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    Cannes: Maryam Touzani montre «l’enfer» des mères non mariées au Maroc

    media La réalisatrice marocaine Maryam Touzani a présenté au Festival de Cannes son film «Adam» dans la section «Un certain regard». Siegfried Forster / RFI

    Maryam Touzani est une femme courageuse et adore faire bouger les choses. Après des courts métrages et documentaires sur la prostitution au Maroc ou l’exploitation des enfants et son interprétation percutante dans « Razzia », co-écrit avec son mari Nabil Ayouch, la réalisatrice marocaine a présenté son premier long métrage en sélection officielle au Festival de Cannes. « Adam » raconte d’une façon inédite et avec beaucoup d’empathie l’enfer d’une jeune femme enceinte et non mariée en plein désarroi. Un jour, Samia frappe à la porte d’Abla, pâtissière et mère d’une fillette de 8 ans. Entretien avec Maryam Touzani.

    RFI : Lors de la première de votre film au Festival de Cannes, vous avez parlé d’un besoin fondamental ayant déclenché votre envie de tourner votre premier long métrage. Qu’est-ce qui vous a bouleversé ?

    Maryam Touzani : C’était la découverte de la maternité par moi-même. Quand j’ai commencé à écrire ce film, je commençais à sentir mon enfant bouger à l’intérieur de moi. Quinze ans avant, j’ai fait une rencontre avec une jeune mère célibataire que mes parents avaient accueillie. J’ai vécu tout cela avec elle : l’expérience de la maternité et puis cet enfant qu’elle devait abandonner. À l’époque, cela m’a profondément bouleversé et marqué. Quinze ans après, j’ai ressenti dans ma chair et compris beaucoup de choses par rapport à la maternité et à ce que cette femme pouvait ressentir. Là, j’avais un besoin de raconter.

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    Adam, c’est l’histoire de Samia, une jeune femme enceinte, totalement paumée. À travers elle, vous posez la question du scandale de la situation des femmes non mariées au Maroc qui se retrouvent enceintes. De quoi parle-t-on ?

    La pire des choses qui peut arriver à une femme au Maroc, c’est d’être enceinte sans être mariée. Jusqu’en 2004, les enfants nés hors mariage étaient invisibles, c’est-à-dire ils n’avaient pas d’identité. Cela a changé. Mais même s’ils ont une identité, on sait qu’ils sont des enfants nés hors mariage. C’est un fardeau qu’ils portent toute leur vie. Ils sont toujours montrés de doigt. C’est très difficile. Vous ne pouvez pas imaginer. Pour les mamans, c’est l’enfer.

    L’histoire d’Adam se déroule dans une pâtisserie. Samia montre à Abla qui l’a accueillie comment il faut malaxer la pâte : sensiblement, doucement et profondément. Dans le film, cela devient une métaphore pour la vie. Avez-vous trouvé des points communs entre une pâtissière et une cinéaste ?

    Malaxer la pâte, doucement et sensuellement, c’est surtout aussi prendre son temps de ressentir, de faire mûrir les choses. De ne pas faire les choses par automatisme. Forcément, je ressens un lien avec cela, parce que je suis quelqu’un qui est beaucoup dans l’émotion, le ressenti, qui se laisse porter par cela. Et puis, il y a aussi ce temps de maturation, que les choses puissent s’exprimer sans être forcées.

    Samia (Nisrin Erradi) et Abla (Lubna Azabal) dans « Adam », de Maryam Touzani. © Ad Vitam

    Filmer les personnages de très près, faire durer les scènes, est-ce votre signature en tant que réalisatrice ?

    On peut dire ça. Moi, ce que j’adore, c’est l’intime. J’adore l’intérieur des personnages. J’ai envie de pouvoir creuser, entrer sous leur peau, pénétrer leur âme, les raconter de la manière la plus « vraie » possible, le plus proche de ce qu’ils sont intérieurement.

    C’est la petite fille Warda qui est la personne la plus clairvoyante dans votre film, qui crée une place de choix aux enfants. Entre autres, on assiste à deux séquences incroyables donnant le sentiment de regarder les plus longues scènes jamais tournées dans l’histoire du cinéma avec un bébé. C’est la fierté du film ?

    Pour moi, c’était essentiel de découvrir cet enfant réellement. Nous, en tant que personnes qui regardent le film en même temps que cette femme qui découvre son enfant. J’avais envie de prendre le temps, qu’on puisse s’arrêter et être dans ce qu’elle voyait dans le détail, dans ce qu’elle ressentait. Pour moi, c’était très important afin d’arriver à aller vraiment dans son intérieur, pour voir ce que la maternité était. Je voulais laisser cette scène imposer son rythme et aussi laisser cet enfant imposer son rythme à lui aussi.

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    Vous êtes réalisatrice, c’est votre premier film. Avez-vous le sentiment de faire partie d’une certaine vague de réalisatrices et d’un renouveau du cinéma au Maghreb ?

    Je sens que je fais partie de ces personnes qui ont envie de dire les choses, de le dire réellement. Et qui ne veulent pas être stoppées dans leur élan. Oui, évidemment, il y a un renouveau du cinéma maghrébin, il y a un bouillonnement, un désir de pouvoir se raconter, de raconter nos propres histoires avec nos mots à nous. Et c’est très beau d’avoir ce constat et de se dire : oui, on appartient aussi à cet univers cinématographique.

    L’accueil au Festival de Cannes était triomphal. Comment le film sera-t-il vu au Maroc ?

    L’accueil à Cannes était très touchant, très émouvant. C’est un moment que je n’oublierai pas. Au Maroc, je pense qu’il va être bien accueilli. Après, je suis quelqu’un de très optimiste. Il va peut-être provoquer un débat et c’est tant mieux. Cela peut qu’être positif. Au-delà, je pense que le film parle de l’humain et il y a beaucoup de gens qui ont envie de pouvoir parler de cela aussi, de parler du cinéma, de l’humain. Je pense qu’il va être bien accueilli.

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