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    Cannes: les zombies de Jim Jarmusch ouvrent la course à la Palme d’or

    media Iggy Pop renaît comme zombie dans «The Dead Don’t Die» de Jim Jarmusch, en lice pour la Palme d’or du Festival de Cannes 2019. © Abbot Genser / Focus Features / Image Eleven Productions, Inc.

    Quand des zombies envahissent la Croisette. Avec l’univers étrange d’une apocalypse humoristique (mais peut-être pas que) de The Dead Don’t Die, Jim Jarmusch a transformé, mardi 14 mai au soir, l’ouverture du plus grand festival de cinéma au monde en un happening chic à mourir. Au-delà du Grand Théâtre Lumière du Festival de Cannes, les morts-vivants du réalisateur américain ont fait frémir et rigoler simultanément les spectateurs de 600 salles de cinéma en France.

    Certains diront que depuis la Révolution française, plus jamais on n'a vu autant de têtes coupées sur le territoire français. Car, l’un des enseignements de The Dead Don’t Die est aussi simple que radical : « Les morts ne meurent pas », mais pour en finir avec un zombie, il lui faut trancher la tête. Et chez Jarmusch, beaucoup de morts-vivants peuplent l’écran... Cette orgie de coupeurs de tête, est-ce un hommage caché à la France ? Et que penser du gyrophare qui s’illumine en bleu, blanc, rouge sur le toit de la voiture de police ? Surtout, à quelle révolution assiste-t-on ?

    Attiré par les zombies

    Film d’horreur ? Comédie ? Western ? Jim Jarmusch brouille les pistes et adore mélanger les genres sur un air de musique country à l’allure punk : The Dead Don’t Die, la chanson titre de Sturgill Simpson, jouée en boucle pour nous amuser et ensorceler en même temps.

    Extrêmement concis et immuables, les personnages imaginés par Jarmusch sont dignes d’une gravure sur bois. Adam Driver incarne Ronnie Peterson, un policier flegmatique à mort et justement attiré par les zombies. Tout le contraire de son collègue et supérieur Cliff Robertson (Bill Murray), toujours tenté à tout adoucir et rationaliser pour ne pas sombrer dans la dépression. Quant à Tom Waits, méconnaissable comme Bob l’ermite, il mène sa vie depuis des décennies en forêt, loin de la civilisation, en harmonie avec la nature. C’est lui qui saura le premier interpréter les signaux mystérieux qui n’arrêtent pas d'inquiéter les habitants de Centerville, petit bled de l’Amérique profonde : la montre s’arrête, les vaches disparaissent, les fourmis s’affolent, les oiseaux se taisent. Émergent alors des vibrations lunaires toxiques…

    Lire aussi : Cannes 2019: Mati Diop et Ladj Ly aspirent à la Palme d’or

    « La Terre est sortie de son axe »

    En attendant, les autorités rassurent la population que la fracture polaire n’aura aucun effet sur l’environnement. Néanmoins, les citoyens commencent à en douter. En effet, les journaux titrent « La Terre est sortie de son axe » et les premiers morts sortent des tombes… Cet univers où le monde court à ses pertes, Jim Jarmusch le sublime avec ironie et élégance et un goût certain pour un understatement à la fois flippant et charmant. Ici, les êtres humains côtoient les cadavres. Ainsi, Jim Jarmusch nous familiarise avec l’apocalypse à venir. Les mouvements des zombies sont chorégraphiés à la perfection.

    Bob l’ermite s’avère être le grand sage de ce monde en mutation, dévoré par l’avidité de l’humanité. Annoncé comme film de zombies, transformé à l’écran en comédie, The Dead Don’t Die se révèle finalement comme une fable poétique et écologique où seuls l’art et l’imagination permettent à s’en sortir…

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    « Ça va finir mal ! »

    Le film se nourrit d’un univers sombre oscillant entre l’Arche de Noé et Moby Dick, entre l’apocalypse et l’éternelle lutte entre le Bien et le Mal. Dans The Dead Don’t Die, on s’appelle Minerva, Geronimo ou Rumsfeld, parle de Psycho et Star Wars, affronte des racistes comme Miller le fermier avec sa casquette rouge siglée « Keep America White Again » et pour qui même le café est « trop noir ». Sans oublier le patron étrange d’une petite station-service portant un t-shirt « Nosferatu » et se connaissant à merveille aux films de zombies.

    En 2014, Jim Jarmusch avait présenté à Cannes Only Lovers Left Alive, l’histoire de deux vampires « vampirisés » par une société en déclin. Cette fois, il s’attaque à une civilisation qui s’est condamnée elle-même à mort. Le seul espoir reste réservé aux zombies, aux morts-vivants. « Ça va finir mal ! », Adam Driver alias Ronnie n’arrête pas de leur dire. D’où il le sait ? « J’ai lu le scénario. » Les va-et-vient entre les univers cinématographiques sont innombrables, mais surtout d’une finesse extraordinaire.

    Au début de sa carrière assistant de Wim Wenders, Jarmusch avait remporté en 1984 la Caméra d’or au Festival de Cannes avec Stranger Than Paradis. Trente-cinq ans plus tard, il semble vouloir décrocher la Palme d’or avant que le monde périsse.

     

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