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    Barlen Pyamootoo raconte l'Américain Whitman, immense poète et homme de coeur

    media L'écrivain mauricien Barlen Pyamootoo en studio à RFI. © Fanny Renard / RFI

    Whitman, le cinquième roman sous la plume du Mauricien Barlen Pyamootoo, n'est pas une énième biographie du barde américain, mais un roman sur la création et l'écriture comme quête et catharsis. S'emparant de la figure du père fondateur de la poésie américaine, le romancier a revisité, sur le mode de la fiction, treize jours dans la vie du poète, sur fond de la guerre de Sécession fratricide et dévastatrice. Rencontre.

    Lorsqu’il y a six ans, en septembre 2013, Barlen Pyamootoo est arrivé dans l'Iowa, aux États-Unis, pour une résidence d’écriture, le premier livre qu’il a acheté c’était… les Feuilles d’herbe de Walt Whitman. Une ancienne édition du célèbre recueil de poésie de l'Américain. Whitman, qui a vécu au XIXe siècle, est un peu le Victor Hugo et le Baudelaire réunis des États-Unis, le «  père et la mère des lettres américaines ». « Son portrait orne les murs de toutes les librairies de l’Amérique », se souvient le romancier mauricien.

    « Le cœur à la bonne place »

    « Ce n’est pas du tout parce que Whitman est un très grand poète que j’ai voulu écrire ce livre, qui est d’ailleurs un roman et pas une biographie », confie l’écrivain. « Je l’ai fait parce que l’homme avait le cœur à la bonne place ». Une formule qui revient à maintes reprises dans la bouche du romancier, chaque fois qu’il parle de ce poète, devenu protagoniste de son récit. La générosité de Whitman, sa solidarité avec ce que ce dernier a appelé « l’homme en masse » est l’un des motifs récurrents du livre de Barlen Pyamootoo.

    Aux yeux du Mauricien, rien n’illustre mieux cet aspect de la personnalité du poète que le soutien qu'il avait apporté à son ami Jack en difficulté, un épisode relaté dans le roman. À New York, où Whitman a longtemps habité, il s’était lié d’amitié avec ce cocher de Broadway. Un soir d’hiver, ne l’ayant pas croisé depuis quelque temps, le poète est allé le voir chez lui. Jack souffrait d’une pneumonie aiguë, et se demandait comment il allait faire pour aller travailler le lendemain matin. Son patron lui avait dit que s’il ne venait pas au travail, il serait renvoyé. Que fit donc Walt ? En apprenant ce qui inquiétait son ami, le poète lui proposa d’aller travailler à sa place. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le poète fera le cocher, une semaine durant, bravant la neige et le froid. Par conséquent, Jack put retrouver son emploi après la convalescence.

    « Et pour fêter çà, il a invité le soir même Walt et quelques collègues à dîner chez lui, raconte Barlen Pyamootoo dans Whitman. À peine avait-il franchi le seuil que Walt a été salué d’un triple hourra suivi d’applaudissements frénétiques. Et à la demande pressante de Tippy et de Pop Rice qui avaient déjà plusieurs verres dans le nez, Jack a improvisé un discours, puis il a porté un toast à Walt parce qu’il a le cœur à la bonne place, a-t-il ajouté d’une voix proche de larmes. »

    Sans la moindre trace d’exotisme

    Whitman est le cinquième roman sous la plume de Barlen Pyamootoo. Ce dernier s’est fait connaître en publiant Bénarès, en 1999. Un livre à mi-chemin entre un « road-novel » à la Jack Kerouac et un récit initiatique à l’Africaine. C’est l’histoire de deux amis désoeuvrés qui décident d’aller à Port-Louis chercher deux femmes pour s’amuser. Le roman raconte la traversée de l’île en pick-up, le voyage de retour surtout, mêlant description de paysages et conversations à bâtons rompus entre les jeunes protagonistes qui, alcool aidant, font se superposer dans l’imaginaire les deux Bénarès, la légendaire ville indienne et la petite bourgade de Maurice portant le même nom.

    Pour la petite histoire, le manuscrit, envoyé par la poste, a atterri sur le bureau d’Olivier Cohen, le directeur des Éditions de l’Olivier. La simplicité de l’écriture du Mauricien, sa modernité de ton, sans la moindre touche d’exotisme, ont convaincu l’éditeur de publier le roman dans sa célèbre collection à la couverture blanche et noire où s’enracine un olivier en pleine frondaison.

    Les Éditions de l’Olivieront publié tous les romans de Pyamootoo. Il y a une très grande unité dans l’œuvre du Mauricien. Ses cinq romans sont reliés par une écriture d'une simplicité bouleversante. Une économie de moyens au service d’une quête essentielle, profonde, qu’on pourrait appeler quête de soi du protagoniste, ou encore quête de sa voie dans le monde. C’est cette quête que raconte Whitman, qui saisit le barde à un moment stratégique de sa vie.

    Horreurs de la guerre

    Barlen Pyamootoo convoque dans son nouveau roman Whitman et la guerre de Sécession américaine. Ed. de l'Olivier

    Nous sommes en 1862. Sept ans plus tôt, le grand poète a publié son œuvre majeure. La réception critique des Feuilles d’herbe fut plutôt négative, voire féroce, avec certains critiques allant jusqu’à conseiller au poète d’aller se pendre. Nourris de la poésie classique, les critiques de l'époque étaient peu habitués aux rythmes du romantisme naissant qu’emprunte Walt Whitman pour chanter en longues rhapsodies sa vision peu conventionnelle du moi et du monde.

    Politiquement aussi, c’est une période délétère. Les États-Unis se déchirent, avec la guerre de Sécession qui fait rage depuis un an. Homme politique raté, Whitman vit cette guerre comme un échec de la nation américaine balbutiante. Comme un échec personnel aussi. Lorsque la guerre éclate, il fait le serment de ne plus boire d’alcool, comme le raconte Pyamootoo dans les pages de son roman. « Il l’a même écrite dans son journal, sa décision de purger, de revigorer et de spiritualiser son corps en ne buvant que de l’eau et du lait tant que la paix ne sera pas signée. C’était comme s’il avait compris la nécessité de rompre avec cette vie de patachon et de se préparer à relever les défis adressés à la nation divisée ». Il attend son heure pour s’engager.

    Son heure sonne le 16 décembre 1862, lorsque Walt apprend en lisant le journal que son petit frère, enrôlé dans l’armée nordiste, a été blessé pendant la bataille de Fredericksburg (Virginie), l’une des plus meurtrières de la guerre. Pour soulager l’inquiétude de sa mère, il décide de partir sans tarder à la recherche de son frère. Il se met en route, décidé de le ramener à la maison.

    À Brooklyn, il prend le ferry pour le New Jersey, puis le train pour Philadelphie et débarque à Washington. Ses recherches dans les quarante hôpitaux militaires de la ville ne donnent rien, mais il finira par retrouver George à Falsmouth, dans le Massachusetts, où campe son régiment. Les retrouvailles se passent mieux que Walt ne l’imaginait, car son frère n’est que légèrement blessé. Pendant toute une semaine, il va rester à ses côtés, prenant soin de lui.

    Mais lorsque le régiment de George repart, Walt ne rentre pas chez lui, mais retourne à Washington où il passera plusieurs années à soigner les soldats blessés dans les hôpitaux. Il ne peut oublier les cris, les amputations, la mort omniprésente. Il se réveille la nuit en revoyant dans ses rêves « la charrette emplie de membres amputés », entrevue dans les jardins de la Lacy House, un vieux manoir transformé en hôpital militaire. Il est hanté à tout jamais par l’amoncellement « des corps malades et exténués, amaigris et déformés, brisés et mutilés » dans les salles éclairées par des torches de poix et des bougies. Ces scènes dépassent « en horreur toutes les visions de l’enfer qu’il a pu contempler dans des tableaux ou lire dans des poèmes », écrit Barlen Pyamootoo.

    Du Goya et du Dante

    Il y a dans les pages de Whitman du Goya et du Dante, « des hommes qui ont été aussi en Enfer ». « Mon livre n’est pas pour autant un roman sur la guerre, mais un récit sur la métamorphose et la création littéraire », soutient Pyamootoo. Et d’ajouter : « Paradoxalement, la confrontation avec les dévastations que cause la guerre a permis au poète de renouer avec l’écriture dont la source s’était définitivement tarie, comme il a pu le craindre un temps. Les injures gratuites dont il avait été victime à la sortie de son recueil l’avaient profondément blessé. La guerre sera pour lui le début d’une renaissance, comme en témoignent les nouveaux poèmes qu’il n’aura eu, depuis, de cesse d’ajouter à la version initiale des Feuilles d’herbe. »

    La plongée dans les horreurs de la guerre va profondément bouleverser Whitman, alors même qu’il trouvera dans la fraternité entre les militaires, la confirmation de sa vision d’une humanité solidaire. C’est ce sens d’humanité du poète dont il se sent particulièrement proche, qui fait dire à Barlen Pyamootoo qu’en découvrant le barde, il a eu l’impression d’avoir trouvé un pote, quelqu’un de la famille. « Whitman n’est pas un modèle pour moi, admet le Mauricien, mais un ami qui marche à mes côtés. On a tendance à lever les yeux vers le modèle, alors que l’amitié est un exercice en horizontalité. »


    Whitman, par Barlen Pyamootoo. Éditions de l'Olivier, 2019, 156 pages, 16 euros.

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