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    Europe

    Cannes: «Les siffleurs», premier ciné-opéra sifflé créé par Corneliu Porumboiu

    media Gilda (Catrinel Marion) dans « Les Siffleurs », film de Corneliu Porumboiu. Vlad Cioplea

    C’est le premier film sifflé en lice pour la Palme d’or dans l’histoire du Festival de Cannes. Le réalisateur roumain Corneliu Porumboiu nous surprend avec un film policier musical hors norme qui s’amuse à jouer avec les conventions du film de genre sans oublier l’amour et l’humour. « Les siffleurs », c’est l’histoire d’un inspecteur de police corrompu de Bucarest qui se retrouve sur l’île paradisiaque de La Gomera, forcé d’apprendre la langue sifflée ancestrale pour préparer le prochain coup.

    envoyé spécial à Cannes,

    « Bienvenu à La Gomera, la perle des Canaries ». C’est là où Corneliu Porumboiu a compris que le cinéma s’apparente à un sifflement : « le langage El Silbo Gomero permet de coder le langage parlé, un peu comme le cinéma code la réalité ».

    L’ouverture du film est majestueuse. Quand Cristi, inspecteur de police de Bucarest et personnage trouble du film, aperçoit sur le ferry la côte rocheuse et sauvage de La Gomera, tout est dans le non-dit, sur un air rock de The Passenger d’Iggy Pop.

    El Silbo Gomero

    Au début, on ignore pourquoi Cristi a atterri sur ce paradis perdu dans l’Atlantique. Peu à peu le mystère se lève. On comprend qu’il mène une double vie et doit rendre service à des trafiquants de drogue s’il veut sauver sa peau. Le flic corrompu apprend alors ce langage secret comme un sport de combat : « lèvres à l’intérieur, l’air vient du ventre, la langue sous le doigt… » Il s’entraîne ainsi à déjouer le système de surveillance de la police afin de libérer un mafieux de prison.

    La culture locale et millénaire de cette île espagnole s'avère aussi spectaculaire que les paysages de l’île dans le film. Et le cinéaste roumain mèle avec une aisance étonnante l’art de siffler avec des airs d'opéra, du punk-rock ou des comédies musicales. Car Les siffleurs séduit aussi par son côté opéra policier où le réalisateur fait chanter aussi bien les sopranos, les oiseaux et les mouchards de police. La trahison et la cruauté tiennent une place de choix dans le récit, sans empêcher pour autant l’apparition de l’amour et de l’humour.

     Lire aussi : Cannes: sur le tapis rouge, le monde va très mal

    La beauté e(s)t le langage

    Les siffleurs est composé de plusieurs réalités en même temps. Et les chapitres du film obéissent à un code couleur pour caractériser les personnages. Le langage secret des sifflements confère des aspects surréalistes à la réalité, déjà défiée par le jeu subtil avec les caméras de surveillance. Quant au cadrage des images, il obéit à la loi de la beauté. Gilda (Catrinel Marion), qui a fait venir l’inspecteur sur l’île, est filmée comme un Nu couché de Modigliani. Dans ce conte d’un policier abusé et d’une femme fatale, la beauté féminine n’a d’égale que la nature paradisiaque où le film a été tourné.

    Truffé de dialogues coup de poing, le scénario se nourrit d’un tourbillon de scènes et de retournements sans jamais nous lasser. Le cinéma joue également son rôle dans le déroulement de l’histoire : l'allusion à la scène culte de la douche et sa tringle de rideau dans Psychose d’Hitchcock, qui nous fait à la fois frémir et rire, ou encore le rendez-vous de l’agent double avec la commissaire dans une salle de cinéma sous le regard de John Wayne en train d’échapper aux Indiens à l’écran.

    De Norma à Meckie Messer

    Le plus étonnant face à ce kaléidoscope d’impressions, d’émotions et de genres,c'est que  rien n’apparait gratuit ou superflu. Tout contribue à créer un film exceptionnel traversant le polar, le film noir, le western, la comédie, jusqu’à l’opéra. Norma de Bellini côtoie Orphée aux Enfers d’Offenbach et Mackie Messer de Kurt Weill. Corneliu Porumboiu avait remporté en 2006 la Caméra d’or à Cannes pour 12h08 à l’est de Bucarest. Cette année, pour la première fois en compétition, il pourrait conquérir la Croisette en sifflant.

    Car à la fin, on a envie d’embrasser le réalisateur pour nous avoir procuré une heure et demie de bonheur pure, d’une intelligence rare.

    Catrinel Marlon, Vlad Ivanov, Agustí Villaronga et Antonio Buíl dans « Les Siffleurs », de Corneliu Porumboiu. © Vlad Cioplea
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