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    Christiane Jatahy à Avignon: «Faire du théâtre est un acte de résistance»

    media Christiane Jatahy au Festival d’Avignon 2019. La metteuse en scène et cinéaste brésilienne y montre « Le présent qui déborde – notre Odyssée II ». Siegfried Forster / RFI

    La Brésilienne Christiane Jatahy surprend au festival d’Avignon avec un spectacle multiforme et multimédia. Avec Le présent qui déborde - notre Odyssée II, la metteuse en scène et réalisatrice brésilienne raconte L’Odyssée d’Homère à sa façon, avec les réfugiés et les exilés d’aujourd’hui comme acteurs. Elle enlève la frontière entre le cinéma et le théâtre, entre le réel et la fiction et met ainsi les comédiens et les spectateurs à une nouvelle place.

    RFI : Selon Le présent qui déborde, L’Odyssée d’Homère est plus que jamais d’actualité. Pourquoi ?

    Christiane Jatahy : L’Odyssée d’Homère est une occasion pour voir le monde d’aujourd’hui. Il y a beaucoup de parallèles entre Ulysse et Pénélope [sa femme qui attend son retour pendant vingt ans, ndlr] et ce qui se passe aujourd’hui. L’Odyssée parle de la question des réfugiés et du rôle de l’État.Il s’agit d’utiliser l’imagination et la mémoire de ce texte pour parler d’aujourd’hui.

    Mettre des exilés et des réfugiés sur une scène de théâtre est très politique. Vous avez joué cette pièce dans votre pays, le Brésil, gouverné depuis cette année par un président d’extrême-droite, Jair Bolsonaro. Comment l’opinion publique et votre public ont-ils réagi face à votre spectacle ?

    C’est un acte politique, toutes les personnes visibles dans le spectacle sont des réfugiés et des artistes. Aujourd’hui, ce sont eux les réfugiés, mais demain cela peut être moi. Il n’y a pas de hiérarchie, nous sommes ensemble. J’ai présenté la pièce au Brésil, pendant cinq semaines, à Sao Paulo. C’était très fort, parce que là-bas, nous sommes actuellement au milieu de la tragédie. Donc de montrer cette parallèle était très fort. Pour nous, c’était aussi l’occasion de construire ce spectacle en relation avec le public et avec ce qui se passe aujourd’hui. La presse en a beaucoup parlé. Et le public était de plus en plus avec nous.

    À lire aussi : «Architecture», l’ouverture radicale ou ratée du Festival d’Avignon

    Être un artiste au Brésil et y faire du théâtre, est-ce que cela s’est transformé aujourd’hui en acte de résistance ?

    Pour moi, c’est très important d’être soutenue aujourd’hui en France par l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris et le centre culturel Centquatre et aussi en Suisse, à Zurich. Cela me donne la possibilité de construire, de créer. En ce moment, au Brésil, il n’y a pas la possibilité de créer, parce qu’ils ont tout coupé. Faire du théâtre est un acte de résistance. C’est un acte de résistance de toute ma famille, de tous les artistes de mon pays. Pour construire quelque chose, on doit faire beaucoup d’efforts. Pour moi, cela représente une grande responsabilité de raconter ce qui se passe là-bas et dans le monde. Pour cela, le théâtre est toujours un acte de résistance.

    Votre pièce est une pièce multimédia, c’est à la fois du théâtre et du cinéma. Les comédiens, dispersés dans le public, dialoguent à travers la scène entre le grand écran et la salle de spectacle. Et vous montez vous-même en direct les images projetées à l’écran. Est-ce important de faire un spectacle multimédia pour pouvoir raconter et restituer les tragédies de notre époque ?

    Je ne pense pas que cela soit nécessaire. Je travaille de cette façon, parce que je suis aussi réalisatrice, donc le cinéma fait partie de moi. Je m’intéresse beaucoup aux frontières. Ce spectacle est à la fois du théâtre et du cinéma, mais surtout une pièce sur les frontières. Le cinéma permet de construire d’autres possibilités de points de vue. Mais, à la fin, tout est théâtre, parce qu’on vit le moment présent. Il y a des choses qui se passent entre nous et le public. Et cela change aussi le cinéma qui est normalement toujours ancré dans le passé. Avec la présence du théâtre, le cinéma s’enregistre au moment présent et représente ainsi aussi le moment présent.

    Vous êtes née en 1968 à Rio de Janeiro où vous avez fondé la compagnie Vertice de teatro. Votre père et votre grand-père étaient tous les deux très engagés politiquement. L’art de la résistance est-ce aussi une question de transmission ?

    Peut-être [sourire]. Quand une personne vit son enfance et une partie de sa vie d’adulte dans une dictature, si vous êtes sensible, si vous êtes un artiste, c’est impossible de ne pas respecter les gens qui ont lutté pour la démocratie. Ma famille m’a donné la base, ensuite c’est ma propre expérience qui a fait que je suis ce que je suis en tant qu’artiste. C’est inséparable de mon être et de mon éthique.

    Christiane Jatahy avec ses comédiens après le spectacle au Festival d’Avignon. Siegfried Forster / RFI

    O Agora que demora - Le présent qui déborde – notre Odyssée II, création de Christiane Jatahy avec des réfugiés rencontrés en Afrique du Sud, au Liban, en Grèce, en Palestine, et les Indiens kayapo d’Amazonie, jusqu’au 12 juillet au Gymnase du Lycée Aubanel, dans le cadre du 73e Festival d’Avignon.

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