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    Ophélie dans «Mektoub», le portrait le plus radical d’une femme libre

    media Ophélie Bau dans « Mektoub, my love : intermezzo », d’Abdellatif Kechiche. © Quat’Sous Films / Pathé Films / France 2 Cinéma / Good Films

    Depuis la présentation de Mektoub, my love : intermezzo du cinéaste franco-tunisien Abdellatif Kechiche au Festival de Cannes, tout le monde ne parle que de « ça », des scènes de sexe non simulées. Et si l’on avait zappé le portrait le plus radical d’une femme libre de toute la compétition du plus grand festival de cinéma au monde ?

    C’est par son rôle dans Mektoub, my love : intermezzo que le scandale est arrivé au Festival de Cannes. L’actrice Ophélie Bau, 26 ans, interprète dans le film polémique d’Abdellatif Kechiche le personnage d’Ophélie, une des femmes d’une bande de jeunes à Sète. L’omniprésence appuyée des fesses à l’écran et une scène de sexe extrêmement crue ont mis le feu aux poudres.

    ► À lire aussi : La philosophie des fesses d’Abdellatif Kechiche

    C’est ce mercredi 5 juin que la Palme d’or sort en salles en France, Parasite, de Boong Jong-ho. En revanche, pour la « Palme de la discorde » du film ayant déclenché la plus grande polémique du rendez-vous cinématographique mondial, aucune date de sortie n’est prévue actuellement. Présenté sur la Croisette par Abdellatif Kechiche dans une version « non terminée » de trois heures et vingt-huit minutes, Mektoub, my love : intermezzo a été jusqu'ici réduit à un débat sur le caractère pornographique du film.

    Ophélie Bau et la trinité de la féminité

    Après des titres pratiquement unanimes lors du Festival de Cannes : « Le porno de Kechiche met Cannes en émoi », « Abdellatif Kechiche à Cannes : techno, alcool et cunnilingus », « Kechiche choque la presse », le très long métrage s’est attiré les foudres de l’association Stop au porno. Dans un communiqué publié le 4 juin, cette dernière exige d’interdire le long métrage aux spectateurs âgés de moins de 18 ans. Lors de la conférence de presse à Cannes, le réalisateur franco-tunisien avait affirmé avoir tenté « une expérience cinématographique la plus libre possible, en brisant les codes narratifs ». Avec sa nouvelle œuvre, a-t-il inconsciemment signé sa propre condamnation à mort dans le milieu du cinéma d’auteur ? Après la séance gala de Mektoub, my love : intermezzo, certains critiques croyaient avoir vu « un réalisateur autrefois adulé se suicider sous nos yeux ». Et si l’arbre cachait la forêt ?

    Car, aveuglée par une soi-disant trinité de la féminité - « sexe, fesses et seins »  - personne, ou presque, n’a remarqué le jeu et le rôle exceptionnel d’Ophélie Bau. Au-delà d’une interprétation sensuelle et puissante, l’actrice de 26 ans donne à l’écran chair à la femme la plus libre et la plus radicale de tous les films en lice pour la Palme d’or 2019.

    Les rôles féminins au Festival de Cannes

    Alejandro Gonzalez Inarritu, le président du jury, déplorait de ne pas avoir pu couronner Une vie cachée, sans mentionner que dans la nouvelle création de Terrence Malick, l'épouse du héros reste surtout soumise aux décisions de son mari. Dans plusieurs films du palmarès, les femmes avaient des rôles plutôt insignifiants (Les Misérables de Ladj Ly ; Le jeune Ahmed de Jean-Pierre et Luc Dardenne ; It Must Be Heaven, d’Elia Suleiman). Et dans l’excellent polar satirique Parasite, les figures féminines restent cantonnées aux rôles de femmes traditionnelles.

    À lire aussi :La Palme d’or pour Parasite de Bong Joon-ho, prodige sud-coréen

    Douleur et Gloire, de Pedro Almodovar, était récompensé, à juste titre, pour l’interprétation masculine d’Antonio Banderas, car les personnages féminins ne dépassent pas le cadre de la beauté et de la douceur. Emily Beecham, lauréate du prix d’interprétation féminine pour son rôle d’une phytogénéticienne chevronnée dans Little Joe de Jessica Hausner, reste tributaire de son fils et de sa mauvaise conscience en tant que mère célibataire n’ayant pas le temps de s’occuper assez de son enfant. Dans Bacurau, les réalisateurs brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles permettent certes à une femme de faire vivre la résistance, mais finalement la rédemption sera apportée par un homme providentiel.

    L’histoire des femmes chez Mati Diop et Céline Sciamma

    Restent alors deux réalisatrices ayant réellement réussi à renouveler et à faire avancer les rôles de femmes dans le cinéma. Avec son premier long métrage, Atlantique, la Franco-Sénégalaise Mati Diop a littéralement transcendé le sujet de l’émigration par une énergie et un point de vue féminin recentré sur le continent africain. Dans son film, l’avenir sera féminin, même si c’est encore sous forme de morts-vivants, des femmes envoûtées et possédées réclamant leur dû.

    Le geste féministe le plus fort de cette édition 2019 est venu de Céline Sciamma. Dans Portrait de la jeune fille en feu, dont l'histoire se situe au XVIIIe siècle, la réalisatrice française ne se contente pas de faire vivre un amour lesbien aussi intense qu’impossible. Dans son film, les femmes ne seront pas libérées de leurs chaînes. L’acte révolutionnaire de la cinéaste ne consiste pas non plus à nous faire vivre l’avortement subi par une servante de cette époque sur grand écran, mais à donner vie à cette douloureuse réalité éminemment féminine sous forme d’une peinture à l’huile créée sous nos yeux. Ainsi, Sciamma fait entrer l’interruption de grossesse dans l’histoire de l’art du XVIIIe siècle. Bouleversante.

    Ophélie, une femme libérée de toute contrainte

    Et puis, il y a le rôle d’Ophélie, créé par Abdellatif Kechiche. Dans Mektoub, derrière un écran de banalités échangées sur la plage et une immersion totale de deux heures et demie dans une boîte de nuit, Ophélie se dévoile devant nos yeux comme une femme libérée de toute contrainte, menant sa vie comme bon lui semble. Au début, tout laisse croire qu’on a affaire à une jeune femme des plus banales. Fille de fermiers, elle perpétue la tradition agricole de ses parents, s’amuse avec ses copines et ses copains qu’elle connaît depuis l’école et semble disposée à rentrer dans le rang en épousant un soldat prêt à mourir pour la patrie. Cette image s’écroule quand on comprend qu’elle est enceinte d’un autre, trois semaines avant le mariage. On s’aperçoit alors qu’elle n’a aucunement l’intention de laisser s’imposer quoi que ce soit : ni du coresponsable de sa grossesse ni de son futur mari, sans parler de ses parents, ses amis ou de la société.

    Pendant tout le film, Ophélie garde la maîtrise de sa vie et remet les autres à leur place. Elle ne se laisse pas intimider par la force physique de son futur mari, membre des forces spéciales de l’armée, ni prendre au dépourvu par les sentiments mobilisés par son amant. Elle est également résolue à faire une formation pour ne pas se laisser enfermer dans la tradition familiale. Et quand toutes les filles sont folles d’Amin, elle pense simplement à l’« embaucher » en toute franchise comme chauffeur et accompagnateur pour son avortement prévu à Paris.

    ► Regarder aussi : [Vidéo] Cinéma tunisien, quelle révolution pour les femmes ?

    Le contrôle féminin du désir

    Quant à la scène de sexe qui a mis en émoi la Croisette, là aussi, le personnage d’Ophélie garde la maîtrise de la situation de A à Z. Après des heures d’alcool et de danse dans une ambiance surchauffée à la discothèque, c’est bien l’homme qui avance l’idée de se retrouver en cachette aux toilettes pour avoir du sexe, mais pendant les treize minutes de cette séquence à rallonge, elle ne perd pas une seconde le contrôle sur son partenaire.

    En s’agrippant à sa chevelure, elle le dirige vigoureusement aux endroits souhaités de son corps pour se procurer du plaisir. Et une fois ses désirs assouvis, Ophélie arrête l’action, laissant son Roméo sur sa « faim ». Elle quitte le lieu sans se retourner et en précisant bien l’explication à donner aux autres pour leur absence prolongée.

    Ainsi, on aura vécu une journée dans la vie d’une femme radicalement libre, s’affranchissant de toutes contraintes sociétales, sexuelles ou morales liées à la traditionnelle répartition des rôles entre hommes et femmes.

    Avec son langage cinématographique, Kechiche bouscule la manière conventionnelle de raconter une histoire et nos habitudes de regarder un film. « Je fais des films en réaction à une époque. J’ai besoin de me retrouver dans la position d’un peintre. J’ai tenté de passer de l’impressionnisme au cubisme, de davantage m’exprimer par les couleurs et par le cadre, et en m’inspirant de Picasso, en particulier des Demoiselles d’Avignon. »

    À l’écran, la liberté d'Ophélie est plus incarnée par la présence que par les mouvements du corps féminin. Un récit cinématographique qui commence là où le règne des mots s’arrête. « J’essaie de filmer ce côté métaphysique du corps. »

    Abdellatif Kechiche, un cinéaste controversé

    Le plus troublant est de constater que ce portrait en transe cinématographique d’une femme libre vient d’un homme doté d’une réputation sulfureuse. En 2013, après avoir reçu la Palme d’or pour La Vie d’Adèle, ses deux actrices principales, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, avaient dénoncé des conditions de tournage « horribles ». Et depuis octobre 2018, Abdellatif Kechiche, 58 ans, est accusé d’agression sexuelle par une femme de 29 ans, ce qu’il conteste.

    Lors de la conférence de presse à Cannes, Kechiche a refusé (et interdit à ses acteurs et actrices) de s’exprimer sur les conditions de tournage de Mektoub, mais selon plusieurs journaux, la séquence torride dans les toilettes serait une scène non simulée entre Ophélie Bau et Roméo de Lacour, son partenaire dans le film et dans la vie. L’actrice elle-même a « disparu » après la montée des marches à Cannes et avant la fin de la première mondiale. Ophélie Bau s’est exprimée une seule fois sur son rôle, juste avant la projection du film. Lorsque Vanity Fair lui demande si c'est différent de tourner avec Kechiche, elle répond : « J’ai l’impression que ce n’est pas le même métier (rires). Kechiche crée des moments de vie. »

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