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    Prix RFI Théâtre 2019: 13 textes présélectionnés

    media Prix RFI Théâtre 2019. Qui succèdera à Julien Mabiala Bissila, Hala Moughanie, Hakim Bah, Edouard Elvis Bvouma et Sedjro Giovanni Houansou ? Montage RFI

    Suite à l’appel à candidatures pour le Prix RFI Théâtre 2019, 13 textes inédits ont été présélectionnés. Le prix sera remis le 29 septembre à Limoges, dans le cadre des « Francophonies - Des écritures à la scène ».

    De Mireille Davidovici, responsable du Comité de lecture du Prix RFI Théâtre,

    Pour cette sixième édition du Prix RFI Théâtre, 201 candidats, issus de 20 pays, étaient au rendez-vous. Une nette majorité d’Africains et, dans l’ensemble, encore trop peu de femmes !

    Des auteurs déjà publiés, d’autres qui se lancent pour la première fois. Merci à tous d’avoir participé. Même si les pièces ne sont pas toutes abouties, on peut leur trouver des points communs ; les personnages qui hantent les pages vivent des situations dramatiques, des enfants (en particulier les filles) maltraités, abandonnés, enfants des rues et même enfants soldats…

    Les routes de l’exil

    Leur sort est lié à celui des femmes : viol, inceste, maltraitance reviennent sous les plumes. Victimes, elles ne sont pas sans se battre contre le patriarcat et dénoncent la polygamie et le machisme. Elles revendiquent leur droit à des grossesses choisies et une sexualité libérée...

    Un bon nombre de pièces mettent en scène de nombreux personnages pour faire vivre toute une communauté, qu’elle soit villageoise ou urbaine. Les lieux récurrents sont des « no man’s land » et les routes de l’exil. La rue avec son petit peuple et ses règles. Parfois la maison familiale, la place du village ou le palais d’un dictateur sont le théâtre de quelque farce grotesque ou de quelque tragi-comédie ubuesque.

    Comment choisir ?

    Choisir parmi ce foisonnement n’est pas tâche aisée pour le comité de lecture. En plongeant dans toutes ces pièces pour en retenir, en dernier ressort, une douzaine à proposer au jury, nous déterminons plusieurs critères. A priori, tous les sujets sont intéressants, et beaucoup très émouvants, mais cela ne suffit pas. Les textes doivent présenter une construction cohérente.

    Beaucoup démarrent bien, puis se perdent en cours de route ou encore, les dialogues, si dialogues il y a, manquent de vivacité, de concision. Hormis une architecture solide, c’est la qualité de la langue qui fait la différence. Certaines fictions sont écrites avec beaucoup d’application, dans un français grammaticalement correct, mais guindé, administratif ou figé… D’autres sont démonstratives, avec des visées didactiques trop appuyées. D’autres encore manquent de distance avec leur sujet et prennent l’allure de banales confessions ou de comptes-rendus.

    Prendre de la hauteur

    Encore faut-il, pour faire théâtre, trouver la bonne distance entre la réalité et la manière d’en parler. Histoire de prendre de la hauteur. Histoire de dire à l’autre, puisque le théâtre est une langue à la fois écrite et parlante. Adressée. Et c’est pourtant dans l’intime des situations et des destins personnels qu’on s’exprime avec le plus de pertinence. Parfois, c’est l’espace même de la langue qui est mis en tension.

    La puissance dramatique des textes sélectionnés tient à leur style, leur écriture, même si l’on est souvent loin des canons classiques. Les monologues, nombreux cette année, se saisissent de la langue pour en distiller la vitalité. De par leur rythme, leur scansion, leurs sonorités, ils sont d’une oralité affirmée, certains polyphoniques, d’autres proches du conte et de la performance. Chez ces écrivains, comique et tragique cohabitent parfois, croisant bonne humeur et rage, cruauté et farce. Avec des trouvailles verbales et poétiques, des parlers s’inventent, au fil de thématiques récurrentes : colonisation, démocratie confisquée, dictature, corruption, intolérance, exclusion, poids des traditions, guerre, exil...

    Engagés sur le front politique et artistique, ces autrices et auteurs trouvent un langage différent, une écriture particulière pour affirmer l'identité de leur communauté, pour créer une nouvelle force et forme littéraire. Ce qui ne les empêche pas d’être universels et de poser, au-delà des enjeux locaux, des questions qui agitent toute la planète et nous concernent tous. Écoutons la voix des lanceurs d’alerte.


    Les 13  textes présélectionnés pour le Prix RFI Théâtre 2019 :

    La Poubelle, Arsène-Angelbert Ablo (Côte-d’Ivoire)
    Kader l’Africain fait commerce de ses trouvailles dans les poubelles, autour de la gare Montparnasse. Arthur le Français mendie dans le même secteur et prend ombrage de ce concurrent étranger. Arthur est raciste, Kader ne comprend pas pourquoi. Ils s’affrontent, mais finiront par s’accorder, car la misère ne fait de différence entre les humains, quelles que soient leurs origines. Le dialogue, riche en retournements, alimente une tension dramatique permanente.

    Des fous en apothicaires étales, Ducarmel Alcius (Haïti)
    Sur une place, à côté d’un cimetière. Trois fous vêtus de blouses de médecin et trois folles, avec des poupées dans les bras. Nuit. Il y a aussi Marx, Mona Lisa, et une Faiseuse de rêves. Se racontent misère, viols, meurtres. Marx nomme le premier fou venu chef d’État… Et pourquoi les chiens aboient-ils dans ce lieu improbable où l’on tue bêtes et jeunes rebelles ? Un tohu-bohu macabre où règnent dérision et humour.

    Tous à l’abri !, Kouame Appià (Côte-d’Ivoire)
    Quelque part dans une forêt d’Europe. Des réfugiés venus de divers pays demandent asile à un couple de bourgeois blancs en vacances dans leur maison de campagne. Ils veulent passer la nuit chez eux avant de traverser la frontière. Leurs hôtes se montrent hostiles, mais un dialogue s’installe, arguments contre arguments. Survient une inondation qui inverse les rôles : les réfugiés apportant des solutions au sinistre. Des passerelles de solidarité se construisent face au déluge. Un sens de la dialectique mêlée d’onirisme sous-tend cette fiction.

    Le précieux présent de la petite reine, Cyril-Juvenil Assomo (Cameroun)
    Une jeune fille face à son bourreau. Elle supplie l’homme masqué de lui demander son nom. Elle s’est sacrifiée pour sauver sa famille et ne veut pas que son acte de bravoure reste anonyme. Son bourreau, figure du terrorisme, demeure silencieux. Figure christique, elle incarne toutes les victimes. Un étrange monologue adressé, une parole en tension.

    Victoria K, Delphine Seyrig et moi ou La Petite Chaise jaune, Valérie Cachard (Liban)
    « C’est l’histoire d’une femme / Non c’est l’histoire de deux femmes / C’est l’histoire d’une ville / Non de deux villes / Non d’une ville qui fut un jour coupée en deux. » Une histoire de Paradis perdu et de péché… À travers des vestiges découverts dans une maison abandonnée de Beyrouth : carnets, lettres, objets, la narratrice-autrice reconstitue la vie de Victoria K… Ces restes se combinent avec des archives pour composer l’histoire du Liban. S’y mêlent les souvenirs de l’autrice qui improvise sa propre partition dans laquelle Delphine Seyrig et Victoria K surgissent comme des apparitions. Cette pièce archéologique procède par couches successives et répétitions de motifs.

    Cathédrale des cochons, Jean D'Amerique (Haïti)
    Un homme est enfermé dans une cellule depuis six mois. Dehors la révolte gronde. Il entretient une correspondance avec son « aimée ». Un long et beau poème : puissance de la parole contre violence et répression : « Je fais travailler ma voix comme on fait travailler les gâchettes dans cette contrée. »

    Interdiction formelle, Vhan Olsen Dombo (Congo Brazzaville)
    Un festival de théâtre : des acteurs répètent leu spectacle. La radio annonce un massacre au Congo. Comment et que jouer dans ces circonstances ? Faire un théâtre combattant au risque de ne pouvoir rentrer au pays ? « Nous n’avons pas d’armes mais nos œuvres pensent on ne peut tuer la pensée » Ces débats sont émaillés de fragments d’une pièce en cours d’écriture.

    L’enclos, Kokouvi-Dzifa Galley (Togo)
    Une jeune femme vient de perdre son mari ; elle doit, selon la tradition, rester recluse dans une case de veuvage : « Entre l’affliction du deuil et l’algie sensorielle, suinte puis gicle d’elle, une voix plurielle, la réminiscence, la rage, le dépit, tout en portant la promesse du futur ». Elle évoque sa jeunesse, sa vie de famille. Sur elle  pèse  la présence muette d’une vielle femme, garante du rituel de veuvage… Tout réside dans l’atmosphère de cette clôture propice au deuil.

    Cocorico, Marcel-Thierry Nguiayo Effam (Gabon)
    Lors d’un concours de beauté, Coco la mèche artificielle affronte Cheveu Crépu. Chaque concurrente défend son style : tradition contre modernité, naturel contre artificiel. A force d’argumenter, elles finissent ivres mortes et c’est Boule à zéro qui les départagera. Un divertissement drolatique où se jouent des questions sérieuses.

    Vole petit avion vole, Denis Sufo Tagne (Cameroun)
    Grande Sœur demande à Petit Frère de lui construire un avion. Que l’avion vole par la force de son souffle. Le jeu se poursuit au fil des ans, au-delà de leur séparation. Au delà de l’absence d’un père, parti au loin. Rêves d’ailleurs, à décrypter au fil des pages dans une ambiance poétique ouverte sur l’imaginaire. Une théâtralité à trouver dans les interstices.

    Celles qui reviennent, Pelphide Topko (Bénin)
    Une jeune fille enlevée par les islamistes avec un groupe d’autres écolières raconte. Quatre ans dans une forêt, à servir d’esclave ménagère et sexuelle. Son évasion et son retour au village. Devenue une paria aux yeux des siens, elle  rejoint le camp d’une ONG mais la guerre continue, et c’est de nouveau la fuite. Un récit en trois temps, haletant comme la course folle de l’enfant qui grandit dans la fuite.

    Démocratie chez les grenouilles, Jérôme Tossavi (Bénin)
    Une mare, dans un quartier bourbeux. La vie des grenouilles est perturbée par des andouilles mais aussi les cyclones envoyés par le Roi. Tout ce petit monde s’agite, passe des alliances éphémères tandis que les rescapés crient à la catastrophe… Une fable animalière pour dire l’Afrique colonisée et embourbée.

    M119 Autopsie, Hermine Yollo Mingele (Cameroun)`
    Qui est cette violoncelliste jouant à longueur de temps l’air de Thelonious Monk, Misterioso 119, dans une pièce de la prison pour femmes ? Où sont passées les animatrices venues faire du théâtre avec les détenues ? Une journaliste mène l’enquête auprès du personnel pénitentiaire et des prisonnières... Un incendie se déclare. Cette pièce, écrite en écho à celle de Koffi Kwaoulé Misterioso 119 demeure aussi énigmatique que son modèle.

    Chronologie et chiffres clés
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