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    Ed Alcock: «Je vis le Brexit comme un rejet de moi-même»

    media Le photographe Ed Alcock au Festival « Circulation(s) » au Centquatre, à Paris. Siegfried Forster / RFI

    Comment saisir l’image du Brexit ? Et de quel point de vue ? Le photographe anglais Ed Alcock a vécu le vote du Royaume-Uni contre l’Union européenne comme une déchirure à l’intérieur de lui-même. Un tremblement de terre qui l'a poussé à regarder les réponses des Anglais en face… et à acquérir la nationalité française. Il expose les résultats de son enquête au Festival de la jeune photographie européenne, « Circulation(s) », au Centquatre, à Paris.

    RFI : Pourquoi votre exposition s’appelle-t-elle Home, Sweet Home ?

    Ed Alcock : Parce que je voulais poser la question où est ma maison. « Home, Sweet Home » est une phrase qu’on entend souvent en Angleterre. Cela désigne le chez-soi, cosy et confortable. Et pour moi, ce n’est plus trop cela. En partie, parce que je n’y habite plus depuis longtemps. Je vis en France depuis presque 20 ans. Mais, aussi à cause du Brexit qui a tout chamboulé et que je vis, personnellement, comme un rejet de l’Europe et plus personnellement comme un rejet de moi-même : le Britannique qui a grandi Européen, et qui ne le serait plus si le Brexit avait lieu. Donc, Home, Sweet Home, est-ce en Angleterre ou en France où j’habite maintenant ?

    Qu’est-ce que le mot « Brexit » évoque chez vous?

    Cela dépend. Le 24 juin 2016, au lendemain du vote, une énorme colère. Puis, avec le temps, il y avait parfois une confusion, mais aussi de la comédie. Le Brexit, c’est une vraie comédie. Les hommes politiques britanniques sont complètement ineptes. On a l’impression que la plupart d’entre eux ne savent pas du tout ce qu’est l’Europe. Ils ne comprennent pas du tout l’utilité ou l’importance de cette construction. Il y a quelque chose de tragique et on finit un peu comme Brian sur sa croix dans Monty Python, « always look on the bride side of life » (prends la vie du bon côté).

    « Home, Sweet Home », détail de l'exposition du photographe Ed Alcock. Siegfried Forster / RFI

    Home, Sweet Home est aussi le titre d’une de vos photos.

    C’est une des images. On est le 25 juin 2016, deux jours après le référendum et le rejet de l’Europe. On est chez Ashley qui habite à Carlisle. On est dans son salon. Ashley est un fervent soutien de l’Angleterre tout seul. C’est un membre du parti europhobe UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Il est extatique. Il est trop content. Pour lui, les Anglais ont finalement pris leur destin en main et ils ont choisi de quitter le navire. Voilà. Il envoie un bouquet de roses, un drapeau anglais, un petit cœur. En juxtaposition, on voit le texte de la chanson Home, Sweet Home que, moi, j’ai redécouvert dans un petit livre publié dans les années 1950 pour les écoliers et les collégiens en France. Ils apprenaient ce qu’était l’Angleterre dans les années 1950, au moment de la création de l’Union européenne. Donc, on a une sorte de va-et-vient entre le début de l’Europe et le point de vue des Français sur l’Angleterre, juxtaposé avec ma vision sur l’Angleterre, au début de la fin de leur collaboration avec l’Europe.

    Vous montrez aussi une image intitulée The Black Country.

    Mohammed Naz, je l’ai croisé dans la rue, lors d’un reportage dans les jours qui ont suivi le Brexit. Il est originaire de Pakistan. C’est son grand-père qui avait déménagé à Bradford, probablement dans l’après-guerre, et qui a travaillé comme ouvrier dans cet immeuble-là. Un immeuble de textile où son père avait également travaillé jusqu’à la fermeture du site suite à la politique de désindustrialisation pendant l’époque Thatcher. Naz y travaille aujourd’hui en tant qu’agent d’accueil. Je l’ai trouvé dans la rue, habillé comme ça, sans chaussure, avec un pied nu. C’est ce qui m’avait attiré vers lui. Il était tellement bien habillé, mais il ne portait pas de chaussure au pied droit. Une contradiction peut-être si britannique… Lui, il est dégoûté, il voulait rester dans l’Europe. Et le nord de l’Angleterre et Bradford, qui sont des bastions travaillistes où l’on pouvait espérer un peu plus de bon sens, eh non, ce sont aussi un peu les oubliés des années de la politique d’austérité. Ils se sentent comme des laissés-pour-compte et se cherchaient un bouc émissaire, qui est devenu l’Europe.

    Vue de l'exposition du photographe Ed Alcock. Siegfried Forster / RFI

    La seule femme sur vos photos se trouve devant la porte rouge d’un immeuble n° 10, mais il ne s’agit pas de Downing Street.

    On voit Monica qui habite effectivement numéro 10. Ce n’est pas Downing Street, mais cela m’a fait penser à cela. Monica a voté pour quitter l’Europe. On est quelques jours après le vote. Elle est sur le pas de la porte, elle nous barre un peu le passage. À côté, on voit un petit panneau : « English Town », mais ce n’est pas une ville, c’est la frontière entre l’Écosse et l’Angleterre. L’Écosse qui a voté pour rester dans l’Union européenne et les Anglais qui ont voté pour partir.

    En haut, il y a un homme chauve, un peu cabossé, qui nous regarde...

    Tom est furieux. Il habite à Bradford. Il avait ce regard un peu effrayant, on a l’impression qu’il vient de se battre. Je me suis dit : un bon brexiteur, on va lui parler. Mais, pas du tout. Tom voulait rester dans l’Union européenne. Son père, au contraire, a voulu quitter l’Europe. Depuis, ils ne se parlent plus. Ils sont furieux, l’un envers l’autre, à cause de leurs différences politiques. Et c’est finalement quelque chose qu’on retrouve partout. Il y a aussi quelque chose d’horriblement personnel dans ce référendum et les deux ans et demi qui ont suivis. Cela déchire des familles et des amitiés sur cette question : « Devrions-nous partir ou rester ? » Cette question n’est toujours pas résolue et on ne sait toujours pas ce qui va se passer.

    « Nos ancêtres, les Gaulois », vue de l'exposition du photographe Ed Alcock. Siegfried Forster / RFI

    La troisième partie de votre exposition nous amène vers votre propre histoire, votre nouveau passeport français et la signification à donner à une nation. En tant qu’Anglais, qu’est-ce que cela signifie pour vous de devenir Français ?

    Les trois images-là, c’est moi, ma mère, mais il y a aussi mes grands-parents, mes arrière-grands-parents. Ça, c’est mon arrière-arrière-grand-mère. C’était en 2016. Il y avait cette crise identitaire britannique qui a lieu et qui se manifeste par le Brexit. Et puis, en même temps, il y a aussi une sorte de crise identitaire française. On est en 2016, un an après les attaques terroristes de 2015, un an avant les élections et il y a une sorte d’inquiétude : qu’est-ce qu’un Français ? On est attaqué par des enfants français. Il y a les politiques de droite qui cherchent une identité sur laquelle se rallier. Et il y a Nicolas Sarkozy et François Fillon qui mentionnent cette phrase : « Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont Gaulois ». Moi, qui demande en même temps la nationalité française, je me dis alors : « C’est cuit pour moi, je n’aurai pas la nationalité. » Mais je veux savoir plus sur ce mythe gaulois, inventé par Ernest Renan, un slaviste et deux historiens à la fin de la IIIe République. Donc, je reprends les textes de la création du « Gaulois » et je les surimpose sur les portraits de moi et de mes ancêtres qui, du coup, deviennent mes ancêtres gaulois.

    Pourquoi avez-vous épinglé les tirages ?

    Je voulais un petit acte violent. Uniquement les images de l’Angleterre sont épinglées. Peut-être j’ai voulu frapper un coup contre mon pays d’origine, parce que je suis assez peu content avec sa décision.

    ► Ed Alcock : « Home, Sweet Home », exposition dans le cadre de « Circulation(s) », Festival de la jeune photographie européenne, au Centquatre, Paris, jusqu’au 30 juin.

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