiefer, Georg Baselitz, Jörg Immendorff, A.R. Penck et Gerhard Richter. Il s’est installé dans la peinture tout en étant aussi à la fois sculpteur et poète. Il a développé des activités multiples comme la décoration et la mise en scène de théâtre. Il a choisi la peinture contre un certain avant-gardisme tout en contribuant à porter la peinture dans sa modernité. C’est un peintre qui travaille la question du motif d’un point de vue non pas formaliste, mais dans un rapport à la forme. Il se rangerait plutôt à côté d’une abstraction avec figure. Même s’il a été assimilé aux Neue Wilden (Nouveaux Fauves), ce n’est pas vraiment un néo-expressionniste. Il combine l’œil et la main, dans une grande tradition germanique. Il a choisi de pratiquer une peinture d’histoire qui n’est pas obsédée par le passé allemand, mais dans laquelle la cicatrice du passé allemand tient et tient comme peinture.

    ► Lire aussi : La Maison Caillebotte, nouveau haut lieu de l’impressionnisme

    Vous présentez des dessins, des toiles, des sculptures. Quel est l’enjeu de cette exposition ?

    C’est de montrer que la hiérarchie des beaux-arts et la hiérarchie des genres n’existent plus aujourd’hui, mais qu’on peut défendre la multiplicité de ces options en tant que peintre. L’autre enjeu est de faire comprendre qu’il y a une manière de dire que le seul sujet de la peinture est la peinture elle-même. C’est la voie qu’a choisie Markus Lüpertz à travers une mise en scène constante par la variation et la répétition d’un motif qui est affaibli symboliquement et renforcé plastiquement.

    Vue de « Nus de dos » (2006), de Markus Lüpertz, à l’exposition « Osons la peinture », à Yerres. Siegfried Forster / RFI

    Pour vous, la peinture de Lüpertz, c’est du motif. Lui-même insiste beaucoup sur les « motifs allemands ». Qu’est-ce qu’un motif allemand ?

    Un motif allemand, c’est un « Stahlhelm », un casque d’acier, un képi d’un soldat de la Wehrmacht, ou des morceaux, parce que, comme toute sa génération, il est pris par la question de la ruine. Une ruine ne pas dans le sens d’une ruine, mais dans le sens d’un trumeau. On vit dans un monde où il y a des restes. Ces restes ne sont pas négatifs, mais on en fait quelque chose d’autre. Donc il faut transformer le trumeau en œuvre d’art.

    Vous vous trouvez devant un tableau de 1964 de Markus Lüpertz. Pourquoi Dithyrambe – planant est-il emblématique pour ses années de début ?

    On voit un être bizarre qui est certainement plus familier aux jeunes générations qui regardent de la science-fiction et du cinéma hollywoodien. Je ne sais pas qui c’est. Personne ne sait qui c’est. Mais c’est un être qui a une épaisseur, un volume. C’est un être qui plane, d’où le titre Dithyrambe – planant, « schwebend » en allemand. Mais pourquoi plane-t-il ? Il est probablement très proche de la transe dionysiaque que le philosophe Friedrich Nietzsche appelait de ses vœux dans Also sprach Zarathustra.

    Spectateurs devant les tableaux « Projet Crématorium Berlin IV » (1975) et « Sans titre » (1973), de Markus Lüpertz, à la propriété Caillebotte, à Yerres. Siegfried Forster / RFI

    Dans ses œuvres, Markus Lüpertz évoque des peintres français comme Poussin, des sculpteurs comme Maillol. Quelle est sa relation avec l’art français ?

    Il a une relation très forte à la peinture française. De Poussin, via Corot, Maillol à Picasso et Matisse. C’est un peintre européen avec une culture européenne. De choisir cette conception européenne, c’était aussi une manière de tracer une voie allemande dans l’après-guerre. Il est dans une aisance avec une tradition française qui est celle de la grande peinture ou de la grande sculpture. Ce qui lui préoccupe, c’est le sauvetage de l’art dans ses formes historiques, sans passer par un reniement de la peinture au profit de formes comme l’installation, la vidéo, la photographie…

    Quand on parle de Lüpertz, on parle souvent aussi de Jörg Immendorff ou de Georg Baselitz. Quel est leur point en commun, qu’est-ce qui les sépare ?

    Le trait commun est le choix de la peinture, la décision de ne pas abandonner la peinture et la faire vivre. Par rapport à Immendorff, Lüpertz n’est pas dans une optique de « arrêtons peindre et faisons la révolution ». Lüpertz n’est pas un révolutionnaire. Il est certainement dans un rapport à la fois amical et de confrontation avec Georg Baselitz qui – avec Gerhard Richter et Anselm Kiefer - fait partie des grands peintres allemands. Donc il défend sa place par rapport à cela. Et sa place, il l’a choisie par rapport à cette constellation dans un lien probablement beaucoup plus fort avec le passé de l’histoire de la peinture.

    Tableaux de Markus Lüpertz dans l’exposition « Osons la peinture » : « D’après Marées – joueuse aux couleurs » (2002) ; « D’après Goya – entre rouge et vert » (2002) ; « Paysage avec Serpent (d’après Poussin) » (1989). Siegfried Forster / RFI

    La série des « Arcadies », dont certaines peintures datent de 2018, sont les œuvres les plus actuelles que vous avez sélectionnées pour l’exposition Oser la peinture. Markus Lüpertz en 2019, est-ce que c’est un artiste qui a changé par rapport à ses débuts ou reste-t-il tourmenté par les mêmes questions ?

    Je pense qu’avec l’âge, on est moins tourmenté et qu’on est toujours dans une sorte de « pacification », ce qui ne veut pas dire de réconciliation avec tout. Il est dans cette démonstration que le talent n’a pas d’âge. Et si l’on est un grand artiste, il faut l’être jusqu’à la fin. Markus Lüppertz a une vitalité extrêmement forte et qui va bien au-delà de l’image qu’il a parfois en Allemagne d’être un dandy mondain. Je pense qu’il n’est bien que devant ses toiles et il veut continuer à en peindre.

    « Arcadie – nu noir – à droite » (2018), de Markus Lüpertz, exposé à Yerres. Siegfried Forster / RFI

    ► Markus Lüpertz, « Oser la peinture », exposition à la propriété Caillebotte, à Yerres, près de Paris, du 13 avril au 15 septembre.

     Pour aller à la Propriété Caillebotte depuis Paris : en RER D, à 20 minutes de Paris depuis la gare de Lyon, arrêt Yerres.

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