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    Europe

    Cannes: «Le jeune Ahmed», les frères Dardenne prennent «la mesure du fanatisme»

    media Idir Ben Addi dans le rôle du jeune Ahmed dans le film des frères Luc et Jean-Pierre Dardenne, en lice pour la Palme d’or au Festival de Cannes. © Christine Plenus

    Après avoir déjà remporté deux Palmes d’or, les frères Dardenne sont de nouveau en lice pour la plus haute distinction du Festival de Cannes. Le jeune Ahmed est le portrait dense et dramatique d’un garçon de 13 ans qui est en train de se radicaliser et de plonger dans la terreur. La subtilité et l’intelligence de la caméra et le scénario magnifiquement « brodé » des réalisateurs belges Luc et Jean-Pierre Dardenne provoquent à la fois l’empathie et l’effroi face à ce jeune prêt à commettre l’irréparable pour faire régner la « pureté » prônée par son imam. Entretien.

    RFI : Vous avez intitulé votre film Le jeune Ahmed. Est-ce que c’était difficile de trouver le prénom pour le rôle de ce jeune garçon en train de devenir un islamiste radical ?

    Luc Dardenne : Non, trouver le prénom d’Ahmed, ce n’était pas très difficile. C’est un prénom très commun et on l’a tout de suite appelé Ahmed. Peut-être parce qu’on pensait à Hamlet. Je n’en sais rien. C’est venu comme ça.

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    C’est assez facile de détecter et d’interpréter des signes extérieurs d’une radicalisation. Par exemple, quand Ahmed refuse de serrer la main d’une femme. Mais comment avez-vous fait pour filmer les signes intérieurs d’une déradicalisation ?

    Jean-Pierre Dardenne : C’est un peu le pari du film. Comment faire entrer ce garçon ? Un garçon complètement enfermé sur lui-même et fanatique. Les fanatiques pensent qu’ils font du bien. Même s’ils suppriment les gens, ils pensent qu’ils font cela pour le bien. Pour lui, c’est un bien pour rencontrer cet idéal de pureté que l’imam lui a inculqué, en lui mettant aussi dans la tête ce cousin mort en Syrie. Comment faire pour changer quelqu’un qui est à ce point fanatisé ? Parce que le fanatisme est un truc dont nous-mêmes n’avons pas réellement pris la mesure.

    Quand on a commencé à construire notre histoire, nous on voulait voir comment on pouvait le sortir de ce fanatisme, on a eu beaucoup de mal. Les autres essaient de le faire changer, ils sont bienveillants avec lui, mais on a le sentiment qu’ils se heurtent chaque fois à une espèce de mur, à quelque chose d’imperméable, qu’on ne peut pas fracturer. C’était le plus difficile pour nous. Mais, on s’est dit aussi que, même si ce n’est pas verbalisé, même si Ahmed ne montre pas qu’il a changé au contact de ces gens, ce qui lui arrive à la fin du film, nous, on pense que ce qu’il a vécu avec tous les personnages qu’il a rencontrés, cela a servi aussi à quelque chose pour qu’il puisse changer.

    Pour vous, il y a des signes extérieurs qu’on peut filmer et qui montrent un changement intérieur.

    Luc Dardenne : Par exemple, quand il touche le veau à la ferme. Quand il va avec le fermier chercher le veau dans l’étable et le conduit dans un autre enclos. Le fait qu’il le touche, c’est un signe. Il touche un être vivant. Il le caresse un peu, il ne donne pas un coup. C’est un geste qu’on aimait beaucoup. Ou, par exemple, quand il laisse la jeune fille frotter sa joue avec un brin d’herbe. Il est gêné, il n’a pas envie mais, en même temps, il la laisse faire.

    Donc, il y a quelque chose qui entre en contact avec la vie, la vie érotique avec la jeune fille. Le spectateur, dans ce moment, il se dit : « Tiens, le garçon est encore vivant. Il est encore capable d’aimer la vie et pas seulement d'être obsédé par le meurtre de son professeur, cette militante d’association qui donne des cours du soir en plus pour les jeunes pour les aider à faire leurs devoirs ». Ce sont deux gestes, deux choses qui montrent qu’il y a un changement. Et il ne peut pas tricher avec ça, parce que, parfois, on voit que notre personnage ment, il est dans la duplicité, mais pas avec ça. Je pense qu’avec la jeune fille, il est vraiment touché.

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    Beaucoup s’inquiètent du retour en Europe des jihadistes - et de leurs familles - français, allemands, belges, britanniques… arrêtés en Syrie. Avez-vous conçu votre film comme une contribution au débat ?

    Luc Dardenne : C’est une fameuse question. Je pense qu’il faut respecter le droit international. Donc, il faut permettre à ces enfants et ces parents de revenir, mais aussi d’être jugés en ce qui concerne les parents. Je ne sais pas si notre film peut apporter un élément, une discussion sur la déradicalisation de ces gens. Nous, on ne s’est pas intéressé vraiment au sujet, on s’est intéressé à notre personnage. On s’est dit comment un gamin qui est pris dans une idéologie de mort, comment peut-il retrouver la vie ? C’est ça qu’on a essayé de filmer avec notre caméra : la vie qui revient. Si maintenant, par exemple, il y a un éducateur qui voit notre film et se dit : « C’est compliqué de retrouver la vie, de revenir à la vie quand on est allé si loin dans l’idéologie mortifère... » Peut-être cela peut l’aider et on apporte quelque chose, pas au débat, mais à aider à un éducateur, une éducatrice, à essayer de comprendre un peu ce qu’est un jeune pris dans l’idéologie. Parce qu'il y en aura sûrement des enfants jihadistes. J’espère qu’il sera possible d’arriver à faire marche arrière, à retrouver la vie.

    La loi de Dieu est au-dessus des lois des hommes, c’est la justification d’Ahmed quand il décide d’attaquer sa professeure devenue, selon lui, « impure », parce qu’en couple avec un juif. Cette justification de la loi de Dieu, est-ce que cela concerne uniquement des islamistes ?

    Jean-Pierre Dardenne : Les massacres commis au nom de la religion, cela ne se passe pas seulement au nom de la version intégriste de la religion musulmane. La plupart des religions l’ont fait, à un moment donné, dans leur volonté de dominer totalement l’existence des individus et de diriger leur destinée du berceau à la tombe en leur promettant une vie éternelle dans l’au-delà. Cela s’est toujours révélé comme une catastrophe. C’est pour ça que dans chaque démocratie libérale, il faut trouver une solution qui est fragile et qu’il faut donc s’attacher à défendre, c’est la séparation de l’État et de l’Église. Et qu’on arrive à vivre en bonne intelligence. Nous, dans le film, on ne veut pas stigmatiser une religion. C’est le côté totalitaire et totalisant de ces religions qui est redoutable.

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